ULTRAS

ULTRAS

Francesco Lettieri, 2020

LE COMMENTAIRE

Après avoir été le lieu de naissance de Luca Giordano, Naples a été infestée de piranhas. Capitale de la Camorra (cf Gomorra), des poubelles et de la pizza au feu de bois. Maradona y régna entre 1984 et 1991. Naples c’est surtout les Napolitaines, saintes patronnes de la ville avec leur regard volcanique. Ce sont elles les vraies ultras!

LE PITCH

Un ultra du Napoli interdit de stade cherche désespérément la rédemption.

LE RÉSUMÉ

Sandro (Aniello Arena) se rend à un mariage d’un supporter du Napoli en qualité de leader des Apache, une faction ultra. Bien que persona non grata au stade San Paolo, il reste très investi au sein de ce groupe supporters.

Tu es ma vie!

Ce sont les jeunes emmenés par Pechegno (Simone Borrelli) et le violent Gabbiano (Daniele Vicorito) qui soufflent sur les braises du Vésuve.

Les anciens ne voient pas ça d’un bon oeil car Pechegno prend des décisions autoritaires, sans consulter les autres. Après un premier écart à Florence, il est rappelé à l’ordre par Barabba (Salvatore Pelliccia), un autre éléphant qui a lui-aussi consacré sa vie au club. Sandro remet les pendules à l’heure.

On a eu plusieurs réunions pour ne pas être instrumentalisés. Pour ne pas être catalogués. Et vous qu’est-ce que vous faites? Vous balancez tout aux chiottes. (…) On prend les décisions ensemble. Parce qu’un ultra tout seul ne vaut que dalle.

Sandro tombe amoureux de Terry (Antonia Truppo) et prend doucement ses distances. Il surveille les affaires des Apaches de loin pour protéger Angelo (Ciro Nacca), le frère de l’un de ses amis mort au combat, poignardé par un ultra Romanista.

Les jeunes s’impatientent puis font finalement secession.

Comme dans toutes les familles vient le moment où l’enfant quitte la maison.

Trop envieux d’en découdre, ils veulent se rendre à Rome où le prochain match se joue pourtant à huis clos.

Nous sommes les ultras. Nous sommes comme une armée qui défend ses traditions, sa foi, sa ville. On n’a jamais eu peur de qui que ce soit. Et personne ne nous dira quoi faire. Parce qu’on s’en fout. (…) Le loi ne nous fait pas peur. On ne s’arrêtera jamais.

Angelo veut se joindre à la fête. Venger la mort de son frère. Prouver qu’il est un homme.

Sandro s’y rend pour le protéger. Dans un paysage de guerrilla urbaine, Angelo est passé à tabac par la police. Sandro lui vient en aide mais meurt abattu. Il revient à Naples dans un corbillard.

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L’EXPLICATION

Ultras, c’est une vie hors-jeu.

Selon les règles de l’art du football, et pour faire simple, on se met hors-jeu dès lors que l’on dépasse une ligne formée par le dernier défenseur de l’équipe adverse. Être hors-jeu, c’est pire que d’être en dehors du jeu, c’est carrément mettre un terme à l’action. Se faire sanctionner et pénaliser son équipe. On pourrait dire de celui qui vit hors-jeu qu’il passe à côté de sa vie, à l’image de tous ces ultras qui ont pourtant l’impression d’être au coeur de l’action. Ils se trompent.

Sandro est soit-disant amoureux de son club. Néanmoins, sa violence l’a poussé hors des stades. C’est à dire que ses actes l’ont contraint à aller pointer au commissariat chaque dimanche plutôt que de soutenir les siens. Il ne peut plus supporter les siens, ce qui est sa raison d’être depuis toujours. Alors que sa mid-life crisis (cf Kennedy et moi) devrait lui permettre de se poser des questions, il semble encore totalement borné.

Je me suis rendu compte qu’entre Bergame et Naples, Nord et Sud, en fait on était tous pareils. (…) Au bout du compte, même bourrés, on les a enchaînés.

Sandro se rend pourtant bien compte qu’il n’est plus dans le coup. Son entourage le lui fait remarquer.

T’es dépassé.

Il s’assagit. Ce qui n’est pas un mal. Mieux vaut tard que jamais. Tout ce qui se passe lui fait lentement comprendre qu’il est temps de passer à autre chose. Les morts, la violence, la suspension de stade, les années qui passent et qui ne reviendront pas, des pseudo-valeurs qui ne veulent plus rien dire. Des amis qui ne lui permettent pas de vivre sa relation avec Terry comme il le souhaite.

Il ouvre les yeux tout doucement (cf Eyes Wide Shut). Une autre vie est possible. Lorsqu’il veut se ranger, il se dispute avec son meilleur ami.

Les bastons, la contre-attaque, à 50 ans avec ce ventre tu continues encore? On est vieux. Regarde toi : on est ridicule.

Ces Ultras sont effectivement tous hors-jeu autant qu’ils sont. Les plus vieux tiennent des propos agressifs aussi puériles que les jeunes. Ils n’ont rien appris.

On emmerde ceux qui nous ont abandonnés. On ne suit pas la mode. On n’est pas des moutons.

Bravo.

Tous ces ultras sont vraiment faits pour s’entendre! D’ailleurs ils savent très bien que sans les autres abrutis, ils ne sont plus que des abrutis isolés. C’est à dire rien du tout.

Dis moi, les gars et moi sans toi, c’est quoi?

Pas grand chose effectivement.

Les jeunes aussi se mettent tout de suite hors-jeu en voulant reproduire les bêtises de leurs aînés. Comme des moutons justement, se jettant dans le vide en suivant les autres. Pas franchement plus malins.

Honorons les bannis!

Angelo a été mis hors-jeu pour sa mère. Elle ne s’intéresse pas à lui. Cependant il devrait se rendre compte que sa vie d’ultra lui fait prendre le même chemin que celle de Sandro. Il quitte sa copine en plein ébat parce que ses copains lui demandent de descendre. Comme si c’était son destin.

Attends mes potes m’appellent. 

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Qu’est-ce que la vie de Sandro a d’intéressant en dehors jolis pectoraux encore bien dessinés pour son âge? Sandro passe le jet d’eau. La vie de ce male alpha est derrière lui. Il n’aura laissé absolument aucune trace dans les tribunes. Personne ne se souviendra de lui qu’une famille pseudo-démocratique sous ses airs néo-nazis, qui n’hésite pas à faire des raffles sanglantes en cas de désaccord. Ces ultras sont aussi bêtes que des soldats qui chercheraient à s’entretuer avec les soldats d’en face – pourtant jumeaux. Sur quelle base?

Cette histoire ne peut que se finir par un coup de couteau ou une balle dans le dos. Voir Naples et mourir. Le romantisme en moins.

L’arbitre siffle. On rend la balle à l’adversaire.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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