BASIC INSTINCT

BASIC INSTINCT
Paul Verhoeven, 1992

LE COMMENTAIRE

L’homme est un animal sensible et profondément obsessionnel. S’il passe tant de temps au travail, loin de sa famille, c’est pour une raison. Quand il se réveille, il pense d’abord à ‘ça’. Quand il mange, il pense encore à ça. Quand il dort, il pense toujours à ça. En gros, il ne pense qu’à ça. Il ne regarde le monde qu’à travers ce prisme. Ce qui le rend d’ailleurs difficile à vivre parfois. Et sa vie sociale en souffre. Il ne perd pas le fil pour autant. Il lui faut rester concentré sur son objectif, comme accroché à une bouée au plus fort de la tempête. Il transpire, tout en restant digne. Sa cause est noble. Son obsession l’est tout autant. Elle a un nom : la Vérité.

LE PITCH

Nick Curran (Michael Douglas) joue à Cluedo.

LE RÉSUMÉ

La rock star Johnny Boz est retrouvé mort dans son lit, tué par sa maîtresse à coups de pic à glace. La police de San Francisco mène l’enquête. Nick Curran et son collègue Gus Moran (George Dzundza) sont sur l’affaire. La romancière Catherine Tramell (Sharon Stone) est la première suspecte car elle a été aperçue avec Johnny en boîte de nuit la veille du crime. Elle est d’autant plus suspecte que le meurtre s’est passé exactement comme décrit dans son dernier roman.

Celle-ci ne se démonte pas et répond à la police, sans trembler et sans avocat. Elle en profite pour remettre les pendules à l’heure.

I wasn’t dating him. I was fucking him.

Sa décontraction perturbe les enquêteurs. Sa surprenante proximité avec Nick sème le trouble. Elle n’a de cesse de le provoquer.

Nick a quelques casseroles. Il est impliqué dans une affaire de meurtre de touristes. C’est un ancien alcoolique doublé d’un ancien fumeur. Sa psychologue Beth Garner (Jeanne Tripplehorn), qu’il viole de temps en temps, lui avoue qu’elle était à Berkeley avec la fameuse Catherine et qu’à l’époque, un professeur avait été tué à coups de pic à glace. Le mystère s’épaissit encore autour de Catherine lorsque Nick découvre qu’elle fréquente régulièrement Hazel Dobkins (Dorothy Malone), une ancienne criminelle, soit-disant pour s’inspirer d’elle pour ses romans.

Chez Catherine, Nick découvre avec surprise qu’il est le héros de son prochain livre. Un jeu de séduction s’initie entre eux, ce qui a le don de rendre folle de jalousie Roxy (Leilani Sarelle), la compagne de Tremell. Roxy se tuera en voiture après avoir tenté d’écraser Nick.

Catherine est affectée par la mort de Roxy. Elle confesse à Nick qu’une autre de ses conquêtes fut jalouse par le passé, une certaine Lisa Hoberman… qui se trouve être Elisabeth Garner! Nick la confronte. Elle nie tout en bloc. Elle accuse même Catherine de l’avoir copiée en tout. Curran qui vient de se faire sèchement rejeter par Catherine depuis qu’elle a fini son livre ne sait littéralement plus à quel sein se vouer.

Son collègue Gus est appelé par une supposée amie de Catherine qui a des révélations à lui faire. Il se fait assassiner à coups de pic à glace à la sortie de l’ascenseur. Nick avait eu un mauvais pressentiment. Il se rend sur les lieux du crime, trop tard. Il y trouve Beth qu’il abat par erreur. Peut-être pas tant par erreur en fin de compte, car des preuves confondantes sont retrouvées à son domicile.

Catherine retrouve Nick pour s’expliquer, en larmes.

I lose everybody, I don’t want to lose you.

Tous les deux font l’amour. Catherine lui pose la question de leur avenir.

What do we do now, Nick?

Fuck like minks, raise rugrats and live happily ever after.

Hate rugrats.

Fuck like minks, forget the rugrats, and live happily ever after.

Elle renonce à le poignarder et laisse son pic à glace au sol. Nick n’est pas passé loin.

basic instinct

L’EXPLICATION

Basic Instinct, c’est la mangeuse d’hommes.

