THE FLORIDA PROJECT

THE FLORIDA PROJECT

Sean Baker, 2017

LE COMMENTAIRE

Les États-Unis étaient fiers de leur rêve américain : la promesse que chaque individu puisse un jour devenir propriétaire grâce au fruit de son travail. Depuis, le rêve a viré au cauchemar. Aujourd’hui, un Américain moyen ne gagne plus assez pour se payer ce qu’il produit. Le capitalisme marche sur la tête. Ce n’est pas la vie en rose tous les jours.

LE PITCH

Une mère célibataire et sa fille survivent dans l’ombre de Disney World.

LE RÉSUMÉ

La petite Moonee (Brooklynn Prince) vit avec sa mère Halley (Bria Vinaite) dans un motel miteux de Kissimmee en Floride, le Magic Kingdom. En l’occurrence, le motel est véritablement miteux puisqu’il est infesté de punaises. La petite fait les 400 coups avec ses copains Scooty (Christopher Rivera) et Dicky (Aiden Malik), notamment à cracher sur la voiture de Stacy qui vit à Futureland. Celle-ci se plaint auprès du manager du Magic Kingdom, Bobby Hicks (Willem Dafoe).

Moonee doit nettoyer ses glaviots. Elle sympathise avec Jancey (Valeria Cotto), la petite fille de Stacy. Tant mieux car Dicky doit partir pour La Nouvelle Orléans.

Moonee et Scooty jouent les papillons de nuit. Ils assistent à l’arrivée d’un couple de Brésiliens qui se sont visiblement faits arnaquer lors de leur réservation en ligne. Une lune de miel au Magic Kingdom, ça ne fait pas exactement rêver…

I can always tell when adults are about to cry.

Halley se fait virer de son job de danseuse et explique aux services sociaux qu’elle n’a pas voulu accorder certaines faveurs aux clients. Malgré tout elle perd ses droits et se retrouve contrainte de vendre des parfums à la sauvette pour s’en sortir.

Halley n’arrive plus à suivre. Bobby fait de son mieux pour surveiller les enfants.

It’s only the second week of summer and there’s already been a dead fish in the pool.

We were performing a science experiment: we were trying to get it back alive.

Ceux-ci finissent néanmoins par rentrer dans le local électrique et cause une coupure de courant, ce qui rend furieux les locataires.

Les enfants finissent par mettre le feu à des appartements. Ashley (Mela Murder), la mère de Scooty décide alors de mettre fin à son amitié avec Halley.

You just let her get away? And I’m the one who’s unfit? FUCK YOU!

La jeune maman s’enfonce et se voit contrainte de se prostituer pour ne pas finir à la rue, enfermant sa fille dans la salle de bains pendant qu’elle voit ses clients.

Halley réclame de l’aide à Ashley qui l’envoie sur les roses et menace de la dénoncer. Les jeunes femmes se battent. Bobby a tout fait pour la protéger mais ne peut pas empêcher les services de l’enfance d’intervenir le lendemain.

Moonee va être placée dans une famille d’accueil. Elle s’enfuit avec Jancey pour trouver refuge dans le vrai Magic Kingdom, à Disney World.

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L’EXPLICATION

The Florida Project, c’est la misère sociale grandissante.

On sait très bien que la fracture sociale américaine n’est plus un mythe mais bien une réalité (cf L’âme divisée de l’Amérique). Si d’un côté, une caste prospère (cf Vice), de l’autre le peuple s’abrutit sans fin (cf Idiocracy). Les masses s’exposent ainsi aux profiteurs (cf Inside Job) ou aux racistes (cf Blackkklansman).

La Floride représente tout un symbole puisque une majeure partie de l’État a été annexé dans les années 70 par Walt Disney, le père de l’empire du divertissement mondial. Après avoir construit Disneyland dans les années 50 en Californie, Walt Disney a vu plus grand encore en Floride. Disney World est devenu une destination prisée par les touristes soucieux de s’amuser et de pouvoir rencontrer Mickey, dans un lieu paradisiaque entouré d’alligators et de favelas.

Tandis que les riches arrivent massivement à l’aéroport d’Orlando, les pauvres grouillent dans les motels alentours. Ils font preuve d’une solidarité quasi familiale (cf Les Tuche) encore qu’Ashley lâche Halley. Il ne faut pas abuser non plus. Pas de happy end.

Les enfants sont devenus vulgaires car ils sont laissés pour compte. On ne peut pas s’attendre à autre chose quand Halley passe le plus clair de son temps à fumer des joints devant la TV. Elle vole et ment, prétendant refuser de faire la pute afin de justifier son licenciement pour finir par faire la pute pour continuer de payer ses factures. Moonee suit logiquement l’exemple de sa mère en rotant et disant des grossièretés.

Moonee et ses copains ne sont que des enfants finalement qui réclament un peu d’argent aux touristes afin de pouvoir se payer des glaces. Parce que c’est bon les glaces.

Excuse me. Could you give us some change, please? The doctor said we have asthma and we have to eat ice-cream right away.

Ce ne sont que des enfants curieux au même titre que Danny qui rentre dans la chambre 237 alors qu’il sait qu’il ne devrait pas le faire (cf Shining).

These are the rooms we’re not supposed to go in… But let’s go anyways!

Ça va quand même drôlement mal en Amérique où l’administration n’arrive même plus à cacher la poussière sous le tapis, dans la capitale de la magie. Ce beau pays qui s’enorgueillissait jadis d’élever les conditions de vie de ses classes moyennes est devenu feignant. Bobby a beau faire de son mieux pour remettre le courant et faire attention à ce que les enfants ne fassent pas l’erreur de trop, il ne peut pas tout faire (cf Biutiful).

Peut-être que c’est mieux comme ça? Peut-être a-t-on besoin d’en passer par là? On se rend malade pour vomir et on repart le lendemain sur des bases plus saines. Demain est un autre jour. Malheureusement, c’est précisément vers Disney World que Moonee part se réfugier, au coeur du réacteur. Comme si elle avait besoin de rêver pour de vrai (cf Little Miss Sunshine). Le petit chaperon rouge se jette dans la gueule du loup d’elle-même. Elle est comme un déchet qui chercherait à être recyclé par la machine qui l’a engendré. Mais les États-Unis ne recyclent pas. Ils absorbent, transforment puis recrachent les matériaux. Point.

Disney créée la culture et la détruit en même temps. Les touristes affluent pour se procurer les peluches des derniers films d’animation. Tandis que les victimes de ce système pervers continuent d’en redemander.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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