L’OURS

L’OURS
Jean-Jacques Annaud, 1989

LE COMMENTAIRE

L’homme se prend peut-être pour le plus grand prédateur de cette planète (cf Shark Water) grâce à ses bombes atomiques (cf Dr Folamour), ses deux coupes du monde (cf Les Bleus 2018) ou ses réflexions misogynes (cf Les Valseuses). Il n’en reste pas moins que certains animaux peuvent facilement remettre à la place ce cador. L’homme, s’il n’est pas complètement bête, aura alors la chance de recevoir une double leçon en réalisant d’abord qu’il n’est rien sans son fusil. Puis il comprendra ensuite que la vie n’est pas un jeu à somme nulle : un adversaire, même en position de force, peut néanmoins faire preuve de clémence.

LE PITCH

Un petit ourson  découvre le grand monde.

LE RÉSUMÉ

Au plein coeur de la Colombie Britannique profonde de la fin du XIXe siècle, un ourson assiste impuissant à la mort de sa mère, coupable de gourmandise. Pas le temps de pleurer sur le triste sort de celle qui l’a mis au monde, le petit ours doit continuer son chemin. Il croise la route d’un grizzly mâle.

Celui-ci est traqué par deux chasseurs Tom (Tchéky Karyo) et Bill (Jack Wallace). Tom aperçoit l’animal au loin et lui tire dessus, ne faisant que le blesser.

L’ourson va gagner la sympathie de son ainé, d’habitude solitaire, en nettoyant sa plaie. C’est ainsi que le grizzly prend le petit sous son aile velue. Tous les deux continuent leur chemin ensemble.

Le petit s’intoxique aux champignons hallucinogènes tandis que le grand répond à l’appel d’une jolie femelle en chaleur.

Les chasseurs obtiennent du renfort. Ils sont rejoints par un troisième larron (André Lacombe) accompagné de sa meute de chiens. Cela devrait suffire pour ramener la coupe à la maison, allez les Bleus, allez. Ils capturent le petit ourson en espérant pouvoir s’en servir d’appât. Plutôt que d’abandonner son jeune ami, le grand intervient pour le libérer. Il massacre au passage les chevaux des chasseurs.

La course poursuite dans les montagnes commencent. Les chiens sont lancés après les deux ours qui finissent par s’enfuir. Quelques jours plus tard, le grand surprendra Tom en train de faire sa toilette. L’ours le tient en respect pendant une bonne minute. Et c’est long une minute parfois, acculé face à un géant. Tom se met à genoux et l’implore.

S’il te plait…….

L’ours a fait passer son message.

Les deux chasseurs les ont à nouveau en ligne de mire mais Tom refuse de tirer et leur souhaite bonne chance. Il a retenu la leçon.

Les chemins des deux ours se sépare. Au même moment, un Puma prend le petit en chasse. Lui aussi doit défendre sa vie seul. Pas tout à fait… Profitant de la présence de son ami dans son dos, le petit se met sur ses pattes arrières et crie de toutes ses forces pour faire fuir son agresseur.

L’hiver arrive. Il est temps pour les deux animaux de profiter d’une hibernation bien méritée. Avant de repartir au combat le printemps suivant.

Scène

L’EXPLICATION

L’ours, c’est se faire une place.

Tout commence par une coupure de cordon obligatoire. La mère, obsédée par le miel des abeilles, laisse son petit à son propre sort. L’irresponsable de l’histoire c’est elle. Pourtant elle rend un service à son ourson en lui permettant de grandir par lui même. Sortir de sous ses jupons. Le monde qui l’attend est aussi menaçant qu’il est gigantesque. L’ourson est perdu. Il n’a pas de mode d’emploi, ni de tuteur légal. Il bascule dans une chanson de Cabrel. L’angoisse commence véritablement.

Dans cet enfer XXL trop grand pour nous, on aimerait bien que quelqu’un vienne nous délivrer. On se sent prisonnier de ses promesses. Heureusement pour l’ourson, un grand va lui montrer le chemin. Il va trouver son Parrain.

Pour se faire sa place, il ne faut pas avoir peur de se jeter dans le grand bain, quitter la maison, explorer le monde, faire des rencontres (cf Into the Wild). Le petit ours va commettre des erreurs mais c’est comme ça qu’il apprend. Il goûte à ce qu’il ne devrait pas goûter (cf L’Associé du Diable). Sa faiblesse pour les sucreries le fait tomber dans un traquenard. Avec un peu de chance, on peut pourtant réussir à prendre le train en marche (cf Darjeeling Limited). Il faut pour cela avoir pris soin de composter son billet. Tout fonctionne sur une relation quid pro quo (cf Le Silence des Agneaux). Le petit ours apprend à rendre service. Il se rend utile. En échange, le grand l’aidera à se sortir de l’impasse. Le petit aide le grand à avancer. En retour, le grand va aider le petit s’épanouir en prenant sa place face aux hommes. Il va l’aider à grandir et se développer comme un bel ours qui n’a pas peur des marginaux (cf Grizzly Man).

Il faut marquer son territoire. Pas forcément à coups de morsures déchirantes (cf The Revenant). Mais plutôt à coups de pattes et de volume de décibels. Une bonne frayeur peut porter ses fruits. La preuve, Tom le chasseur se mue véritablement en premier écologiste de France. Tout n’est pas perdu. Il faut savoir s’imposer dans la vie pour ne pas se laisser marcher sur les pieds.

Face au chasseur, il faut montrer de quel bois on se chauffe. Face au puma, il faut cesser de fuir pour l’affronter les yeux dans les yeux.

Il faut aussi laisser un peu de place à ceux qui essaient de s’en faire une. C’est pourquoi le grand vient au secours du petit quand il en a besoin, qu’il le protège en back up face au puma, mais il le laisse s’aventurer seul. Prendre ses responsabilités. Devenir un homme. Le père d’adoption qu’il est accepte de laisser son jeune compagnon faire du vélo sans roulette et s’éloigner au loin (cf Kramer vs Kramer).

Se faire une place c’est aussi apprendre à se retirer du monde. Faire la sieste. Ne pas chercher à monopoliser l’espace médiatique au risque de s’épuiser. Prendre des forces. Pour remettre ça la saison suivante. Finalement, pour se faire une place il faut respecter le rythme naturel des fashion week (cf Phantom Thread).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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