THE KING’S SPEECH

THE KING’S SPEECH
Tom Hooper, 2010

LE COMMENTAIRE

On parle souvent de l’angoisse de la page blanche pour un auteur. Prenons un moment ici pour regarder ce micro de la manière dont le Duc d’York le regarde. Mesurons toute la panique que ce simple micro peut provoquer chez celui qui est quand même sur le point de devenir Roi d’Angleterre. Sentons l’attente de la foule et le poids de ces milliers de regards. Et au moment où le bouton rouge se met à clignoter, essayons de ne pas bafouiller devant ce micro, à défaut de le croquer

LE PITCH

Albert (Colin Firth) doit surmonter ses angoisses.

LE RÉSUMÉ

Albert est le fils de George V (le mec de la station de métro sur la ligne 1). Il est aussi bègue, ce qui est un vrai problème pour quiconque doit prendre la parole en public et faire étalage de son autorité. Albert essaie désespérément de corriger ce défaut gênant, sans succès. Puis il va faire la rencontre de Lionel Logue (Geoffrey Rush) un orthophoniste aux méthodes peu orthodoxes trouvé dans les Yellow Pages. Ce dernier va débloquer Bertie grâce à de savantes techniques de prononciation mais surtout grâce à un vrai travail d’écoute et de psychologie.

Lorsque le roi George meurt et que son fils Édouard (Guy Pearce) se défile, c’est son frère Albert qui se retrouve catapulté au pouvoir malgré lui.

I’m a naval officer. I’m not a king.

La fin des années 30 n’est pas de tout repos. Les envies de Pologne d’Hitler contraignent l’Angleterre à déclarer la guerre à l’Allemagne et vont forcer Albert à flamber sur le beat en se fendant d’un discours qui marquera l’histoire.

Albert dont les hésitations embarrassent une nation entière saura trouver la ressource pour passer ce parcours d’obstacles la tête haute et devenir un leader à la hauteur de sa couronne, grâce à Logue.

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L’EXPLICATION

The King’s Speech, c’est réussir à se libérer des charlatans.

Le monde est à la merci des tocards, comme les nombreux médecins pourtant anoblis par le Roi lui-même, et pourtant incapables de traiter son bégaiement.

I believe sucking smoke into your lungs will kill you.

My physicians said it relaxes the… the… the throat.

They are idiots.

They have all been knighted.

Albert est prisonnier de ces crapules comme on peut parfois l’être avec son dentiste ou son garagiste. Il faut parfois savoir regarder au delà du diplôme ou du titre pour aller chercher la compétence.

The King’s Speech marque l’éclosion d’un chef. Au moment où le sort du monde peut basculer, tout se joue souvent sur un homme, un guide, un capitaine. Un homme n’est pourtant pas grand chose face aux enjeux qui le dépassent. Néanmoins il peut avoir un pouvoir insoupçonné et son influence peut inspirer des populations entières. Une seule voix peut résonner dans bien des oreilles. Alors bonjour la pression. La voix ne doit pas trembler. Elle ne peut pas trembler. Sinon on se retrouve un peu comme Benzema face à l’Allemagne juste après avoir raté son duel face à Neuer. Ce Benzema que toute l’équipe a cherché comme le messie n’a pas été au rendez-vous là où des années avant lui, Zidane avait su coller deux coups de tête aux Brésiliens. Bertie doit prendre ses responsabilités et à l’inverse de son frère, il ne peut pas abandonner la nation.

The King’s Speech parle de ce moment charnière dans la vie qui voit la larve se transformer en papillon. Benzema pour en revenir à lui est encore à l’état de larve. Albert va devoir devenir Georges et endosser la charge de devoir guider une nation toute entière. Tous ces discours sont autant de moments de vérité, des occasions de prouver sa valeur au monde. Albert pourra toujours se rassurer en se rappelant que le roi ne décide de rien après tout, il ne fait que ce que le peuple souhaite qu’il fasse. Il peut remercier le ciel que Patrick Sébastien n’ait pas été numéro 1 des charts anglais de l’époque auquel cas le peuple lui aurait peut-être demandé de faire tourner les serviettes.

The King’s Speech c’est le miracle permis par la rencontre entre Albert et les Anglais mais surtout par la rencontre plus inattendue entre un roi et un modeste orthophoniste australien. Logue est un acteur raté dont même sa femme ignore le talent. Le Roi a besoin de quelqu’un qui le traite enfin comme une personne, pour sortir de la cage dans laquelle son père l’a enfermé et assumer enfin son rang. Il a besoin d’un ami avec lequel il pourra partager une faiblesse que sa position ne lui autorise pas. Pas de jugement. Dans le cabinet de Logue il n’y a ni gauchers ni genoux cagneux. Le Roi va pouvoir chanter et jurer. Il va pouvoir se livrer. Car pour parler, il faut d’abord réussir à parler de soi.

Logue va aussi désacraliser l’exercice. Albert est tétanisé par le poids de la responsabilité. Il se sent l’héritier d’un Empire bien trop lourd à porter. Son frère lui-même s’est défilé devant la tâche. Pour aider Albert à rentrer dans son costume, Logue n’hésitera pas à écorner les symboles.

Get up! You can’t sit here! GET UP!

Why not? It’s a chair.

No, it… That is not a chair. That is… that is Saint Edward’s chair!

Quand Albert prend conscience qu’il n’est qu’un homme parmi d’autres et qu’il peut réciter son discours comme il le réciterait à un ami, il dépasse son angoisse. C’est paradoxalement en se pensant comme un homme comme les autres qu’il arrive à être un homme hors du commun. Il peut enfin jouer son rôle. Il rentre enfin dans son costume. Sa voix devient claire. Son ton est ferme. Son rythme est impeccable. Dommage pour Bernie que l’histoire se rappelle du discours d’un autre bègue.

Le Roi aura eu besoin d’un orthophoniste sans diplôme, d’un comédien sans gloire. L’Angleterre toute puissante aura eu besoin de l’Australie, ce pays fondé par les repris de justice dont l’Angleterre ne voulait plus. L’Angleterre peut-elle se passer de l’Europe?

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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