L’INCOMPRIS

L’INCOMPRIS

Luigi Comencini, 1966

LE COMMENTAIRE

Les parents de plus d’un enfant sont de grands menteurs devant l’éternel. Ils affirment aimer chacun d’entre eux de manière égale et impartiale, au nom du politiquement correct parental. Ces hypocrites font comme si l’on n’avait pas de préférences. Il y en a pourtant toujours un·e qui apporte plus de fierté, quand on voudrait envoyer l’autre faire un tour au mitard.

LE PITCH

Un père doit donner une mauvaise nouvelle à ses deux fils.

LE RÉSUMÉ

Sir John Edward Duncombe (Anthony Quayle) a la lourde tâche d’annoncer la mort de sa femme à ses fils Andrea (Stefano Colagrande) et Milo (Simone Giannozzi). Le consul du Royaume-Uni à Florence fait un choix stratégique : dire la vérité à son aîné, et la cacher au plus jeune.

Nous tenterons de le distraire. (…) Il croit qu’elle est partie.

Le paternel prend Andrea à part.

J’ai quelque chose à te dire. (…) Désormais ici ce ne sera plus comme avant.

Le fiston encaisse, sans rien dire.

Ton courage me rassure.

Duncombe défend formellement Andrea de le dire à son frère. Très vite, le petit commence à remarquer que quelque chose ne tourne pas rond dans son royaume.

Je veux maman! (…) Pourquoi elle ne revient pas ? Vous dites qu’elle va revenir et elle ne revient jamais. (…) Où est-elle ??

Andrea reste de marbre. Il tente de faire diversion. Les deux garçons font n’importe quoi, et poussent la gouvernante vers la sortie. C’est Andrea qui paie à chaque fois.

Tu n’as aucun sens des responsabilités! Il est impossible de discuter avec toi.

L’oncle William (John Sharp) est de passage à Florence. Il se permet de dire à son frère de faire un peu attention à Andrea qui est peut-être plus introverti que prévu. Le fait qu’il ne pleure pas ne veut pas forcément dire qu’il ne souffre pas.

Le monde pourrait s’écrouler, il continue de jouer.

Tu te trompes, il est comme un chien sans maître.

Andrea cache effectivement ses émotions. Lorsqu’il efface un enregistrement de la voix de sa mère par erreur, la culpabilité le frappe de plein fouet. Le propriétaire du magasin lui offre un petit canon pour faire passer la douleur.

Ça n’a rien à voir. tu ne veux pas comprendre. Elle n’y est plus, c’est tout. (…) Un peu de cognac, ça te remontera. C’est fort mais c’est excellent. Dans une minute, tu te sentiras un autre.

Milo continue d’être intenable, mais son père lui passe tous ses caprices.

S’il est arrivé quelque chose à Milo…

Andrea passe au second plan. Il veut disparaitre.

Envoie moi en pension, je suis trop méchant.

Duncombe part en voyage. En son absence, Andrea veut se prouver son courage en s’accrochant à la branche d’un arbre surplombant un lac. Milo le fait chuter. Andrea se blesse gravement. Sa colonne vertébrale est touchée.

Duncombe revient en catastrophe, mais trop tard. Andrea est moribond.

Si je ne dois plus marcher, ne me fais pas guérir…

Le père se confond en excuses avant qu’Andrea ne meurt.

Ce n’est pas vrai que ton père t’a toujours compris. Il était aveuglé par son chagrin et ne voyait pas que tu souffrais peut être plus que lui. Papa a mis longtemps à le comprendre. 

L’EXPLICATION

L’Incompris, c’est un manquement impardonnable.

La responsabilité des parents est de se soucier de leurs enfants (cf Midnight Special). Une mère protège et un père se sacrifie si nécessaire (cf Le Roi Lion). Quand l’un des deux disparait, l’autre doit compenser.

À la mort de sa femme, Sir John Edward Duncombe ne fait clairement pas le boulot.

Sa position est délicate. Il croit bien faire en voulant préserver Milo alors qu’il va créer un déséquilibre conduisant à l’annihilation totale de sa famille. En informant Andrea et pas Milo, Duncombe manque d’abord de discernement. Il va mettre trop de pression sur le premier et engendrer une anxiété incroyable chez le second.

Maman est revenue…?

Duncombe manque de délicatesse dans sa manière de délivrer ce douloureux message, peut-être par excès de pudeur britannique (cf Les Vestiges du Jour).

Ça vaut mieux ainsi.

Comme si Andrea avait suffisamment de maturité pour absorber ce choc émotionnel sans qu’on n’y mette les formes.

Après quoi, Duncombe disparait de la circulation. Il se décharge complètement de sa responsabilité sur Andrea qui en perd son latin. Lui qui est pourtant un champion en devenir est clairement perturbé par la situation. Il commet des erreurs inhabituelles en compétition. On avait compris que la communication n’était pas le fort de Duncombe. Le père ne sait décidément pas trouver les mots.

Il faut aussi apprendre à perdre.

Merci papa.

Surtout, Duncombe manque cruellement d’empathie avec Andrea qui est pourtant la chair de sa chair. Il refuse de voir ce qui se passe pour son fils. Au point que dès que Milo fait des bêtises, Duncombe se défoule sur Andrea.

Que lui as-tu dit ?!

Rien, je te jure!

(…) De toute évidence, tu crois l’aimer. Mais pour toi il n’est qu’un jouet.

Duncombe est injuste.

Son manque d’empathie donne l’impression à Duncombe qu’Andrea se moque de la mort de sa mère.

Les choses ne te touchent pas, elles glissent sur toi.

Comment un père peut-il imaginer que son fils ne ressente rien ? Il est évident qu’Andrea est troublé. Duncombe se targue d’avoir essayé d’être l’ami de son fils alors qu’il avait simplement besoin de son papa. Andrea ne pouvait plus supporter sa douleur. Alors il est allé au devant de la mort.

Je savais que c’était dangereux. C’est pour ça que je le faisais. Ça me soulageait les nerfs. (…) Je ne veux pas vivre sans maman. Jamais tu ne me prends dans tes bras.

Andrea a manqué d’une présence (cf Prima la Vita). Il adorait son père.

Sans aucun doute, mon meilleur ami est mon père. Ainsi nous jouons souvent ensemble. Entre nous, il n’y a pas de secret.

Il aurait juste eu besoin d’un peu d’amour pour surmonter ce drame – avant une nécessaire psychothérapie quelques années plus tard.

Duncombe a jeté son fils aux lions. Il a manqué de timing.

J’ai échoué lamentablement.

Duncombe se morfond et cela ne sert à rien. Il n’a encore rien compris.

À présent, il devrait plutôt foncer dans la chambre de Milo pour lui dire officiellement que sa mère est morte, et que son frère vient de la rejoindre. Au passage, Duncombe ferait bien de coller la fessée que ce petit morveux de Milo mérite depuis le début.

LE TRAILER

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