DIEGO MARADONA

DIEGO MARADONA

Asif Kapadia, 2019

LE COMMENTAIRE

Un petit bonhomme aux cheveux bouclés sort du sous-sol de son quartier pourri de Buenos Aires. Il monte discrètement les marches de la gloire en haut desquelles l’attendent déjà une horde de paparazzis. Le joueur est dans l’arène (cf Gladiator). On attend de lui qu’il excite les fans venus remplir le stade uniquement pour le voir. La foule veut du pain et des jeux. Il va leur donner du rêve. Et ces affamés finiront malgré tout par le manger tout cru à la fin du match.

LE PITCH

Grandeur et décadence de la légende du sport le plus populaire du monde.

LE RÉSUMÉ

Diego Armando Maradona fait parler de lui dans toute l’Argentine. À seulement seize ans, il transcende la modeste équipe d’Argentinos Junior. On le compare déjà à Pelé.

Je veux être Maradona.

Boca Junior met la main sur le prodige puis le revend une fortune au FC Barcelone. En Espagne, Diego peine à confirmer. Victime d’un vilain tacle, il a la cheville brisée et ne peut finir sa première saison. La seconde sera marquée par une bagarre générale qu’il déclenchera contre le FC Bilbao en finale de Coupe du Roi. Ses frasques nocturnes gênent le club blaugrana qui le revend à Naples.

En Italie, c’est l’effervescence. Mais Diego rejoint une équipe faible qui ne gagne pas. Sous son influence, les Napolitains progressent. 1986. Coupe du Monde au Mexique. L’Argentine étonne. Maradona qualifie son équipe contre l’Angleterre grâce à une main honteuse et un second but d’anthologie.

Ce match résume à lui seul le mythe de Maradona. On comprend pourquoi les gens l’adorent ou le détestent : un zeste de triche et beaucoup de genie.

L’Argentine triomphe en finale contre l’Allemagne. Le voilà Champion du Monde et bientôt champion d’Italie, 3 points devant la Juve. Au pied du Vésuve, il est désormais considéré comme un Dieu.

Il nous a sauvés. Il nous a choisis.

En 1989, il fait gagner la Coupe d’Europe en offrant le but de la victoire à Ciro Ferrara. Tous ses excès sont pardonnés. Maradona, fatigué, a des envies d’ailleurs. Le second Scudetto remporté en 1990 n’a déjà plus tout à fait la même saveur.

Le Coupe du Monde en Italie va tout précipiter. L’Argentine affronte la Squadra en demi-finale, à Naples, comme une erreur de casting. Diego marque son tir au but. Les Azzuris sont éliminés de leur Coupe du Monde par la faute de Maradona qui commençait déjà à agacer pas mal de monde. Responsable du fiasco, il est officiellement élu l’homme le plus détesté d’Italie.

Ils ont commencé à en avoir assez de lui. L’Italie se retourne contre lui. Il ne bénéficie plus de protection.

En 1991, il est condamné à de la prison avec sursis pour possession de cocaïne. Il écope dans la foulée d’une suspension d’un an pour contrôle antidopage positif à la cocaïne. Aucune sanction aussi dure n’avait été prise. Il quitte Naples sans bruit.

Quand je suis arrivé, 85.000 personnes sont venues m’accueillir. Quand je suis parti, j’étais tout seul.

Scandales en tout genre, problème de santé… L’ex gloire du foot argentin ne remontera jamais vraiment la pente.

Maradona le footballeur a disparu. Tout ce qui nous reste c’est le mythe.

En 2016, il reconnaîtra officiellement Diego Armando Junior qu’il a eu avec Cristiana Sinagra.

Argentine soccer star Diego Maradona, we

L’EXPLICATION

Diego Maradona, c’est une idole qu’on créée et qu’on lynche.

Pelé, une autre légende du foot, avait compris bien avant tout le monde :

Oui bien sûr il est très talentueux. Mais il n’a pas été préparé psychologiquement pour porter cette responsabilité.

Diego est un pauvre qui a réussi, ce qui lui a permis de mettre sa famille à l’abri de la misère. Ce qui est tout à son honneur. Il était un homme qui avait des aspirations plutôt simples. En chemin pour Naples il déclarait un peu naïvement :

J’attends de la tranquillité et du respect.

Rien ne l’avait effectivement préparé à la suite. Chacun va vite s’en remettre à lui pour gagner, ou pour faire oublier sa misérable existence le temps d’un match de football. C’est effectivement une très lourde responsabilité.

Au milieu du chaos, c’est au numéro 10 d’apporter la solution.

Car Maradona est un homme, pas un saint. Il le reconnait lui-même. Le jeune homme n’est pas loin d’être une racaille au sens de Sarkozy puisqu’il vient d’un quartier défavorisé et qu’il aime se battre. Ses points faibles sont nombreux : il aime la fête, trompe sa femme, prend de la drogue et boit de l’alcool. Il vit dans l’excès, comme d’autres prodiges avant lui (cf Amadeus). Tant qu’il gagne et fait gagner, tout va bien (cf Casino).

Personne n’a intérêt que la machine à rêve parte avant qu’il ne soit trop tard. On multiplie les infiltrations pour qu’il puisse jouer chaque dimanche. Il ne faudrait pas perdre la moindre goutte de ce champagne si précieux. C’est tout un business juteux qui repose désormais sur les épaules de l’artiste.

C’était tous des hommes d’affaires. Il fallait l’exploiter au maximum.

Le clan Giuliano le protège et l’exploite. Maradona délivre. Il ramène deux championnats à une ville qui n’avait rien gagné et qui était la risée de tout un pays. Si Naples existe en Italie c’est grâce à un volcan et à un joueur de foot argentin. Maradona est presque au niveau de Michael Jackson (cf This is it). Les locaux fabriquent la légende en peignant des fresques à son effigie sur les murs de la ville. La moindre de ses sorties déclenche des mouvements de foule incontrôlables. En quelques sortes, le joueur est victime de son immense talent puisque lui n’avait pas du tout envie de devenir une star du rock (cf Walk the Line).

Je n’ai fait de mal à personne. Je veux juste jouer au football, tranquillement.

On peut dire que les Napolitains en ont fait leur Dieu.

Aux Dieux on est prêt à tout donner tant qu’ils ne nous trahissent pas (cf Dracula). Maradona doit perdre en demi-finale. On l’aime mais il doit s’écraser. Les Italiens ont adoré son effronterie. Il ne la lui pardonneront pas. Et l’on connait la sauvagerie des Napolitains (cf Gomorra) qui peuvent devenir de véritables piranhas.

Tout va pourtant se passer en douceur. Pas besoin de s’acharner contre la star. Lui retirer son statut va suffire. Sans protection, Maradona se retrouve seul avec ses démons, exposé à une police trop contente de pouvoir déboulonner celui qui a empêcher au pays de briller. Au tribunal, le procureur a le sourire aux lèvres.

Les médias jubilent. La foule en redemande. Deux championnats, deux coupes et une coupe d’Europe plus tard, tout le monde a oublié. L’opinion ne se distingue pas par sa mémoire, c’est certain. Les adorateurs fidèles sont devenus des juges cruels. Chéri du public, Maradona devient persona non grata.

Il faut croire que qui aime bien châtie bien.

La dernière idole qui ait reçu pareil traitement, c’était Jésus de Nazareth.

LE TRAILER

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