LA FIN DE FREDDY
L’ULTIME CAUCHEMAR
Rachel Talalay, 1991
LE COMMENTAIRE
Les jeux vidéos ont transformé la société, pas simplement sur le plan du divertissement. Ils ont ouvert une brèche vers un univers parallèle dans laquelle se sont engouffré·es des millions de gamers pour vivre différemment (cf Ready Player One). Un espace virtuel dans lequel il est possible d’endosser de nouveaux rôles, mais où la violence reste quand même la règle (cf There will be Blood).
LE PITCH
Une jeune femme découvre avec effroi ses liens avec le croque-mitaine.
LE RÉSUMÉ
Dix ans plus tard (cf L’Enfant du Cauchemar), Freddy Krueger (Robert Englund) s’est vengé en faisant le ménage à Springwood.
Mysterious killings and suicides wipe out entire population of children and teenagers. Remaining adults are experiencing mass psychosis.
Freddy a épargné John Doe (Shon Greenblatt) pour l’envoyer en mission au delà des frontières de la ville.
I’m the last survivor.
Le jeune homme finit dans un refuge où il fait la connaissance de Spencer (Breckin Meyer), Carlos (Ricky Dean Logan) et Tracy (Lezlie Deane). Ils sont pris en charge par la psychologue Maggie Burroughs (Lisa Zane).
John Doe souffre d’amnésie. Il a été retrouvé avec un extrait de journal le liant à Springwood. Maggie lui propose d’y retourner pour élucider le mystère. Elle ignore que Spencer, Carlos et Tracy se sont cachés dans le van.
De retour à Springwood, Maggie prend connaissance de l’histoire de Freddy. Celui-ci aurait eu un enfant. Tout le monde est convaincu qu’il s’agit de John, puisqu’il est le seul que Freddy n’a pas écharpé. D’ailleurs Freddy tue Carlos et Spencer dans leurs rêves.
Il se trouve que John n’est pas son fils puisque l’enfant de Freddy est une fille. Freddy se débarrasse de John qui lui aura servi d’appât pour le conduire à Maggie… sa fille.
Do you think I’m your daddy? Mm-mm! Wrong!
But you let me live.
Only long enough for to bring me back my daughter.
La psy parcourt la biographie chaotique de son paternel : enfant d’un viol collectif (cf Les Griffes du Cauchemar), harcelé à l’école, battu par son père adoptif… Freddy a tué sa femme après que celle-ci ne découvre que son mari ait massacré une vingtaine d’enfants. Maggie lui a été confisquée. Puis il a été brûlé par les voisins. Triste trajectoire.
You wanna know the secret of pain? If you just stop feeling it, you can start using it.
Le collègue de Maggie (Yaphet Kotto) pense que Freddy aurait succombé aux démons du rêve pour devenir éternel.
These are ancient dream demons. Supposedly they roam the dreams of the living till they find the most evil, twisted human imaginable. Then they give him the power to cross the line and turn our nightmares into reality.
Freddy le confirme.
First, they tried burning me. Then they tried burying me. But this… this is my favorite. They even tried holy water! But I just keep on tickin’… because they promised me that.
They?
The dream people. The ones that gave me this job. In dreams… I am forever!
Maggie n’accorde aucune circonstances atténuantes à son père.
It wasn’t my fault. You saw what they did to me when I was a kid. I tried so hard to be good.
Elle veut en finir avec lui en l’attirant dans le monde réel où elle pourra l’affronter en combat singulier. La jeune femme s’empare du gant de son père et l’empale avant de le faire exploser. Les démons du rêve s’échappent. Cette fois, c’est fini.
Freddy’s dead.
On n’en parle plus, ou presque.

L’EXPLICATION
La Fin de Freddy, c’est la peur de qui l’on est.
On passe son temps à vouloir se différencier. Les adolescents, notamment, feraient n’importe quoi pour échapper au phénomène de reproduction sociale.
Spencer ne veut surtout pas devenir comme son père.
All he wants me to do now is grow up to be him. An exact copy. I don’t feel like playing football and date-raping coeds.
On veut désespérément devenir qui l’on est, pour reprendre la formule de Pindare. Mais se connaître soi-même n’est pas à la portée de n’importe quel Socrate venu. Cela nécessite de se confronter aux vrais problèmes.
Devant la difficulté de savoir qui l’on est, on préfère regarder ailleurs. On ne trouve pas le temps de le faire. Ou bien l’on accuse ses parents, autrui, voire son environnement. Plein de stratagèmes pour faire diversion.
Voilà comment l’on peut passer toute une vie à se cacher de soi-même. Persuadé·e d’être unique mais complètement conforme. Les réseaux sociaux n’ont pas aidé de ce point de vue (cf The American Meme). Il faut parfois se prendre une bonne remarque homophobe pour se réveiller.
I’m afraid of heights.
Don’t be a pussy!
Rien de tel.
Chacun doit se regarder à un moment dans une glace, avec le risque de se plaire (cf Le Portrait de Dorian Gray) mais surtout la peur de découvrir quelqu’un de médiocre (cf Hollywoodland) ou pire : un monstre.
John Doe doit retourner à Springwood pour assumer ses racines (cf Il est Revenu).
You forgot where you came from kid…
Mais c’est surtout Maggie qui doit reprendre le fil de sa vie. En faisant des recherches sur son père, elle va en apprendre davantage sur elle-même. La psy n’a eu de cesse de répéter à ses patient·es qu’ils ou elles devaient faire une introspection. Cette fois, c’est elle qui doit faire le boulot.
One of these days you’re going to have to face your father.
Chacun·e doit avoir le courage d’affronter sa part d’ombre. Les massacres d’Elm Street font partie de l’identité de Maggie.
Every town has an Elm Street.
Quelle drôle de découverte pour Maggie : Elle est la fille d’un tueur en série. Un statut difficile à cacher et à assumer. Que faire quand on a passé sa vie à être une bonne élève, et découvrir que l’on partage le sang d’un cancre. Maggie refuse évidemment cette possibilité.
It can’t be. I know who I am.
Ce n’est pas qui elle veut être. Pourtant elle doit bien admettre qu’elle a un lien de parenté avec l’horreur, qu’elle le veuille ou non.

Elle doit se rappeler de ce qu’elle a vu quand elle était petite, ainsi que de sa mère qui savait tout et qui avait peur de parler.
I won’t tell…
Maggie doit ressentir à nouveau la peur qu’elle avait elle-aussi de son père. La honte d’être la fille d’un monstre, mais aussi la colère contre Freddy qui est impardonnable malgré tous les mauvais traitements qu’il a subi. Il ne s’agit pas de pardon mais plutôt de laisser sortir la violence que Maggie a en elle.
It’s in your blood.
Cette vie qu’elle s’est reconstruit ne doit pas souffrir du passé. L’hérédité ne doit âs être une fatalité. Maggie n’est pas condamnée à tuer des enfants parce que son père en avait fait sa spécialité. Il n’y a qu’en allant fouiller dans ses propres archives qu’elle peut surmonter sa peur d’être la fille de Freddy, et comprendre qu’elle n’a finalement pas grand chose avec lui. Elle n’ignore plus son passé. Au contraire, elle le regarde les yeux dans les yeux.