TOY STORY 4
Josh Cooley, 2019
LE COMMENTAIRE
Des fortunes colossales sont investies dans la confection de jouets technologiques de haute précision, supportés par des campagnes marketing qui font se demander comment on a fait pour survivre jusque là sans ces jouets. Malgré tout, il y a quelque chose de rassurant dans le fait que les enfants auront toujours une préférence pour des jouets inattendus, qu’ils ont parfois fabriqué eux-mêmes. Les parents peuvent en témoigner.
LE PITCH
Un jouet se lance dans une opération sauvetage.
LE RÉSUMÉ
Woody le cow-boy était le jouet favori de Andy (cf Toy Story). Il est devenu un jouet parmi d’autres pour Bonnie (cf Toy Story 3). Dégradé, il fait le dos rond car il reste avant tout le jouet fidèle de la petite.
That’s the third count you haven’t been picked this week.
I don’t know, I don’t keep count…
Bonnie a l’âge d’aller à la maternelle. Lors de sa première journée, les enfants ne lui parlent pas. Alors elle se confectionne un petit jouet qu’elle baptise Fourchette. Woody s’est incrusté dans le sac à dos de la petite et il se rend compte que Fourchette fait la fierté de la petite fille.
You should see how much this little guy means to Bonnie.
Bonnie l’exhibe devant ses parents.
Look what I made!
Fourchette a du mal à s’intégrer car il n’est pas un jouet, il est plutôt un ustensile.
I’m not a toy!
Woody doit s’employer pour que Fourchette ne finisse pas dans la poubelle, et qu’il reste toujours à portée de main de Bonnie quand elle en a besoin.
We have to make sure nothing happens to him.
La famille de Bonnie part en weekend avec son camping-car, et ses jouets. Devant un magasin d’antiquités, Woody croit apercevoir Bo Peep dont il a été séparé il y a des années lorsque la soeur d’Andy a donné ses jouets à son tour.
Dans la boutique, Woody et Fourchette sont capturés par Gaby Gaby, une poupée des années 50.
Le cowboy parvient à s’échapper et se retrouve sur une aire de jeux où vit désormais Bo Peep et ses moutons. Leurs retrouvailles sont émouvantes.
I never thought I’d see you again!
Woody veut délivrer Fourchette afin de le rendre à Bonnie. Bo Peep qui vit seule depuis sept ans ne comprend pas l’obstination de Woody.
Open your eyes : there’s plenty of kids out there. It can’t be just about the one you’re still clinging to.
(…) It’s called loyalty! Something a lost toy wouldn’t understand.
I’m not the one who’s lost.
Dans le magasin d’antiquités, Woody réalise que Gaby Gaby a été laissée à l’abandon parce que défectueuse. Touché par la souffrance de Gaby Gaby, Woody accepte de lui laisser sa boîte vocale pour qu’elle puisse trouver un nouvel enfant – en échange de Fourchette.
Gaby Gaby est aussitôt récupéré par une petite fille.
Are you lost too?
Do you want to be my friend?
Bonnie se réjouit de retrouver Fourchette.
Personne n’a l’air de se soucier de Woody. Alors il décide de rester avec Bo Peep.
Au loin, Woody voit ses amis s’éloigner dans le camping car.
Buzz l’Éclair les rassure.
Does that mean Woody is a lost toy?
He’s not lost. Not anymore.

L’EXPLICATION
Toy Story 4, c’est vivre pour soi.
Il existe des personnes profondément généreuses qui consacrent leur vie à autrui (cf La dernière Marche). À l’hôpital ou dans les associations, on trouve beaucoup de personnes qui se mettent au service des autres dans des conditions difficiles. Sur la route, les livreurs (cf L’Histoire de Souleymane) risquent leur vie pour que des client·es puissent manger leur pizza chaude. Dans les call center, des opérateurs se prennent des sauts de vomi à longueur de journée pour que les client·es se sentent considéré·es (cf About Kim Sohee).
Un jouet est altruiste par définition. Il existe pour son enfant. Prêter une personnalité aux jouets et s’imaginer qu’ils puissent s’animer quand personne n’est là est un fantasme romantique. Ce sont les enfants qui donnent vie à leurs jouets, en inventant des aventures dont ils font partie. Les jouets n’ont pas de valeur intrinsèque. Ils ne sont guère que des objets en attente du prochain utilisateur.
It’s time for the next kid.
De ce point de vue, Woody a complètement raison. C’est pourquoi il est aussi loyal. Sans son enfant, il n’a aucune raison d’être. Donc même s’il est dans un carton, il est heureux car il est dans le carton d’un enfant. Il peut se mettre à disposition.
Woody est un cow-boy, mais il pourrait tout aussi bien être un soldat. Il pense et parle comme un soldat.
We don’t leave toys behind!
Il se donne même régulièrement des missions au cours desquelles il sauve le monde (cf Mission Impossible), qu’il s’agisse de ses copains ou de Fourchette. Tant que les enfants sont heureux, il a l’impression du devoir accompli.
En réalité, Woody n’est pas loin non plus d’être un esclave qui se satisfait pleinement de sa condition. Il passe d’un·e maître·e à un·e autre sans que cela ne fasse de différence. Avec le temps, il s’en est complètement accommodé.
Woody affronte un nouveau dilemme quand Bo Peep lui prouve qu’il est possible de vivre sans enfant. Le cow-boy n’arrive pas à imaginer que cela soit possible.
You really don’t think you’ll ever be in a kid’s room again uh?
Bo Peep contraint Woody à élargir ses horizons, ce qui est toujours plus facile à dire qu’à faire. En l’occurrence, ce n’est clairement pas la nature de Woody. Son logiciel ne fonctionne pas comme cela. Il n’est pas cablé ainsi.
You ever think about going out there, see the world?
…Without kid??

Woody découvre alors l’indépendance et doit apprendre à penser différemment. Entre une chambre d’enfant et un musée, il y a un entre-deux monde qui pourrait lui convenir.
C’est un challenge. Cela tombe bien : Woody aime relever les challenges. Alors il va essayer. Il dit au revoir à ses amis pour commencer une nouvelle aventure auprès de Bo Peep – la bergère devenue nomade (cf Nomadland).
Il y a des choses à explorer, pour peu que l’on se permette de vivre un peu plus comme un chat (cf Le Royaume des Chats).
Je ne m’attendais pas à lire une analyse aussi percutante sur Toy Story 4. Vous soulevez un point vraiment intéressant sur Woody : on l’a toujours perçu comme un modèle de loyauté, mais vu sous cet angle, il devient presque pathétique dans son abnégation. Cette idée qu’un jouet puisse vivre pour lui-même, qu’il puisse choisir autre chose que l’attente d’un enfant, c’est à la fois perturbant et libérateur. Bo Peep prend une dimension bien plus forte ici, une figure presque émancipée. Et la fin, que je trouvais autrefois un peu bancale, prend finalement tout son sens. J’avoue que le parallèle avec le monde du travail m’a un peu bousculé, mais il fonctionne. Il y a quelque chose de profondément humain dans ce choix de partir, de ne plus se définir par son utilité pour les autres. Merci pour ce regard qui donne vraiment une autre lecture au film.
Merci Andy, Woody n’a plus envie d’être le jouet de personne. Toy Story 4 est une ode à l’affranchissement. Un thème que l’on retrouve dans de nombreux films comme les Évadés, un Prophète, Jackie Brown, ou Spartacus…