L’AVENTURE DU POSÉIDON

L’AVENTURE DU POSÉIDON

Ronald Neame, 1972

LE COMMENTAIRE

Les catastrophes se produisent selon la loi de Murphy (cf Interstellar) et parce que nous ne parvenons pas à les anticiper – par incompétence, négligence, faiblesse ou suffisance. À prendre la grosse tête, on peut se prendre une vague qu’on n’a pas vu arriver. Se retrouver à l’envers. Prendre l’eau.

LE PITCH

Le voyage du SS Poséidon entre New-York et Athènes sera bel et bien son dernier.

LE RÉSUMÉ

Le paquebot de luxe du nom du dieu Grec vogue en direction d’Athènes avant de rejoindre les chantiers navals pour se faire démanteler. Car il a fait son temps. Alors qu’il pourrait traverser la Méditerranée pépère en cette nuit de St Sylvestre, le SS Poséidon navigue à toute berzingue sous les ordres de Mr Linarcos (Fred Sadoff).

We’re already three days behind schedule! And it’s costing my consortium thousands of dollars every day to maintain a wrecking crew.

Le capitaine Harrison (Leslie Nielsen) est informé d’un séisme au large de la Crète. Il est néanmoins contraint de s’exécuter, sous la menace de son employeur qui obéit lui-même à des impératifs économiques.

Les personnes à bord réveillonnent joyeusement. Ne se doutant de rien, elles se souhaitent gentiment la bonne année lorsque le bateau est frappé par une lame de fond. Il n’a pas le temps de virer qu’il se retourne en pleine mer.

We’ve turned over.

Parmi les rescapés, un groupe emmené par le révérend Scott (Gene Hackman) comprend que l’unique manière de s’en sortir est de se rapprocher de la coque. Une dizaine de personnes le suivent en escaladant un à un le sapin de Noël géant pour quitter la salle de réception avant qu’elle ne disparaisse sous l’eau.

En chemin, le groupe croise d’autres survivants emmenés par le médecin du Poséidon, faisant sens inverse, persuadés que la sortie se trouve sur le pont.

Après quelques péripéties et de nombreuses disputes, Scott et sa bande perdent quelques membres mais se rapprochent de la salle des machines. Un nuage de vapeur brûlante les empêche de progresser. Qu’à cela ne tienne, Scott décide de se sacrifier. Mike Rogo (Ernest Borgnine) devra conduire les autres vers la surface.

Six rescapés seront secourus par hélicoptère. Les autres passeront la nouvelle année et les suivantes sous l’eau.

L’EXPLICATION

Le Poséidon, c’est penser à contre courant dans un monde sens dessous dessus.

Le monde s’est mis à fonctionner de travers dès lors que nous avons commencé à mépriser les lois de la nature en voulant mieux la maîtriser. Par exemple, nous n’acceptons plus les cycles et cherchons à manger ce que l’on souhaite en dépit des saisons, occasionnant des modes de production non respectueux de la planète. Nous n’acceptons plus non plus l’obsolescence – à moins qu’elle ne soit programmée pour faire du profit. Ce qui veut dire qu’on ne respecte plus son âge. Le SS Poséidon est un vieux monsieur qui a besoin d’être manœuvré avec précaution. Si Linarcos avait commencé par faire preuve d’un peu plus de sagesse, le désastre aurait pu être évité. Encore un problème d’hybris… le naufrage ne se passe pas en Grèce par hasard.

Pour éviter que le monde ne se renverse, il serait utile de commencer par respecter les fondamentaux selon le principe de Lou Mannheim (cf Wall Street) : Good things, sometimes, take time. Malheureusement, tout le monde a oublié ce trader d’une autre époque. Aujourd’hui, il faut toujours aller plus vite, gagner plus. Braver tous les dangers si nécessaire. Optimiser tout prix. Lâcher du lest si possible. Impossible de ralentir ou faire machine arrière. On roule au delà des limites de vitesse tout en envoyant des textos, persuadé que l’accident n’arrive qu’aux autres. Ainsi, on se permet de faire du hors-piste. On flirt avec les extrêmes.

Jusqu’au jour où l’accident se produit. Un exemple au hasard : une pandémie – jamais complètement inattendue (cf Contagion). Précisément le genre de situations renversantes qui requièrent de garder son sang froid. Ne pas céder à la panique ou au catastrophisme ambiant (cf Hold Up).

We’re sinking and nothing’s going to keep us from drowning!!

Se lamenter ne sert à rien même s’il est normal d’accuser le coup. Il faut vite relever la tête. Pour y parvenir, dresser le constat de ce qui s’est passé peut-être un bon point de départ. Sous le choc, prendre malgré tout le temps que nous n’avons pas pris pour analyser la situation. Ce que fait Scott, le seul à vraiment comprendre ce qui se passe.

We’re cut off from the rest of the world.

En se retournant, le monde se retrouve coupé en deux entre ceux qui refusent la situation et ceux qui l’acceptent, pour mieux se remettre en marche dans le bon sens. Sous l’impulsion d’un leader éclairé (cf Invictus), trouver l’énergie de convaincre les autres que pour s’en sortir. Il faut effectivement se bouger, sans avoir peur d’aller parfois dans une direction contraire au sens du vent. Cela implique une belle force de persuasion dès lors qu’il s’agit de convaincre le groupe de prendre des chemins de traverse (cf Les Évadés).

Climbing to another deck will kill you all!

And sitting on our butts is not going to help us either. Maybe by climbing out of here, we can save ourselves.

Comme l’a très bien compris le Joker (cf The Dark Knight), tout le monde perd les pédales dans une situation chaotique. Le révérend Scott est celui qui fait accepter le changement de paradigme afin de trouver une issue.

La foi pleine de bon sens incarnée par Scott (cf Le nom de la Rose) fait face à une science obscurantiste représentée par le médecin de bord, qui se dirige dans le mauvais sens. Comme quoi parfois, il faut aussi suivre son instinct et réfléchir avec son cœur. Dans une situation qui ne fait plus de sens, le rationalisme atteint ses limites.

En l’occurrence, la foi n’a pas toujours à voir avec la religion. Scott en veut à son Dieu.

What more do you want of us? We’ve come all this way, no thanks to You. We did it on our own, no help from You.

Dieu a oublié un disciple – le révérend Scott – en plus d’avoir oublié l’un des siens, Poséidon lui-même, Le Dieu des mers agitées se retrouve coulé par un tsunami… au large des îles grecques. Quelle ironie.

La croisière s’amuse mais parfois elle se marre beaucoup moins.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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