MINORITY REPORT
Steven Spielberg, 2002
LE COMMENTAIRE
La technologie a ses limites. Il existe des situations dans lesquelles les outils les plus pointus ne permettront jamais de faire la différence entre un 9 ou un 6. Certaines situations seront toujours soumises à interprétation, même si on les rejoue à l’infini. La science ne peut pas gouverner entièrement le monde. Cela reviendrait à accepter que les machines puissent se soustraire aux humains. Et puis cela se saurait si la vidéo était la solution absolue dans le foot.
LE PITCH
Un capitaine d’une police se retrouve dans le rôle du criminel.
LE RÉSUMÉ
Washington, 2054. Pre-Crime est une unité test de la police dont la mission est d’endiguer le crime avant qu’il ne se produise. Ces flics du futur travaillent avec des pre-cognitifs, enfants de toxicomanes qui ont des visions de meurtre. S’appuyant sur ces visions, les représentants de l’ordre peuvent intervenir avant que l’irréparable ne soit commis et mettre le pseudo-criminel en veilleuse.
Le Capitaine John Anderton (Tom Cruise), récemment séparé de sa femme Lara (Kathryn Morris) suite à la disparition de leur fils Sean, est en charge de Pre-Crime. En dépit de son addiction à la Neuroin, il abat un travail remarquable. Les résultats sont bons.
Pre-Crime, it works!
Au point où le gouvernement est prêt à miser gros sur cette cellule d’élite, une fois validée par Dany Witwer (Colin Farrell), chargé d’auditer Pre-Crime. Cette enquête tombe au mauvais moment : les Pre-Cogs voient Anderton tuer un certain Leo Crow (Mike Binder)!
Goodbye Crow.
Anderton n’a que quelques minutes pour prendre la fuite. Il mène une contre-enquête express. Le Dr Hineman, à l’origine du programme, lui explique que Agatha (Samantha Morton), l’une des trois pre-cogs, a parfois des visions différentes des autres, qu’on appelle des rapports de minorité. La solution se trouve en elle.
Anderton kidnappe Agatha. Plutôt que de fournir un rapport de minorité, Agatha partage une ancienne vision concernant le meurtre d’une dénommée Anne Lively.
L’heure du meurtre de Crow se rapproche. Anderton se retrouve dans ce qui semble être la chambre d’hôtel d’un pédophile, remplie de photos d’enfants, parmi lesquels son fils Sean. Anderton pointe son arme sur Crow. Agatha le supplie de ne pas tirer. Anderton parvient à maîtriser sa colère. Surpris par la réaction d’Anderton, Crow, à qui on a promis une somme d’argent en échange de sa mort, s’empare de l’arme d’Anderton et se suicide.
Anderton comprend qu’on essaie de lui tendre un piège. De son côté, Witwer a aussi compris qu’Anderton est victime d’un complot. Tous les indices remontent à Lamar Burgess (Max von Sidow), le patron du programme, qui étouffe tout soupçon en tuant Witwer avec l’arme d’Anderton. En l’absence d’Agatha, le crime n’a pas été anticipé.
Anderton est capturé et neutralisé. Agatha est replacée dans son bassin à côté des autres Pre-Cogs.
Burgess avouera plus tard à Lara, par accident, qu’il est responsable de la mort de Anne Lively. Lara fait libérer aussitôt son mari qui confronte Burgess. En tuant Anne Lively, la mère d’Agatha qui menaçait Burgess de reprendre sa fille, il compromet ainsi tout son programme.
Une vision des Pre-Cogs annonce alors l’assassinat d’Anderton par Burgess. Si Burgess tue Anderton, il prend perpète. S’il ne le tue pas, il invalide son programme. Burgess décide de se coller une balle dans la tête à la place.
C’est la fin de Pre-Crime. Les prisonniers sont libérés. Anderton et Lara se remettent ensemble. Ils ont un nouvel enfant. Et les Pre-Cogs sont envoyés sur une île isolée où ils pourront continuer d’avoir des cauchemars de meurtre sans que personne essaie de les exploiter.

L’EXPLICATION
Minority Report, c’est le respect de la présomption d’innocence.
A priori, on est innocent tant que l’on n’est pas inquiété par la justice. À partir du moment où l’on est mis en examen, on devient suspect et donc présumé innocent. Ce n’est déjà plus tout à fait pareil. Ne manque plus que la preuve pour tout faire basculer.
Pre-Crime part du principe qu’il vaut mieux prévenir que guérir.
Si l’on agit avant que la scène se passe, ne coupe-t-on pas un peu l’herbe sous le pied du destin ? Condamner pour un crime sur le point d’être commis ne représente-t-il pas un casse-tête sur le plan juridique – sans parler de l’éthique ?
Witwer pense qu’on ne peut pas se reposer sur le destin. Anderton le prend à son propre jeu…
Why’d you catch that?
Because it was going to fall.
You’re certain?
