LAWRENCE OF ARABIA

LAWRENCE OF ARABIA
David Lean, 1962

LE COMMENTAIRE

Le désert a fasciné pas mal de monde, de Jean-Patrick Capdevielle à Emilie Simon en passant par France Gall, parce qu’il représente l’infiniment grand. Un peu comme l’océan, le désert est un espace immense, silencieux et sournois. Il nous rappelle qu’on est infiniment petit et que la vie est pleine de vide. C’est dur de ne pas avoir une station service tous les 20km. Ce satané désert qui avance sans cesse nous a aussi emporté Thierry Sabine et Daniel Balavoine.

LE PITCH

Après sa mort dans un accident de moto, les personnes qui ont fréquenté T.E. Lawrence (Peter O’Toole) se rappellent…

LE RÉSUMÉ

Lawrence est lieutenant dans l’armée Britannique pendant la Première Guerre Mondiale et se fait repérer pour son insubordination et son caractère. C’est précisément pourquoi le responsable des services secrets au Proche-Orient Mr. Dryden (Claude Rains) décide de l’envoyer auprès du Prince Faisal (Alec Guinness), malgré les réticences du Général Murray (Donald Wolfit).

Lors de son voyage pour rejoindre le campement du Colonel Brighton (Anthony Quayle), son guide est abattu par Sherif Ali (Omar Sharif). Arrivé sur place, Brighton lui conseille de se tenir à carreaux et de repartir vite fait bien fait. Lawrence n’en fait qu’à sa tête. Il rencontre Faisal et son honnêteté lui vaut les faveurs du Prince. Lawrence va devenir son conseiller et l’aider dans sa guerre contre les Turcs, notamment en prenant la ville d’Aqaba par une attaque surprise via le désert du Nefud – pourtant considéré impraticable par les Bédouins eux-mêmes. Lawrence n’a peur de rien.

Have you no fear, English?

My fear is my concern.

Il fait preuve de courage et détermination en traversant le désert. Il y retourne même pour sauver Gasim tombé de son chameau, ce qui impressionne Sherif Ali.

Truly, for some men nothing is written unless they write it.

Lawrence est également un redoutable négociateur. Il sait que Faisal ne pourra pas prendre Aqaba sans l’aide du mercenaire Auda abu Tayi (Anthony Quinn), le leader des Howeitat, auquel il flatte l’ego en plus de lui promettre une mine d’or.

Auda abu Tayi will come… because it is his pleasure.

L’opération est un succès. La seule ombre au tableau c’est que Lawrence a du finalement abattre Gasim qui s’était rendu coupable d’un vol.

Lawrence ne s’arrête pas là. Il veut aider Faisal à élever une nation arabe (à ne pas confondre avec un état islamique).

So long as the Arabs fight tribe against tribe, so long will they be a little people, a silly people – greedy, barbarous, and cruel, as you are.

Il met la pression sur les Turcs et devient une attraction. Le reporter Américain Jackson Bentley (Arthur Kennedy) en fait une superstar. Lawrence est ait prisonnier par l’ennemi, torturé et violé. Cette expérience le traumatise.

Quelques temps plus tard, le Général Allenby (Jack Hawkins) supplie Lawrence d’utiliser son influence auprès de Faisal pour soutenir l’offensive britannique contre Damas. Lawrence finit par accepter. La bataille est sanglante. Et surtout les Arabes se montrent incapables de gérer la situation après avoir pris la ville qui retombe naturellement aux mains des Anglais, pour leur plus grand plaisir.

Lawrence est promu colonel puis il est rapatrié au Royaume-Uni où il mourra dans le fossé.

lawrence-of-arabia-1

L’EXPLICATION

Lawrence d’Arabie c’est un mirage.

C’est parce que nul n’est prophète en son pays que Lawrence tente sa chance ailleurs et que Faisal lui sourit. Le Prince est charmé par la fraîcheur de cet homme téméraire et mystérieux qui n’a presque rien à voir avec l’idée que les Arabes se font d’un Anglais.

Qui est donc Lawrence? Lorsqu’il approche du canal de Suez un homme sur l’autre rive lui pose cette question simple à laquelle il n’arrive pas à répondre:

Who are you?

