PRINCES ET PRINCESSES
Michel Ocelot, 2000
LE COMMENTAIRE
Perché sur son arbre, l’homme guette patiemment les branches en attendant que son travail soit récompensé. Si les éléments sont en sa faveur, alors il pourra récolter quelques fruits. La question reste alors de savoir ce qu’il va en faire.
LE PITCH
Un garçon, une fille se racontent des histoires.
LE RÉSUMÉ
Dans un vieux cinéma, un garçon et une fille réfléchissent ensemble à des histoires dont ils seraient les protagonistes. Un projectionniste les accompagnent pour les aider à matérialiser leurs idées. Le couple se sert d’une imprimante 3D perfectionnée pour fabriquer les costumes dont ils ont besoin afin que l’histoire prenne vie.
La première met en scène une princesse du Moyen-Âge, ensorcelée par un monstre. Pour la libérer, un prince va devoir retrouver tous les diamants de son collier dans un temps limité.
Qu’arrive-t-il à ceux qui ne terminent pas à temps ?
Ils sont transformés en fourmis.
Un soldat prétentieux se colle à la tâche et échoue. Il est aussitôt transformé en fourmi. Un prince insiste pour tenter sa chance et réussit, avec l’aide des fourmis. La princesse est ravie – en plus d’être libre. Le prince a trouvé les diamants et lui fournit toutes les bonnes réponses.
Pourquoi avez vous fait cela ?
Je voulais vous revoir, et tenter comme les autres de vous délivrer.
Prince, m’aimez vous ?
Oui.
Pour combien de temps?
Toujours.
La seconde histoire se déroule en Egypte. Un jeune paysan trouve des figues en hiver et veut en faire cadeau à la reine-pharaon.
Ce n’est pas moi qui doit manger cette figue miraculeuse.
Elle les trouve succulentes. Le paysan revient chaque jour pour lui apporter une figue, suscitant la jalousie de l’intendant du palais qui manigance pour se débarrasser du paysan. Mais ce dernier est plus malin. Le paysan évite le piège de l’intendant. Il évite de se faire couper la tête, de façon à devenir lui-même le nouvel intendant du palais. Ce qui lui permet de se rapprocher de sa reine.
La troisième histoire se passe à nouveau au Moyen-Âge. Un roi promet la main de sa fille à quiconque le débarrasse d’une sorcière en pénétrant dans son chateau. Les soldats s’y cassent les dents un à un. Un paysan adopte une stratégie différente : il demande la permission d’entrer à la sorcière. Celle-ci accepte. Elle se révèle être moins diabolique qu’annoncé. Le paysan est sous le charme.
Je remercie sa majesté le roi. Et je présente mes respectueux hommages à la princesse que je n’épouserai pas. Je préfère la sorcière, je reste avec elle!
L’histoire suivante a lieu au Japon de l’Époque d’Edo. Une vieille dame est sur le point de se faire dépouiller par un brigand.
Bon la vieille, tu descends! Tu me donnes ton manteau et tu rentres à pieds.
Pas décidée à se laisser faire, elle se rebelle pour maitriser le voleur et l’utiliser comme porteur. Après un long périple, elle concède finalement à offrir son manteau à l’agresseur épuisé.
J’espère que vous n’oublierez pas cette rencontre avec une vieille dame.
Une nouvelle histoire se déroule dans le futur. Une reine soumet ses prétendants à une épreuve : ils doivent disparaitre de ses radars, sinon elle les tue. Un montreur de Fabulo fait preuve de créativité pour se cacher dans la chambre de la reine, et éviter de se faire tuer. La reine est surprise. Elle tombe amoureuse de son prince.
Tu en as trop entendu pour que j’écoute encore mon amour propre!
La dernière histoire voit un prince et une princesse se transformer à répétition en animaux à chaque baiser. Certains transformations sont malheureuses.
C’est physique. Je suis désolé, je ne peux pas embrasser un crapaud!
Finalement, ils insistent pour retrouver leur image. Mais les rôles sont inversés : la princesse est devenue le prince, et vice-versa.
Il faut continuer de s’embrasser!

L’EXPLICATION
Princes et Princesses, c’est un peu toujours la même histoire.
Quel genre d’histoires voit-on au cinéma ? Des bonnes comédies, des drames qui font pleurer et des films d’horreur qui font peur… Toutes ces histoires s’appuient très souvent sur le même ressort : un jeu de séduction entre un prince et une princesse. Ce garçon et cette fille qui réfléchissent à des histoires finissent immanquablement sur la même conclusion.
Ils apportent des variations, heureusement. Les périodes historiques changent mais il y a toujours un défi qu’un prince doit surmonter pour gagner le coeur de la princesse. Et c’est souvent inespéré ou inattendu. Il y parvient grâce aux fourmis, ou en faisant preuve de malice pour ne pas se faire couper la tête par la faute d’un jaloux.
Ce garçon n’est pas comme les autres. Demain, il aura la récompense qu’il mérite.
Il choisit la sorcière qui est la véritable la princesse, il fait le dos rond pour séduire une cougar, il se planque dans la pièce… et à chaque fois ça marche!

Le garçon et la fille qui sont à l’origine de ces histoires ont compris ce qui vend des places de cinéma : les histoires d’amour.
Ça donne des idées…
Les producteurs savent que cette recette classique fonctionne à tous les coups car les spectateurs ont besoin de ce genre de narrations romantiques pour se sortir de leur quotidien et se projeter.
Si vous voulez être princes et princesses, vous pouvez l’être autant que vous le voulez.
Les histoires d’amour apportent une petite tension nécessaire. Elles sont les épices qui apportent la saveur au plat.
C’est vous que je veux! (cf Grease)
Il faut en mettre presque partout, et à toutes les sauces. Le naufrage d’un bateau ne ferait pas autant d’entrées si Jack n’avait pas rencontré Rose (cf Titanic). On se moquerait pas mal de gens qui chantent sous la pluie si Don et Kathy n’en pinçaient pas l’un pour l’autre (cf Chantons sous la Pluie). Quel intérêt de vouloir empêcher les nazis de mettre la main sur l’arche perdue si Indiana Jones et Marion ne terminent pas ensemble (cf Les Aventuriers de l’Arche perdue)? À la fin, il y a toujours une princesse à délivrer ou à embrasser – ou les deux (cf La Belle au Bois Dormant).
Heureusement qu’aujourd’hui, les princes peuvent aussi tomber amoureux d’autres princes (cf Moonlight, Le Secret de Brokeback Mountain) et que cela vaut pour les princesses (cf La Vie d’Adèle, Thelma et Louise) – sans parler des princes et des princesses qui ne font pas partie des mêmes communautés (cf Les Olympiades).