L’ORIGINE DU MONDE
Laurent Laffitte, 2020
LE COMMENTAIRE
Les hommes continuent de discuter le bout de gras tranquillement entre eux, comme ils l’ont toujours fait. Un dialogue de sourds qui n’intéresse souvent qu’eux. Ils font mine de ne pas remarquer que la femme est pourtant au centre de tout, depuis déjà quelques temps à en juger par ses rides.
LE PITCH
Un homme remarque avec effroi que son coeur s’est arrêté.
LE RÉSUMÉ
Jean-Louis (Laurent Lafitte) fait l’amour avec Valérie (Karin Viard), dans le noir. Cette routine ne le satisfait plus.
T’as joui ?
Oui. T’as pas entendu ??
Moi j’ai pas joui.
Ah.
(…) T’as l’énergie de quelqu’un qui vient de faire le ménage.
(…) Ben quoi ? Tu préférerais que je fasse la gueule ?!
(…) J’ai vraiment l’impression de vivre une mascarade.
(…) Ça fait 17 ans qu’on est ensemble. Un couple, c’est de la volonté, des compromis, de la patience. C’est pas que de la passion!
Jean-Louis a une expérience sexuelle dans le bois en bas de chez lui, avec un travesti (Luca Malinowski). Un peu perdu dans sa vie d’homme, il partage son mal-être avec son vieux pote Michel (Vincent Macaigne).
Lors de leur conversation, Michel a le réflexe de vérifier le pouls de Jean-Louis et découvre avec stupeur que son coeur ne bat plus. Alors que Jean-Louis a l’air bien vivant, à défaut d’être en forme.
Je suis pas mort!
Jean-Louis consulte Margaux (Nicole Garcia), la coach de vie de Valérie. Celle-ci est adepte de spiritisme.
Votre coeur cosmique est prisonnier du Karunga.
Jean-Louis n’y comprend rien. Alors Margaux va à l’essentiel.
Vous avez un problème avec votre mère.
Pour relancer la machine avant qu’il ne soit trop tard, Margaux affirme avoir besoin d’une photo du vagin de la mère de Jean-Louis. Elle lui donne trois jours.
Jean-Louis, avec l’aide de Valérie et Michel, essaie de convaincre Brigitte (Hélène Vincent).
Ça va bien se passer.
Pas simple compte tenu des tensions existantes.
Je voudrais qu’on me laisse un peu tranquille s’il vous plait.
Au cours de ses tentatives, Jean-Louis apprend quelques secrets que sa mère ne lui avait jamais révélés (cf Sur la Route de Madison). Comme le fait qu’il est un enfant adultérin.
T’es au courant pour M. Gillet. (…) Il nous a fallu du temps pour t’accepter hein. (…) Tu imagines ce que j’ai souffert à cause de toi ? Alors c’est trop facile de faire des procès. (…) Je savais qu’un jour tu me demanderais des comptes.
Jean-Louis tombe de haut. Sa mère fait un malaise. Les pompiers interviennent. Jean-Louis en profite pour prendre discrètement une photo de l’entre-jambes de sa mère.
L’EXPLICATION
L’Origine du Monde, c’est l’homme n’est rien sans la femme.
Depuis la nuit des temps, le monde a suivi les valeurs du patriarcat. Tout s’articule autour de l’homme, Dieu le père. Le chef de la famille, ou de la tribu, fait figure d’autorité incontestée. Il cumule ainsi les pouvoirs ce qui lui permet d’exercer une domination totale sur les femmes (cf Mad Max : Fury Road).
Dans la société moderne, cela veut dire que l’homme est le patron (cf El buen patron). Il gagne plus d’argent. L’homme peut se permettre des réflexions sexistes en toute impunité (cf Je ne suis pas une Salope). On continuera malgré tout de lui servir sa bière et de lui masser les pieds sans discuter. Car dans cette société on vénère le phallus tout puissant – le sexe de l’homme.
Les temps ont changé et les hommes ne sont plus, dans leur majorité, les ours du passé. Désormais, ils assument leur complexité et affichent leurs émotions. Ils n’ont plus peur d’exprimer leurs doutes, ni leurs faiblesses (cf Je ne suis pas un homme facile).
Jean-Louis est un parfait exemple de cet homme moderne. Dans son couple, c’est plutôt Valérie qui pose les sujets.
Est-ce que tu m’aimes encore Jean-Louis ?
On va pas déballer là comme ça. C’est impudique… On n’est pas Américain. (…) Ne m’impose pas des questions que tu ne veux pas te poser.
Jean-Louis est tourmenté.
Rien de ce qui m’arrive n’a de sens. (…) T’as déjà eu l’impression que ce que tu vivais n’était pas la réalité ?
Son premier réflexe masculin est de s’apitoyer sur son propre sort, comme s’il était victime d’une injustice.
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça!
Puis il va reconnaître sa dépression et appelle à l’aide parce qu’il n’a pas de solution. On en revient à l’origine du monde : la femme (cf 20th Century Women).
Valérie ne se laisse pas aller. Elle reprend les rênes en mettant son mari en relation avec Margaux, une femme d’influence.
Les hommes n’aiment pas que les choses les dépassent. Ils veulent que les choses soient simples. Mais les choses simples n’existent pas. (…) La vérité est une conquête, pas un don.
Les maux de Jean-Louis peuvent trouver leur réponse à la source : le vagin de la mère. Trop souvent les hommes suivent les traces de leur père pour mieux se trouver (cf Ad Astra). En se rapprochant de Brigitte, Jean-Louis va ouvrir les yeux sur la réalité.
Tout le monde se ment et se raconte une histoire.
Grâce à sa mère, il va se rendre compte que toutes ses fondations étaient fausses. Brigitte lui révèle tous les mensonges auxquels Jean-Louis a cru toute sa vie. Il ne sait même plus qui il est. Sa mère l’a trompé. Il se sent comme le pantin de ce qu’on appelait le sexe faible.
Qui est cette femme…?
Cette expérience est révélatrice pour Jean-Louis. Il se rend compte que sa femme l’accompagne dans les moments pénibles. Qu’une autre femme peut l’éclairer, ce que Michel n’est pas capable de faire. Et il réalise que sa mère se repentit. Si elle lui a mentit, c’était pour le protéger. Brigitte a toujours agi dans l’intérêt de son fils.
J’ai tellement honte de ce que j’ai fait.
Jean-Louis va mettre un peu de temps pour le comprendre. C’est quand même un changement de paradigme que de reconnaître que ses problèmes viennent du vagin d’une autre plutôt que de son propre pénis. Mais il va pouvoir aller de l’avant en parvenant à mieux se situer sur l’échiquier.
Je peux avoir un peu d’espace ?
Surtout, quand il voit le vagin de sa mère en photo, Jean-Louis relativise. Il n’est pas grand chose. Ses soucis s’expliquent par cet organe. Tout ce qu’il est dépend d’une femme, et les femmes font plein de conneries. Tout va bien. Donc Jean-Louis peut se détendre. Il n’a aucune pression. En plus, la vie est courte. Il est grand temps qu’il arrête de se prendre la tête.

