ORCA

ORCA
Michael Anderson, 1977

LE COMMENTAIRE

On croit être original lorsqu’on gobe un paquet de chips tout entier, avec la tête à la renverse, alors qu’on ne fait guère qu’imiter Homer Simpson imitant lui-même le requin blanc des Dents de la Mer en train de s’appuyer sur le bateau de Quint pour le dévorer. Ce requin là n’avait d’ailleurs rien inventé. Il imitait lui-aussi l’épaulard s’appuyant sur la banquise pour mieux croquer un marin. À table!

LE PITCH

Le capitaine Nolan (Richard Harris) joue les capitaines Achab.

LE RÉSUMÉ

Nolan capture des gros poissons pour les revendre à un aquarium dans le but de rembourser l’emprunt de son bateau et peut-être un jour pouvoir retourner en Irlande. Il essaie de pêcher un grand requin blanc. Le scientifique Ken (Robert Carradine) tombe à l’eau et se fait menacer par le squale qui se fait soudainement attaquer par un orque. Impressionné par la puissance du mammifère, Nolan se met en tête d’en capturer un.

Nolan blesse une femelle qui perd son foetus à bord du bateau, sous l’oeil du mâle qui observe la scène avec horreur. L’orque attaque alors le bateau et tue un membre de l’équipage (Keenan Wynn). Il sème la panique et coule d’autres bateaux de pêche du village local. Al Swain (Scott Walker) apprend que Nolan est responsable et lui demande de chasser l’orque.

Dr. Rachel Bedford (Charlotte Rampling), une amie de Ken, enseigne à Nolan que les orques sont beaucoup plus sensibles et intelligents qu’on ne le suspecte (cf Blackfish).

It is known that they have great memory and even after many years they will always remember the human being who has tried to harm them.

Nolan a lui aussi perdu sa femme et son fils. Il comprend la peine qu’il a infligé à l’animal. Il promet à Bedford de laisser le mâle tranquille… jusqu’à ce qu’il attaque son amie Annie (Bo Derek) et lui croque la jambe. Cette fois, c’est la guerre.

Nolan monte une embarcation composée de Paul (Peter Hooten), Ken, Jacob Umilak (Will Sampson) et Bedford qui se sent un peu responsable:

I’d insisted on leaving South Harbor with them. I told myself that somehow I was responsible for Nolan’s state of mind. That I had filled his head with romantic notions about a whale capable not only of profound grief, which I believed, but also of calculated and vindictive actions, which I found hard to be believe, despite all that had happened.

L’orque les emmène jusqu’au Détroit de Belle Isle où il va couler le bateau puis prendre sa revanche sur Nolan en le croquant tout cru.

Bedford échappe au massacre. Elle se fait secourir par hélicoptère alors que l’orque est désormais prisonnier de la glace en dessous de laquelle il va probablement suffoquer.

orca

L’EXPLICATION

Orca c’est l’obstination d’un homme.

Nolan et l’orque sont faits du même bois. Ce sont tous les deux des patriarches qui ont perdu la femelle de leur vie ainsi que leur enfant. Nolan s’est vu punir par un conducteur ivre. Et l’orque est la victime d’un marin stupide. Ils ont tous les deux soif de revanche. Ils sont en colère et veulent cette vie qu’on leur a volé. Tous les deux sont têtus comme des mules. Nolan veut retourner en Irlande et l’orque n’abandonnera pas tant qu’il n’aura pas coulé son pêcheur.

Entre ces deux testicules insupportables, Bedford représente la femme-arbitre. Elle tente de calmer les esprits en apportant un peu de recul. Elle prône le désarmement et cherche à leur faire signer des accords de paix. Et si Nolan acceptait de vivre et laisser vivre?

Did I tell you that that animal has a right to be left alone?

Il n’y a arrive pas. Il ne veut pas négocier. C’est impossible. Face à cette fureur sourde, Bedford apporter son intelligence. Comme une bonne scientifique, elle tente de dépassionner les débats. Elle joue les médiatrices. Elle interprète. Elle explique.

He deliberately left you your boat because he wants to fight you alone on the sea.

Ce qu’elle essaie de faire comprendre à Nolan, c’est qu’il ne fait qu’un avec cet orque.

You’re planning to capture and sell a fellow creature! He’s like you – he has warm blood, he breathes air, he’s a mammal, but with intelligence!

Nolan voit effectivement son propre reflet dans l’oeil de l’orque. Il fait les questions et les réponses.

What is he saying?

You’re me, he says… I’m you, he says… you’re my… drunk driver… he says…

Il sait très bien que ce qu’il fait à l’orque, il se le fait à lui-même.

Can you commit a sin against an animal?

Why, you can commit a sin against a blade of grass. Sins are really against oneself.

Pour avancer, Nolan comprend donc qu’il doit faire la paix avec lui-même. Ce qui est fait est fait. Il doit réussir à se pardonner et dépasser sa peine. Il en a d’ailleurs profondément envie.

That whale can communicate. Then I thought I’d look at him. Right in the eye. And I’d tell him the killing of his wife and his child was a terrible accident. That I didn’t mean it. I didn’t mean it. I’d tell him that I was sorry. I hope he’d forgive me.

La haine est cependant trop tenace. Elle rôde jour et nuit, sous la surface. La rancoeur va le faire replonger. Sa culpabilité est trop forte.

He loved his family… more than I loved mine.

Il doit s’affronter dans un combat à la régulière, sur cette banquise qui fond comme neige au soleil. C’est l’orque qui triomphe et avec lui, le ressentiment. L’épaulard a isolé tout le monde et fait de nombreux dommages collatéraux autour de lui. Il a obtenu ce qu’il voulait : sa vengeance en avalant Nolan tout entier. Cela ne lui ramènera ni sa femme, ni Bedford. Il est plus seul que jamais, dans le froid du Grand Nord Canadien. Il suffoquera sous la glace. Il mourra sans bruit après avoir tué tout le monde. Nolan ne pourra jamais rembourser le prêt pour son bateau. Il ne reverra pas plus l’Irlande que la vache de Gérard Blanchard reverra sa Normandie.

 

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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