LES DOUZE DERNIERS JOURS DE FEDERER

LES DOUZE DERNIERS JOURS DE FEDERER

Asif Kapadia, Joe Sabia, 2024

LE COMMENTAIRE

Un·e athlète professionnel·le fait partie d’une caste très fermée. Ces sportifs ont fait le choix de consacrer leur vie à leur activité. Leur quotidien est régi par une série de rituels immuables. Prendre le manche de la raquette. Enlever le grip. Remettre un grip. Puis recommencer. Jusqu’à ce que le jour arrive où il faudra ranger définitivement sa raquette (cf Quand vient l’Automne).

LE PITCH

Une légende du sport ne veut pas tourner sa propre page.

LE RÉSUMÉ

14 September 2022. La star du tennis mondial Roger Federer est crispé. Il enregistre un message dans lequel il annonce qu’il va quitter le circuit professionnel. Une fin de carrière entamée en 1998. Le moment est solennel.

Après avoir remporté une centaine de titres en simple dont vingt en grand chelem, et quelques 237 semaines consécutives en tête de l’ATP, le Suisse raccroche enfin. À plus de quarante ans et alors qu’il a tout gagné, la gorge reste serrée.

I must recognize when it is time to end my competitive career. (…) So I want to thank you from the bottom of my heart.

Son message plein d’émotion est enregistré et va être publié sur les réseaux sociaux.

Le Bâlois songe a finir en beauté lors de la Laver Cup, une compétition rendant hommage à l’Australien Rod Laver, l’un des plus grands joueurs de tous les temps. La Laver Cup est une initiative de Team8, l’agence de management de Federer.

Entouré de ses proches dont sa femme Mirka, ainsi que de ses parents, Roger laisser échapper une larme.

Douze jours avant la finale de Londres, qui donnent l’occasion au champion de faire le point sur sa carrière et ses récentes blessures au genou. Ce sont elles qui l’ont finalement terrassé.

I always thought doing surgery is the beginning of the end, I dont want to put the knee through this anymore. It’s not worth it.

À Londres, Roger retrouve de grands noms comme son idole Bjorn Borg, ou encore John McEnroe. Il va jouer une dernière fois avec ses rivaux et néanmoins amis Rafael Nadal, Novak Djokovic et Andy Murray.

La conférence de presse est pesante. On se moque du prestigieux line-up. Le sujet, c’est Roger. On retient encore ses larmes, mais cela se complique.

Les fans affluent du monde entier pour voir la dernière prestation du Maestro.

Please keep on playing, please dont stop.

Dîner entre gentlemen. On échange quelques courtoisies, et quelques balles de ping-pong. Dans la navette qui le ramène vers son hotel, Roger gamberge. Il ne pense qu’à l’après tennis, non sans une certaine appréhension.

Today, I’m solid. But I don’t know tomorrow…

La compétition commence.

This is it.

Le résultat est anecdotique. Roger a droit à la plus belle des sorties, entouré d’autres très grands noms de l’histoire du tennis. Une belle bande de copains. À la fin du match, le Suisse fond en larmes à nouveau. Devant un public acquis à sa cause, il remercie sa femme, ses parents et parle une dernière fois de son amour du jeu.

No individual is bigger than the sport.

L’EXPLICATION

Les douze derniers jours de Federer, c’est la pré-retraite.

Héraclès a du compléter douze travaux pour se faire pardonner de son féminicide. Roger Federer a douze jours pour soigner sa sortie. La Laver Cup est son pot de départ en quelques sortes. Sauf qu’il ne s’agit pas de lui dire au revoir et merci, mais plutôt adieu, on ne t’oubliera pas. Car sa carrière fut remarquable.

On a critiqué son apparente nonchalance. Dans sa jeunesse, il a même essayé de montrer plus d’émotions mais ce n’était pas son caractère. Tout le monde n’est pas aussi farouchement déterminé que Rafa Nadal, ou volcanique comme Novak Djokovic. Federer, à la manière d’un Sampras plus discret, a été droit dans ses baskets jusqu’au bout. Personne ne pourra le lui reprocher.

It was all an act. But im not like that. That’s not my personality.

Il n’est pas juste un homme qui a donné sa vie à son métier (cf Challengers), il est quelqu’un qui aura marqué l’histoire de sa profession. Son style léché aura marqué le tennis et inspiré toute une génération.

It’s a hard one for anyone who loves tennis to swallow.

Federer est maintenant sur le point d’aborder un autre type de match qui ne se prépare pas : la retraite (cf Monsieur Schmidt).

What happens next?

Les personnes qui ont tout donné à leur travail redoutent évidemment la retraite. Que faire de son temps libre ? Comment exister différemment ? Quand on est au sommet, il n’est pas simple de devoir réinventer sa vie et apprécier un quotidien avec une dose d’adrénaline considérablement réduite. Federer essaie de se convaincre que c’est possible.

There are the nerves I’m gonna miss, but I’m also happy they’re gone. (…) Maybe the unknown is okay.

Finis les voyages et les multiples sollicitations. Les frissons du break. La pression de la balle de match. Les conférences de presse. Il y a donc la peur de disparaitre. Pire encore, il y a la peur de l’ennui. Aller faire les courses au supermarché avec sa femme ou se faire ghoster par ses enfants en pleine crise d’adolescence. Redevenir mortel.

Comme s’il anticipait déjà la suite, Federer en devient déjà ennuyeux. Il se ferme. Cette absence de perspective le rend nerveux. Tout semble lourd : l’enregistrement de son message, le poids des mots, la relation avec ses proches, ses fans, la conférence de presse avec ses amis millionnaires… Cette retraite devient une chape de plomb. On s’emmerde avant l’heure.

Le grand Roger, toujours en maitrise, veut faire les choses bien. Malheureusement, il est complètement tétanisé par l’enjeu. Ses émotions le submergent. Il se met à jouer petit bras, se mettant à pleurer à la moindre occasion.

La fébrilité de Roger le rend méconnaissable. Bjorn Borg, retraité émérite, lui demande si tout va bien.

How are you feeling?

I’m okay, absolutely.

Cette retraite lui semble très longue et il ne sait pas comment l’occuper. Mais douze jours de pré-retraite comme cela, c’est trop long.

Roger appartient désormais au passé, comme tout le monde. Bien qu’il ait des millions de fans sur la planète, il n’est que Roger Federer. Il peut se détendre car il a le droit de s’arrêter. Par ailleurs, il peut aussi sécher ses larmes : le passé ne l’a pas tout à fait avalé comme il avale la majorité. Il va rester au Hall of Fame.

Néanmoins, la vie continue. Il doit l’accepter pour en profiter un peu. Aucune de raison de faire autant la tronche. Le jeu ne s’arrête pas.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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4 commentaires

  • Il a 20 grands chelems et non 8.
    Puis je m’attendais à plus d’émotions c’est dommage.

    • Merci Ney, effectivement : 20 titres en grand chelem.
      T’attendais-tu à plus d’émotions de la part de Federer ?
      Car on ne pourra pas lui reprocher d’avoir beaucoup pleuré.

      • Non pas du personnage principal mais plutôt du scénario, peut-être que je m’habitue trop aux biopics américains

      • Tout à fait d’accord avec toi. On s’habitue tellement aux formats narratifs à l’américaine, qui dégueulent d’intensité dramatique, qu’il en devient difficile de se passionner pour cette annonce de départ à la retraite.

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