À VOIX HAUTE

À VOIX HAUTE

Stéphane de Freitas, Ladj Ly, 2016

LE COMMENTAIRE

Dans un monde sur-médiatisé, fait de GG et de réseaux sociaux, il est facile de rester planqué ou de se cacher derrière un pseudonyme. À l’inverse, il faut une certaine audace pour se mettre en première ligne, descendre dans l’arène (cf Gladiator) et se produire sur scène devant des centaines, voire des milliers de personnes. Avoir le courage de ses opinions. Affronter ces yeux inquisiteurs. Bomber la poitrine. Sortir les mots.

LE PITCH

Des étudiants de St Denis se préparent à Eloquentia.

LE RÉSUMÉ

Une équipe de professionnels se proposent de préparer des jeunes de banlieue à un grand concours d’éloquence au cours duquel ils devront faire preuve de charisme et de maitrise du langage. Bertrand, avocat, leur enseigne l’art de l’argumentation. Alexandra, metteur en scène, leur apprend à mieux utiliser leur corps. Loubaki, poète, explique comment jouer avec les mots. On respire avec Pierre, le coach vocal. 

Ces élèves viennent de loin, c’est le cas de le dire.

Je viens d’un quartier où bien parler est plus une tare qu’autre chose.

Ils apprennent à parler à travers le rapport à soi, comme le décrit Bertrand :

Prendre confiance pour se jeter à l’eau, pour avoir une parole libre, sincère authentique, pour être convainquant.

Ils découvrent le potentiel inexploité d’une parole qui peut les aider à s’affirmer. 

C’est bien d’écrire mais parler c’est mieux. Quand tu parles et que les gens t’écoutent, que les gens te regardent, tu as l’impression que tu peux tout faire. Tu peux conquérir le monde. C’est pour ça que je suis là. C’est parce que ça peut changer ma vie.

Une parole qui peut tout simplement leur permettre de rentrer en contact avec l’autre (cf Arrival). 

J’ai découvert que je pouvais toucher les gens.

Les finalistes proposent une belle performance. Léila Bekhthi, présidente d’un jury composé de Kery James, d’Édouard Baer, d’Océanerosemarie, en ressort émue. 

C’est Eddy Moniot qui gagne l’édition 2015, pour la petite histoire. Car Elhadj Touré, Johan Youtchou, Kiss Sainte-Rose, Kristina Marcovic, Souleïla Mahiddin, Thomas Luquet, Camélia Kheiredine, Hanane El Mokhtar, Jeremy Diaz, Thomas Dedessus Le Moutier, Houda Chnabri, Franck Bikpo, Ouanissa Bachraoui, Leïla Alaouf, Yacine Ait Khelifa sortent tous grandis de cette aventure.

J’ai réalisé que l’éloquence n’était pas réservée aux hommes et j’ai progressé énormément donc j’ai pas l’impression d’avoir perdu en fait.

L’EXPLICATION

À voix haute, c’est exprimer son talent – haut et fort.

On trouve dans les banlieues ce qu’on ne trouve plus nulle part ailleurs : de l’authenticité. Dans les quartiers, on parle avec le coeur (cf La Haine). Ce que les Présidents (cf Le casse du siècle) ne savent plus faire lorsqu’il s’agit de s’adresser à leur peuple en colère. Ils préfèrent livrer un discours enregistré, répété tellement de fois qu’il en a perdu toute vérité.

Le caractère des banlieues, c’est ce que beaucoup de marques cherchent à s’offrir à travers une street cred de circonstances. La rue plait tant qu’elle fait vendre. Dans les arrondissements bourgeois, on s’encanaille en empruntant les codes des cités (cf L’Esquive). Des petites princesses du 16 improvisent sur du Kaaris pour casser leur image BCBG. 

La banlieue inspire. Cependant, la banlieue n’est pas le monde. Elle est en en dehors du monde, par définition. Ses ressortissants restent à quai et voient les RER leur filer sous le nez l’un après l’autre. Les portes restent fermées. Les noms ne sont pas sur la liste. Ces jeunes sont tout simplement ignorés.

 Si j’attends qu’on me donne une voix, je peux attendre longtemps!

Ce n’est pas qu’ils n’ont rien à dire, bien au contraire. C’est plutôt qu’ils ont du mal à articuler leurs propos. Les mots ne sont pas les bons. 

Jamais la vulgarité n’a servi à la parole.

Ils n’ont pas besoin d’éducation comme le prétendent certains. Ils auraient plutôt besoin d’un bon orthophoniste, comme peuvent s’en payer les têtes couronnées (cf Le Discours d’un Roi). Quelqu’un qui va les aider à surmonter cette peur que nous avons tous.

Prendre la parole, pour moi c’est un combat.

La peur d’aller jusqu’au plus profond de soi pour voir ce qu’on peut y trouver : Réaliser que nos souffrances ne sont pas uniques et que nos trésors ne sont pas moins enviables que ceux des autres. C’est comme ça qu’on découvre sa sensibilité et qu’on peut la mettre à nu. C’est aussi comme ça qu’on prend confiance en soi – condition essentielle à la prise de parole.

Ce n’est que le début du voyage. Il faut ensuite trouver les mots appropriés pour habiller ses émotions.  

Quand l’incendie s’est déclaré, c’était dur. Mais le plus dur c’est quand on est revenu chez nous. Tu débarques, tu vois ton lieu d’habitation ravagé. Tu vois un mec de France habitation qui débarque : ‘Vous allez être dehors mais de toute façon, vous étiez en irrégularité donc c’est pas grave.’ Ça te fait tellement flipper. T’es tellement en colère que y’a rien qui sort.

Quand on parvient à parler de ses idées comme on parle d’un grand cru, alors on peut monter enfin sur scène sans crainte d’être regardé de travers. Dans un monde de communication, on peut enfin commencer à exister.

Ces jeunes découvrent les atouts d’une parole dont Cyrano de Bergerac se servait déjà pour ridiculiser ses ennemis, haranguer la foule ou séduire Roxanne.  

La parole c’est ce qui m’a manqué quand j’étais gosse. La parole c’est une arme. Ça me permet de me défendre et défendre certaines de mes idées aussi.

Désormais, ces jeunes maitrisent la forme. Ils sont devenus des orateurs capables de soutenir tout et n’importe quoi devant une assemblée. À présent, ils doivent cultiver le fond et approfondir leurs points de vue.

Ils vont devoir apprendre à maitriser cette arme. Il leur appartiendra de l’utiliser avec délicatesse et parcimonie. Comme un art martial, il faut s’avoir l’employer à bon escient. Au risque de fâcher les mauvaises personnes. Car si les mots peuvent blesser (cf Les Liaisons Dangereuses), ils font toujours moins mal que des balles réelles. 

N’oublions pas que si la parole est d’argent, le silence est d’or. Tous ces efforts pour apprendre à fermer sa gueule. À la fin, c’est toujours Patrick Sébastien qui gagne.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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