Sherif Ali est intrigué par Lawrence. Il lui demande d’abord son nom, que Lawrence ne veut pas partager…

What is your name?

My name is for my friends. 

Les militaires Anglais lui ont collé l’étiquette de trublion. Ils est effectivement une sorte d’OVNI. Les Britanniques ne le prennent jamais vraiment au sérieux, ce qui ne dérange pas Lawrence car il a une plus haute estime de lui-même.

I say, Lawrence. You are a clown!

Ah, well, we can’t all be lion tamers.

Les Arabes au contraire sont curieux de cet homme qui montre un réel intérêt pour eux, même s’ils restent méfiants. Ils savent faire la différence entre l’amour et une passion passagère, notamment Faisal.

I think you are another of these desert-loving English.

Lawrence est convaincu du contraire. Il veut être son propre maître et croit en son talent. Il pense que rien n’est écrit qu’il ne puisse décider. Il ne veut recevoir d’ordres de personnes, surtout pas de ses pseudo supérieurs.

Damn it, Lawrence! Who do you take your orders from?

Lawrence pense qu’il est au dessus des règles. Il est au dessus de la douleur.

Ooh! It damn well ‘urts!

Certainly it hurts.

What’s the trick then?

The trick, William Potter, is not minding that it hurts.

Auprès des Anglais, Lawrence n’est personne. Il cire le banc. Les Arabes l’acceptent et lui donnent la chance de se révéler. Comme Gignac a du quitter Marseille pour le Mexique afin de devenir quelqu’un. Auprès de ses nouveaux amis, Lawrence peut enfin s’exprimer pleinement et assouvir ses rêves de grandeur.

Do you think I’m just anybody, Ali? Do you?

Il veut devenir cet homme providentiel que réclame Faisal, le faiseur de miracles.

To be great again, it seems that we need the english… or…

Or?

What no man can provide, Mr. Lawrence. We need a miracle.

Il sous-estime la situation. Il pêche par orgueil en oubliant que le désert donne des hallucinations. Le mirage n’est jamais qu’une illusion trompeuse. Lawrence est donc rattrapé par son destin. Après avoir sauvé la vie de Gasim, il doit la lui reprendre.

No Arab loves the desert. We love water and green trees. There is nothing in the desert and no man needs nothing.

Lawrence n’est qu’un homme, pas un Dieu. Il doit par conséquent accepter la limite de son influence et reconnaître sa fragilité. Lui qui éteint les allumettes à bout de doigts, ignorant la douleur, va finir par être atteint puis submergé, dégoûté. Il en fait l’expérience pénible lors de sa captivité. L’usure mentale va avoir raison de son enthousiasme. Il a perdu la flamme. Lorsqu’il retourne au combat, l’excitation a disparu. Ses motivations ont changé. Il n’y a plus que l’odeur du sable. Le sabre qui l’a jadis consacré est désormais tâché de sang. Lawrence est (re)devenu comme les autres.

I killed two people. One was… yesterday? He was just a boy and I led him into quicksand. The other was… well, before Aqaba. I had to execute him with my pistol, and there was something about it that I didn’t like.

That’s to be expected.

No, something else.

Well, then let it be a lesson.

No… something else.

What then?

I enjoyed it.

Dans toute cette histoire, Lawrence n’aura jamais été rien d’autre qu’un pion, d’abord au service de Dryden puis de Faisal et enfin d’Allenby.

Il n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Il n’est certainement pas ce Dieu qu’il aurait rêvé être. Il n’a pas voulu écouter la mise en garde de Dryden.

Lawrence, only two kinds of creature get fun in the desert: Bedouins and gods, and you’re neither.

De poussière, Lawrence retourne à poussière. Il a eu son quart d’heure de gloire puis doit retourner d’où il vient comme tous ces anonymes qui auront eu la chance de passer sur TF1 avec Christophe Dechavanne. Après toutes ces aventures extraordinaires, Lawrence meurt bêtement sur une ligne droite. Il sort de la piste parce qu’il roulait un peu trop vite et ne portait pas de casque. Lawrence d’Arabie c’est presque Coluche.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

4 commentaires

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.