Le philosophe James Brown avait posé le postulat que le monde appartenait aux hommes. Il est de fait que sur la scène du crime de Johnny Boz, on ne trouve que des hommes qui se permettent des blagues salaces à caractère misogyne (ce sont les meilleures, juste devant les blagues racistes). Ils tombent de leur chaise en apprenant que Catherine est romancière, bardée de diplômes et qu’elle a un patrimoine de plusieurs millions. Une femme?? Ça n’est pas possible! Ils ne sont pas au bout de leurs surprises.

Car le philosophe James Brown avait pris soin d’ajouter que ce monde d’hommes ne serait rien… sans femmes. Il faut donc compter avec Catherine, une femme d’un nouveau genre. Catherine marque une rupture historique. La femme était dans l’ombre de l’homme, aux fourneaux (cf Betty Draper). Puis elle s’est libérée sexuellement (cf Janis Joplin). Elle a voulu prouver qu’elle pouvait porter un pantalon (cf Saint Laurent). Puis qu’elle était capable de faire tout aussi bien que l’homme, à sa manière à elle (cf Working Girl). À présent, la femme a dépassé l’homme. Elle n’a plus besoin de lui, ni de personne d’ailleurs (cf Brigitte Bardot). Catherine fume, n’a pas besoin de son avocat pour répondre, conduit vite dans les virages, assume, provoque, sans culotte.

I have nothing to hide.

Contrairement à Clarice qui cherche à s’élever selon les règles imposées par les hommes (cf Le Silence des Agneaux), Catherine incarne un féminisme radical, qui redéfinit les codes. C’est elle qui décide.

I don’t feel like talking anymore.

C’est une joueuse de poker qui sait retourner la situation à son avantage. Nick veut se mettre à sa table malgré l’avertissement de Gus.

She’s screwing with your head Nick, stay away from her!

Le problème des hommes comme Nick, c’est qu’ils ont trop confiance en eux. Ils ne se sont pas rendus compte qu’ils sont devenus condescendants, donc auto-suffisants (cf Gazon Maudit).  Après que Beth lui sauve la mise plusieurs fois, Nick l’envoie sur les roses. Il n’est ni respectueux pour une femme qui a des sentiments pour lui et se soucie de lui, ni reconnaissant.

I don’t owe you anything.

Les hommes pensent qu’ils sont uniques. Ils jouent des coudes, font parler leur virilité à travers le sexe: contre le mur, par derrière, en force… Comme pour les enfants, le sexe chez l’homme est encore une mesure de performance. Gus n’en revient pas que Nick ait sauté Catherine. Respect.

You fucked her!?

Le sexe est l’instinct de base, une sorte de juge de paix. Lorsque Beth prend des nouvelles de Nick, voilà sa réponse :

How’s your life?

My sex life is fine.

Il n’y a que ça qui compte. Le sexe est tellement monté à la tête des hommes qu’ils en sont devenus abrutis au point de confondre une femme indépendante comme Catherine avec une prostituée.

What are you? A pro?

C’est presque logiquement que Nick rentre dans le jeu de Catherine puisqu’il est persuadé qu’il est meilleur qu’elle.

I’m in love with you already, but i’ll nail you anyway!

Ce que l’homme n’a pas compris c’est qu’il n’y a pas de compétition. Ça n’est pas un jeu. C’est à la vie à la mort. Un autre philosophe américain du nom de Michael Jackson alertait sur la dangerosité de la femme. Elle est malicieuse. Catherine brouille les pistes de façon à ce que Nick ait l’illusion de croire qu’il a choisi Catherine – alors que c’est Catherine qui l’a choisi depuis le début, comme une victime. C’est une mante religieuse.

I’m using you.

Catherine profite de l’instinct de base pour utiliser Nick comme un jouet. Elle s’inspire de lui pour écrire son roman et faire de l’argent. Elle utilise son pénis pour se donner du plaisir. Si elle l’a épargné une fois parce qu’il a eu la chance de lui donner la bonne réponse, lorsqu’elle s’en sera lassée elle le jettera avec l’eau du bain. Et elle finira par s’en lasser un jour ou l’autre comme la chatte finit par se désintéresser d’un lézard après avoir joué avec sa queue.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

 

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