GOOD KILL

GOOD KILL

Andrew Niccol, 2014

LE COMMENTAIRE

Quand les Anglais nous battent au rugby, ils ont la sale habitude de ponctuer leurs victoires par un petit Good game! , ce qui a le don, il faut l’admettre, de nous casser royalement les couilles. Et bien quand les Américains butent de l’Afghan par drone interposé, ils disent Good Kill. C’est sobre. Et au sol, il ne reste plus qu’à ramasser les miettes.

LE PITCH

Un ancien pilote de chasse ne s’amuse pas de piloter des drones.

LE RÉSUMÉ

Ancien pilote aérien, Tom Egan (Ethan Hawke) travaille désormais dans un box climatisé, en plein milieu du désert du Nevada (cf Casino), depuis lequel il pilote des drones faisant planer une menace sur les ennemis des États-Unis. Il est un chirurgien de la frappe tactique, si l’on peut dire.

Tom ne vit pas très bien cette guerre virtuelle où les règles sont flous et la plupart des militaires réclament le mode d’emploi.

Was that a war crime, sir?

Il picole et n’arrive plus à faire l’amour à sa femme Molly (January Jones). La peur au ventre lui manque paradoxalement. En déficit d’adrénaline, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Il va au travail tous les jours en se conditionnant et en essayant de ne pas se poser trop de questions.

Don’t ask me if this is a just war. It’s just war.

La CIA en remet une couche en lui confiant des missions éthiquement discutables. Tuer des enfants par erreur, malheureusement cela arrive. Ce sont des dommages collatéraux. Quand la CIA lui demande de doubler les frappes pour faire le grand ménage, Tom commence à douter. D’autant que chaque jour des vrais bad guys il en voit plein, qui frappent des femmes et les violent sous ses yeux. Ces monstres ne font pas partie des cibles.

Tom finira par craquer en refusant d’obéir puis il soulagera sa conscience en rendant justice tout seul.

L’armée est derrière lui maintenant. C’est de l’histoire ancienne. Il peut se concentrer sur une autre tâche: essayer de réparer les pots cassés en reconquérant sa femme qui a quand même fini par se barrer avec les gosses. Elles finissent toutes par partir (cf Marriage Story).

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L’EXPLICATION

Good Kill, ce sont les règles du jeu qui changent.

La guerre a un nouveau visage. Elle se joue littéralement à distance d’un désert à un autre et dans laquelle chacun utilise les mêmes méthodes terroristes.

Quelle angoisse que d’imaginer pouvoir se prendre un missile dans la tête d’une seconde à l’autre sans même le voir venir. Les canons de Barry Lyndon ont laissé la place à des outils autrement plus efficaces qui confèrent à celui qui appuie sur le bouton un pouvoir quasi divin. Et Tom n’est pas prêt pour être Dieu.

Les chevaliers au sens classique du terme n’arrivent pas à se mettre à l’heure des nouvelles technologies. Ils font figure de soldats déstabilisés car ils n’ont pas été formés à combattre sur Playstation. Les avions sont désormais pilotés depuis des bureaux, et les ordres sont donnés de manière codée par téléphone.

Tom n’aime pas la guerre comme dans Homeland. Lui c’est plutôt la guerre comme dans Top Gun. Sauf que Maverick a les boules et qu’il a sombré dans la vodka. Il étouffe dans le confort de sa banlieue pavillonnaire.

Incapable de concevoir être tranquille, prendre sa voiture pour rejoindre sa base et dézinguer du Taliban, assis le cul sur sa chaise. Cela ne fait pas de sens. Il n’a pas signé pour cela non plus. Ce n’est pas sa vision de l’armée. Tout guerrier doit partir de chez lui (cf American Sniper, Démineurs, Armadillo, Full Metal Jacket). Il ne peut pas aller au combat la semaine et se taper un bon barbecue le week-end. Quelque chose ne va pas.

Tom est placardisé, dans l’incapacité d’exercer son travail. Ce qu’il voulait Tom c’était faire des vrais loopings. On comprend mieux aussi toute la détresse du joueur de foot professionnel qui reste assis sur le banc les week-ends (cf Substitute). Quand on est vraiment passionné par son métier, on ne peut pas se satisfaire de gagner des millions à rien faire. Comment peut-on rentrer à la maison et trouver la force d’avoir envie quand on a le statut de remplaçant ? Impossible. Ce n’est pas être professionnel.

Heureusement, on compte encore des gens avec un peu de conscience dans ce monde où on peut faire disparaître une vie humaine comme un pixel sur un écran. Tom obéit aux ordres mais dans une certaine limite. Et on est presque content de le voir s’échapper de ce Las Vegas, symbole de fin de la civilisation. Enfin, si c’est pour aller à Reno, on n’est pas trop loin non plus de la fin du monde (cf Casino, Army of the Dead, Very Bad Trip, Showgirls).

Tom ne boit pas par dépit, il boit par révolte. Tout simplement, il ne mène pas sa révolution de la bonne manière. Il va y parvenir.

Rien n’empêche de réfléchir un minimum, quel que soit le métier. Personne ne nous empêche de prendre un peu de recul pour réaliser la portée de ce qu’on fait, peu importe l’échelle. Et on a toujours l’occasion de claquer la porte. Il y a des burn-out salutaires (cf Le grand bain).

Car faire la guerre est quand même métier noble, bien que difficile. La guerre consiste avant tout à executer les ordres venus d’en haut pour taper ceux d’en face alors que les vrais ennemis sont peut être ailleurs comme les white walkers dans Game of Thrones, ou les aliens (cf La Guerre des Mondes).

Ces hommes, que les drones ont transformé en Dieux, feraient mieux de neutraliser ceux qui le méritent plutôt que  des civils et générer ainsi plein d’autres terroristes en puissance (cf Bloody Sunday).

De la même manière qu’on part au Yemen pour apprendre à faire du couscous, on devrait inciter les jeunes Talibans à aller aux États-Unis pour y faire des stages dégustation des burgers (cf Super Size Me).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

4 commentaires

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