MIRACLE IN CELL No.7
Hanung Bramantyo, 2020
LE COMMENTAIRE
Bravo aux mères qui portent leurs enfants pendant neuf mois et bien plus encore (cf Mother!, 20th Century women). Sans oublier les pères (cf Mon père ce héros), ces hommes de l’ombre que les garçons cherchent à tuer – sous l’influence d’un gourou Autrichien. Que les filles accusent de ne plus être dans le coup. Ces hommes à qui il arrive parfois de déraper (cf Un moment d’égarement) mais à qui l’on peut pardonner – tant qu’ils restent humains.
LE PITCH
Victime d’un malentendu, un autiste finit en prison.
LE RÉSUMÉ
Memo (Aras Bulut Iynemli) est considéré comme l’idiot du village, sauf par sa mère (Celile Toyon), sa fille Ova (Nisa Sofiya Aksongur), et peut-être l’institutrice (Deniz Baysal).
Il a quoi mon papa ?
… Il est juste différent.
Le jeune berger ne fait de mal à personne. Malheureusement, il va se retrouver au coeur d’une cruelle méprise. La fille d’un Commandant (Yurdaer Okur) joue avec ses copains dans les collines, croise Memo et veut s’amuser avec lui vers les falaises. Elle tombe et se tue. Les soldats la retrouvent morte dans les bras de Memo. Direction la prison, sans procès mais pas sans passage à tabac.
Dans la cellule de Askorozlu (Ilker Aksum), le calvaire continue pour Memo qui est battu façon Baleine (cf Full Metal Jacket), selon la tradition réservée aux meurtriers d’enfants. Le directeur de la prison Nail (Sarp Akkaya) et le capitaine Faruk (Deniz Celiloglu) doivent faire appliquer la consigne : Personne ne doit toucher un cheveux du fou, car le Commandant veut en faire un exemple.
Très vite ses codétenus se rendent compte que Memo est probablement innocent, tellement il semble incapable de faire du mal à une mouche (cf La Ligne Verte).
Il doit pas être là. Encore moins d’être exécuté.
Un soldat déserteur a vu la scène. Son témoignage pourrait innocenter Memo. Cependant, le Commandant l’abat froidement afin d’effacer toute trace. Ce sera donc la pendaison.
En cellule, Yusuf (Mesut Akusta) ne peut se remettre de son crime.
Je ne peux plus vivre, ni ici ni dehors.
Touché par l’injustice que vit Memo, il se dévoue pour être pendu à sa place. Ainsi la petite Ova ne se retrouve pas orpheline – avec la complicité du directeur et de son capitaine. Memo peut retrouver Ova et quitter la Turquie.
Pour échapper à la violence policière.
Des années plus tard, Ova (Hayal Koseoglu) apprend avec émotion que la peine de mort vient d’être abolie en Turquie. Éternellement reconnaissante envers Yusuf pour son sacrifice.
L’EXPLICATION
Miracle in Cell No.7, c’est la réhabilitation des prisons turques.
La promesse de la prison, à en croire Reyeb, est de pouvoir sortir un peu moins con qu’on est rentré (cf Un Prophète). Dans un monde idéal, le criminel reconnu coupable y purge sa peine. Réfléchit à la condition humaine. Et ressort avec la volonté de redevenir un élément productif de la société (cf The Yards, Je verrai toujours vos visages).
Dans certains pays, cela ne suffit pas.
Le condamné peut regretter ses actes et malgré tout devoir s’allonger sur la table pour y recevoir une injection mortelle (cf Dead Man Walking). Ce sont les pays où la peine de mort est encore en place.
L’institution pénitentiaire est sur le point d’exploser : Plus assez de place, des surveillants en sous-effectif, au bord du burn out (cf Chute libre), des dirigeants résignés. Pas vraiment les conditions réunies pour que les détenus puissent s’y retrouver et revenir au monde civilisé avec les meilleures intentions.
Les prisons de certains pays ont particulièrement mauvaise réputation, comme en Turquie où l’on prend plaisir à taper sur les pieds des détenus pendus la tête en bas (cf Midnight Express).
Quand on ajoute à cela que les condamnés en question peuvent l’être par erreur, comme Memo, cela fait beaucoup.
Cet homme ne ressemble pas à un tueur.
Comme tout le monde n’a pas forcément les ressources pour s’enfuir (cf Les Évadés), la plupart des personnes incarcérées finissent par pourrir dans leur cellule. Une mort à petit feu.
Les ignorants sont bénis (cf Perfect Days). C’est peut-être ce qui permet à Memo de ne pas sombrer dans une profonde dépression. Il a suffisamment d’esprit pour comprendre que la prison n’est pas le paradis. Heureusement, il lui en manque suffisamment pour se suicider.
Sa capacité de résilience est impressionnante. Il traverse cette épreuve avec le sourire (cf La vie est belle), ce qui va dérouter ses codétenus qui l’avaient pourtant beaucoup cogné. Quand il écrit à sa fille, l’idée de se plaindre ne lui vient pas en tête. Pas uniquement car il ne veut pas que sa fille s’inquiète, mais parce qu’il en est vraiment convaincu. Tout va bien.
Ton papa s’est fait plein d’amis.
Le miracle va se produire dans cet endroit que même Dieu ne peut redresser, grâce à Memo, le faible qui ne pouvait pas se défendre. Celui que le commandant veut voir mourir absolument. Lorsque Ova rend visite à son père, elle demande naïvement à chacun de ces hommes ce qu’ils font là. Face à cette enfant si naïve, ils se sentent tous soudainement bien bêtes – en plus de se sentir coupables.
Chacun porte un fardeau qui l’empêche de dormir.
Inspirés par la gentillesse de Memo, ils vont mettre leur égoïsme de côté.

Reprendre confiance dans la vie et se dire que peut-être eux aussi peuvent effectuer une bonne action. Le jeu peut en valoir la peine, c’est le cas de le dire. Ils vont se prouver qu’ils peuvent accepter le bien et faire le bien autour d’eux en retour. Contrairement au commandant, ils vont prouver que le pardon est possible. Et que tout est récupérable.
Si tu offenses ta propre fille, tu dois en sauver d’autres.
Ce sont les condamnés qui révisent leur jugement, contrairement au Commandant. Les condamnés vont renverser l’autorité. Ils rétablissent la justice, allant jusqu’à se sacrifier pour que le bonheur des autres puissent continuer. En bonne intelligence avec la direction sans laquelle rien n’aurait été possible.
On a beaucoup critiqué les prisons turques.
Il est temps de balayer devant sa porte, et reconnaître que ce système carceral n’est pas pire que les autres.

Je n’ai jamais autant pleuré autant devant un film. Franchement la bande sonore + la façon dont le réalisateur a surjoué les émotions c’est du grand art