THE ROCKY HORROR
PICTURE SHOW
Richard O’Brien, 1975
LE COMMENTAIRE
La rumeur voudrait qu’en son temps, Achille lui-même portait des vêtements féminins à la cour du roi Lycomède. Le travestissement ne date pas d’hier. De Jeanne d’Arc à George Sand, les travestis ont marqué l’histoire et ont connu un retour en force à l’aube des années 80, en réaction au tout permis hérité de Woodstock. La fin du XXe siècle a donc été marquée par un besoin de rebattre un peu les cartes et de mélanger les genres (cf Emilia Perez).
LE PITCH
Un couple tombe en panne.
LE RÉSUMÉ
Un criminologue (Charles Gray) raconte l’histoire de Brad Majors (Barry Bostwick) et Janet Weiss (Susan Sarandon), deux jeunes fiancés. Tout contents d’annoncer la nouvelle au Dr Scott (Jonathan Adams), les tourtereaux échouent quelque part dans l’Ohio un soir de novembre pluvieux. Ils se rendent trempés vers un chateau pour y demander de l’aide. Accueillis par l’intendant Riff Raff (Richard O’Brien), sa soeur Magenta (Patricia Quinn) et une groupie du nom de Columbia (Nell Campbell).
Le chateau accueille une convention transylvanienne. Les deux invités se retrouvent propulsés malgré eux au milieu des festivités.
C’est alors que le mystérieux Dr Frank-N-Furter (Tim Curry) fait une entrée remarquée:
I’m just a sweet transvestite, from Transsexual Transylvania.
Il convie tout le monde au laboratoire pour assister à la naissance de sa créature sexuelle: Rocky (Peter Hinwood), un colosse blond au slip doré dont il est extrêmement fier.
He’s a credit to your genius, Master.
Yes!
A triumph of your will.
Yes!
He’s okay!
Okay? I think we can do better than that!
Eddie (Meat Loaf), l’ancien amant du scientifique fait irruption et vole la vedette à Rocky. Frank met fin à son numéro et le tue devant ses invités horrifiés avant de revenir vers son Adonis et entamer une marche nuptiale.
Brad et Janet son séparés. Frank va tour à tour leur rendre visite dans la nuit pour les initiés aux plaisirs adultérins. Pendant ce temps Riff Raff, jaloux, chasse Rocky.
Janet un peu chamboulée par cette expérience cherche son Brad dans le chateau mais finit par trouver Rocky effrayé qui se cache dans le laboratoire. Tous les deux auront une aventure sous les yeux amusés de Columbia et Magenta.
Le Dr Scott s’est introduit dans le chateau à la recherche de son neveu Eddie. Il révèle à Brad et Janet que Frank et ses sbires sont des extra-terrestres pendant que Frank accuse le Dr Scott d’être un ancien nazi, avant de figer tout le monde en statues. Lorsqu’il les ramène à la vie, ils sont tous déguisés et participe à son spectacle de cabaret – y compris le Dr Scott.
Le spectacle est brusquement arrêté par Riff Raff et Magenta.
Frank-N-Furter it’s all over. Your mission is a failure, your lifestyle’s too extreme. I’m your new commander. You are now my prisoner. We return to Transylvania. Prepare the transit beam.
Avant de décoller vers la planète Transsexual, Riff Raff tue Frank et Columbia mais laisse la vie sauve à Brad, Janet et au Dr Scott qui rampent sur le sol.
Le criminologue conclut sa drôle d’histoire :
And crawling on the planet’s face, some insects called the human race. Lost in time, and lost in space, and meaning.
L’EXPLICATION
The Rocky Horror Picture Show, c’est un beau bazar.
Tout n’est pas toujours bien ordonné comme le voudraient les apôtres des conventions sociales. Beaucoup de bons élèves continuent de se marier à l’église avant de s’engager sur la route de la parenté – conduisant souvent au divorce. Et puis quelques un·es se perdent en cours de route, dans la nuit noire.
Brad et Janet incarnent le couple américain traditionnel. Un mâle dominant en slip et à la poigne de fer, marié à une belle femelle fragile, innocente, soumise et pulpeuse. Tous les deux vont voir leur détresse intime (cf Le Créateur) bousculée par les moeurs surprenantes de Frank.
Ce docteur venu d’une autre galaxie va servir de révélateur pour tous les deux. Lors de cette convention festive exubérante, Brad découvre qu’il peut faire une petite entorse à son règlement hétérosexuel et y prendre du plaisir.
Oh, come on Brad, admit it, you liked it didn’t you? There’s no crime in giving yourself over to pleasure.
Tout commence à exploser.
De son côté, Janet réalise qu’elle peut laisser sa timidité au vestiaire, sans complexe. Elle peut tromper son mari sans se sentir rongée par la culpabilité chrétienne de la croix qu’elle porte à son cou.
Frank est un personnage fantasque. Sa personnalité est capricieuse. Les gens autour de lui en souffrent. Eddie en fait les frais. Columbia est frustrée.
My God! I can’t stand any more of this! First you spurn me for Eddie, and then you throw him off like an old overcoat for Rocky! You chew people up and then you spit them out again. I loved you. Do you hear me? I loved you! And what did it get me? Yeah, I’ll tell you: a big nothing. You’re like a sponge, you take, take, take, and drain others of their love and emotion.
C’est parce que Frank ne réfléchit pas selon les principes de la société traditionnelle monogame. Il vient et se sert puis repart selon son bon plaisir comme un hédoniste. Rien d’autre n’a plus d’importance. Tout n’a pas absolument besoin de faire du sens.
Frank fait la promotion de l’abandon – au plaisir. Contrairement au capitalisme et à ses marques qui marchandisent l’individu en vendant du rêve pour demain, Frank veut profiter du moment… Tout de suite. Faire la fête en permanence. Mieux : vivre le rêve – pas le rêve américain.
Give yourself over to absolute pleasure. Swim the warm waters of sins of the flesh – erotic nightmares beyond any measure, and sensual daydreams to treasure forever. Can’t you just see it? Don’t dream it, be it.
Frank n’est pas dans le jugement. Il est un humaniste qui prône un égoïsme sain, penser d’abord à soi sans mépriser les autres.
Son énergie est un raz de marée qui va même finir par séduire les plus conservateurs comme le Dr Scott. Tout le monde finit en porte-jarretelles à se faire des bisous dans la piscine, sans vraiment se rendre compte de leur chance.
I’m lucky, he’s lucky, we’re all lucky!
Car malheureusement le spectacle a une fin. Ce foyer de résistance animé par Frank est éteint par Riff Raff, l’homme du ressentiment. Le majordome a été éclipsé trop longtemps. L’homme du peuple en a gros sur la patate et décapite le dandy.
You killed them!
But I thought you liked them, they liked you.
THEY DIDN’T LIKE ME, THEY NEVER LIKED ME!
On a bien rigolé. Maintenant, la fête est finie. Rangez les costumes. Bye bye le bois de Vincennes.
Monsieur Gris reprend le pouvoir.
Frank laisse derrière lui une gueule de bois énorme. Brad, Janet et le Dr Scott sont désorientés. Le grand écart a été trop violent. Aux États-Unis, Reagan va profiter de ce bazar pour prendre le pouvoir.
La guerre va se refroidir.
Des jours sombres s’annoncent…