Tout semble pourtant écrit (cf Lawrence d’Arabie), ou presque. Chacun·e a le choix jusqu’à la dernière seconde. Tant qu’Anderton n’appuie pas sur la gâchette, il n’est coupable de rien d’autre que d’avoir l’intention de tuer Crow. Doit-on le condamner pour cela ?
You still have a choice.
Il faut croire en la capacité de chacun·e de ne pas commettre l’erreur, même si le proverbe veut qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.
Sometimes, in order to see the light, you have to risk the dark.
La souhait de Burgess d’éradiquer le crime est louable mais il est impossible. D’une certaine manière, il défend la politique de la tolérance zéro dont on sait qu’elle ne fonctionne pas. D’ailleurs pour parvenir à lancer Pre-Crime, il s’est rendu lui-même coupable d’un crime (cf The Watchmen). Sa démonstration s’écroule. Son projet n’est évidemment pas viable.
L’erreur de Burgess est d’avoir vu trop grand. Il s’est pris pour Dieu, en construisant son empire sur un mensonge.
Il y a toujours des défauts. La vie est faite d’imperfections. Burgess est condamné pour l’avoir ignoré délibérément, un peu comme toutes celles et ceux qui succombent à la tentation de la chirurgie esthétique et qui finissent par ne plus se ressembler (cf Rock’N Roll, The Substance). La recherche de la perfection ne génère que de la frustration. La vie est imparfaite par définition.
Why don’t you cut the cute act, Danny boy, and tell me exactly what it is you’re looking for?
Flaws.
There hasn’t been a murder in 6 years. There’s nothing wrong with the system, it is perfect.
I agree. But if there’s a flaw, it’s human. It always is.
Gare à la perfection. Cette vie est une suite de paradoxes (cf Inception). On convoite ce que l’on ne peut pas avoir. Une vie entière faite de frustrations. On pourrait croire la première personne venue affirmant le contraire (cf L’Associé du Diable).
Why should I trust you?
You shouldn’t.

Au final, la solution scientifique n’est pas irréfutable. Elle n’est d’ailleurs pas si scientifique que cela. Les Pre-Cogs sont des êtres mystiques au pouvoir divin.
On en revient donc aux fondamentaux :
- Dieu est une construction.
- Un humain fait des erreurs.
- Le mythe de la perfection est une prison.
- Le risque zéro n’existe pas.
Des voix sont en train de s’élever pour affirmer que l’intelligence artificielle connaîtra un jour l’être humain mieux que lui-même. Il pourra donc le prévoir. La question se reposera peut-être plus vite qu’on ne le pense.
Pendant ce temps, les voitures intelligentes n’empêcheront malheureusement pas les accidents. Le meilleur moyen de se protéger reste encore de regarder des deux côtés de la route avant de traverser et ne pas accorder sa confiance à n’importe qui les yeux fermés.
Longue vie aux suspicieux. Au royaume des aveugles, les borgnes sont effectivement rois.
Mais pourquoi Burgess a voulu piéger Anderton?
Anderton est alerté par Agatha. Il se rend aux archives pour avoir accès au data stream et comprend que quelque chose n’est pas clair. Il alerte aussitôt Lamar. Celui-ci n’a pas d’autre choix que de mettre Anderton hors-jeu rapidement pour éviter d’être découvert.
Anderton s’accroche. Il sait que la solution est dans le rêve d’Agatha. Il remonte à Lamar. C’est seulement grâce à sa femme qu’il parvient à prouver son innocence et confondre le véritable criminel.
Tout s’éclaire, merci!
une théorie intéressante indique que le troisième acte n’est en réalité qu’un rêve d’Anderton, une fin idéalisée, en fait il est incarcéré et ne sortira pas le gardien le prévient que les prisonniers ont des visons d’un futur idéal et c’est à partir de la qu’il sort de taule et le happy ending commence.
Merci Victor. C’est exact. Le gardien dit à Anderton : They say your life flashes before your eyes, that all your dreams come true. Il est également vrai que de nombreuses adaptations des nouvelles de Philip K. Dick (comme Total Recall) jouent avec notre perception du réel, comme si la fin était trop belle pour être vraie. Les choses ne sont jamais ce qu’elles sont mais plutôt ce que nous voulons qu’elles soient. Nous cherchons à nous persuader de la possibilité d’une happy ending. Peut-être effectivement que Precrime est un système de justice dont le père est un criminel à jamais impuni? Peut-être que nous voulons croire que nos gouvernements sont composés de gens irréprochables. Monsieur Macron est-il au dessus de tout soupçon? Si l’histoire si finit bien, n’avons-nous pas du souci à nous faire…?
Oui tout à fait, j’ai d’ailleurs écrit une analyse des chapitres 21 à 24 du DVD (la fin du film). Qui étaye cette thèse. http://www.allocine.fr/communaute/forum/message_gen_nofil=374306&cfilm=&refpersonne=&carticle=&refserie=&refmedia=.html
En 2005. Mais j’ai commencé à y réfléchir, après ma 4eme vision du film, et ma revision de Brazil et Total Recall.