SNOWDEN

SNOWDEN

Oliver Stone, 2016

LE COMMENTAIRE

Il ne faut pas s’y méprendre, le cœur de la jolie princesse bat pour le beau chevalier, pas pour le crapaud. On a été élevé comme ça. Sauf que l’internet a bouleversé pas mal de choses entre temps. Les plus belles femmes vacillent aujourd’hui pour des geeks. Rasé de près, la mèche bien en place et les lunettes au top, le loser d’autrefois fait désormais un carton. Naïf qui celui qui croit pouvoir séduire sans maîtriser le langage java.

LE PITCH

Un ingénieur intègre les rangs de la CIA en tant qu’informaticien.

LE RÉSUMÉ

Edward Snowden (Joseph Gordon-Levitt) aime un pays, les États-Unis. Il ne lui viendrait pas à l’idée de siffler l’hymne national pendant un match de foot, ou de manger son burger avec une fourchette et un couteau. Comme de nombreux patriotes, il a été profondément blessé par le 11 septembre. Il aime son pays au point où il veut intégrer les forces spéciales. Sa fragile constitution la ramène à la réalité.

Il ne lâche pas l’affaire et intègre la CIA quelques mois plus tard (cf Raison d’état). Parce qu’aujourd’hui des gens comme lui sont néanmoins très utiles aux services de renseignement.

Bombs won’t stop terrorism, brains will, and we don’t have nearly enough of those.

GI Joe défend son pays derrière un écran d’ordinateur à l’aide d’un clavier et d’un trackpad. Car la menace est partout.

The modern battlefield is everywhere.

Ses talents de programmateur lui valent d’être remarqué par Corbin O’Brian (Rhys Ifans). L’agent Snowden prend rapidement du gallon et commence à avoir accès à des informations très confidentielles.

Snowden a encore un semblant de vie à côté de son travail. Il fait la rencontre de Lindsay Mills (Shailene Woodley) une artiste militante anti-establishment à ses heures. Les deux amants voyagent aux quatre coins du monde, au gré des missions de Snowden. Lui qui est le plus fervent serviteur de son pays commence néanmoins à avoir des doutes lorsqu’il découvre que la NSA peut espionner potentiellement n’importe qui, n’importe où, sur n’importe quelle plateforme… sans mandat et au moyen d’une justification potentiellement bidon.

Wait, so we’re collecting twice as much in the U.S. as we are in Russia?

Horrifié par ces méthodes peu orthodoxes, Snowden se sent trahi par son propre pays qui peut l’espionner jusque dans son intimité. Il accuse le coup et voit sa santé se dégrader. Il est diagnostiqué épileptique, comme s’il refusait d’admettre ce qui se passe. En mission à Hawaii où il doit espionner les Chinois, Snowden décide de faire une copie des tous les dossiers chauds. Il réussit à passer la sécurité, prévient Lindsay qu’il va devoir s’absenter pendant quelques temps. Il part à Honk Kong où il donne rendez-vous à Glenn Greenwald (Zachary Quinto), Ewen MacAskil (Tom Wilkinson) et Laura Poitras (Melissa Leo) tous les trois journalistes au Guardian. Snowden partage ses informations. Le Guardian les révèle au grand jour, trop content de l’aubaine.

Obama dans l’embarras est obligé de faire voter des lois pour limiter le champs d’investigation de la NSA. Snowden devient clairement l’homme à abattre pour la Maison Blanche.

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L’EXPLICATION

Snowden, c’est une trahison au nom de l’éthique.

Snowden est un produit maison qui finit par partir chez le voisin. Il retourne sa veste (cf Valkyrie). Comme un stagiaire qui ferait les beaux jours du concurrent. Si c’est pour obtenir ce genre de résultats, ça donne vraiment envie d’arrêter de croire en la formation. Non seulement Snowden crache dans la soupe dans un journal britannique. En plus, insulte suprême, il part chez l’ennemi en s’installant en Russie, spectre de l’ennemi soviétique de toujours. Snowden est une blague qui se retourne contre soi, comme le sketch « Casser du noir » de Patrick Sébastien.

On croit que Snowden est le triomphe de l’éthique. Il est le fusible qui empêche le système électrique de prendre feu. Une raison de croire que tout n’est pas encore complètement pourri dans cette institution où ne compte que le pouvoir et où les dirigeants n’hésitent pas à utiliser n’importe quel prétexte afin de tout se permettre.

Terrorism is just an excuse.

Snowden est une sorte de Serpico qui fait une allergie au mensonge. Il est le pur produit du patriotisme, biberonné au libre arbitre. The land of the free pour lui ça n’est pas que des mots. Il aime plus qu’un pays, il aime une idée. La bannière étoilée flotte pour toujours dans son cœur. Il ne supporte pas l’idée qu’un Américain puisse être traité comme un Allemand de l’Est. Et quand les États-Unis n’arrivent pas à respecter leurs propres principes, leurs enfants se retournent contre eux (cf Promised Land). Le pétard finit par exploser dans la main.

Les beaux principes ont leurs limites. Quand on a commencé à taper dans le pot de miel, comme a pu le faire George W Bush après le 11 septembre et le Foreign Intelligence Surveillance Court, il est difficile de s’arrêter. Puisqu’une fois en place, l’administration Obama n’a pas ralenti la cadence, trop content de pouvoir bénéficier d’une telle arme permettant de shooter n’importe quel supposé terroriste à distance ou d’éteindre la lumière d’un pays entier en cas de menace. Obama avait promis du changement. On a vu. Personne n’est vraiment clair.

Mêmes les Américains sont pris entre le marteau et l’enclume : ce qu’ils souhaitent faire et ce qu’ils sont contraints de faire. Snowden est un idéaliste qui finit par ouvrir les yeux. À quoi servent les principes finalement, puisque tout le monde triche par ailleurs? Il s’agit de principes de façade pour sauver les apparences.

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Le combat de Snowden, bien que symbolique et nécessaire, n’en est pas moins inutile. Il essaie de pousser sa pierre jusqu’au sommet de la colline en sachant pertinemment ce qui va se passer après. Ce contrôle abusif de l’information que Snowden dénonce et qui est scandaleux dans les faits (cf The great hack), ce contrôle permet aussi de préserver l’équilibre des forces. Le monde n’est pas parfait mais il tourne.

Lorsque Snowden passe de l’autre côté du miroir il est dégoûté par la réalité, comme Neo (cf Matrix). Il entame un combat qui porte quand même ses fruits puisqu’Obama muselle la NSA. De nombreuses questions restent néanmoins en suspens: peut-on croire qu’on peut diriger ce pays sans avoir un contrôle strict de l’information? Est-il possible de gagner en respectant les règles? La démocratie comme on la rêve existe-t-elle seulement? Le procès de Snowden peut-il être juste?

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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