SUR MA PEAU

SUR MA PEAU

Alessio Cremonini, 2018

LE COMMENTAIRE

Pour permettre la vie en société, il était nécessaire de créer une administration pour s’occuper de tous les papiers officiels. L’administration a les pleins pouvoirs pour décider de ce qui existe et de ce qui n’existe pas. Ce qui n’est pas mis par écrit noir sur blanc ne s’est peut-être jamais produit. Un document sans les mentions d’usage ne vaut rien. Pas de signature, c’est la poubelle. Alors que certains drames ne sont pas sur papier et peuvent se constater sans déclaration.

LE PITCH

Un jeune toxicomane se fait arrêter puis massacrer par les Carabinieri.

LE RÉSUMÉ

Stefano Cucchi (Alessandro Borghi) est arrêté en fin de soirée en possession de haschisch et deux grammes de cocaïne. Il est amené au poste pour y être questionné. Les Carabinieri obtiennent un mandat de perquisition. Chez les parents de Stefano, ils ne trouvent rien. Mr Cucchi voudrait savoir ce qui va se passer. Les officiers lui répondent que son fils devrait sortir le lendemain.

De retour au poste, Stefano est passé à tabac. Vers 5h du matin, il est transféré à Tor Sapienza. Le personnel s’inquiète de ses blessures et lui demandent ce qui s’est passé. Mais Stefano ne veut rien dire. Il prétend être tombé dans les escaliers.

À l’audience, il a droit à un avocat commis d’office. Les Carabinieri lui avaient pourtant dit qu’ils avaient prévenu son avocat. La juge confirme son arrestation. L’audience aura lieu dans un mois.

Les blessures de Stefano sont sévères et nécessitent qu’il soit transféré à l’hôpital pour y faire des examens. Il finit par dire ce qui s’est passé, mais les gardiens de prison cherchent plutôt à se protéger de cette information.

Tu n’aurais pas son certificat medical? Sinon ça aurait pu me retomber dessus. 

Les parents de Stefano essaient de rendre visite à leurs fils mais l’administration pénitentiaire les mènent par le bout du nez. Pas d’autorisation. Ou pas les bons horaires pour les visites. Ilaria (Jasmine Trinca), la soeur de Stefano s’en mêle. Il est déjà trop tard. L’état du détenu empire. Il ne peut plus marcher ni uriner. Les examens se multiplient. On lui pose toujours la même question. Stefano ne dit rien. Peu importe. Quand il dit la vérité, ça ne fait pas de différence.

Il s’en fout complètement. Comme tout le monde ici.

Sept jours plus tard, Stefano décède de ses blessures sans que sa famille n’ait pu le voir. Ils doivent même se battre pour reconnaître sa dépouille, encore couverte d’ecchymoses.

On n’a pas pu le voir de son vivant et vous refusez qu’on le voie mort?

Ilaria et ses parents ont fondé une association en la mémoire de Stefano pour que justice soit faite et défendre les droits des citoyens. Après ouverture d’une nouvelle enquête, trois Carabinieri ont été inculpés d’homicide involontaire et deux autres pour faux et usage de faux.

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L’EXPLICATION

Sur ma peau, c’est tout le monde en prison.

On pourrait penser que la famille Cucchi est prisonnière de Stefano, multirécidiviste. Il a suivi plusieurs cures de désintoxication mais replonge à chaque fois (cf Trainspotting). Décevant tout le monde autour de lui. Pas assez courageux, pas assez fort. À croire qu’il n’y a rien à faire. Son père a essayé de l’aider puis a jeté l’éponge.

J’ai 60 ans, je suis fatigué. Il a 31 ans. C’est un homme, c’est à lui de se débrouiller.

Sa soeur en a marre également. Avec son frère, c’est toujours la même histoire.

On le connait bien Stefano… Au moins, quand il vivait ici on pouvait le surveiller. (…) Je ne me ferai plus avoir.

Vivre aux côtés d’un toxicomane peut ressembler à une condamnation. C’est pourtant bien Stefano qui se retrouve en prison, après s’être fait brutaliser par les Carabinieri (cf Diaz).

C’est jamais bon de s’embrouiller avec les Carabinieri. On sait quand ça commence. On sait jamais quand ça finit.

Sa lente descente aux enfers se fait sournoise, de poste en poste.

La douleur c’est traitre. Elle s’installe progressivement.

On se l’échange et la responsabilité se perd dans la paperasse.

Contrairement aux autres histoires de détenus qui se font tabasser mais qui s’en remettent pour remonter la pente et finir sur une plage de sable fin (cf Les Évadés), Stefano lui ne va pas y parvenir. Une semaine à peine. Il est fait comme un rat, enfermé dans ce qu’il appelle lui même un trou à rat – même s’il fait semblant que tout va bien.

J’ai pas besoin d’aide. 

Prisonnier d’un système où l’on ne dénonce pas ses tortionnaires.

C’est le règlement.

Certains le frappent. D’autres laissent faire. Ceux qui devraient voir ne font semblant de rien et préfère garder les yeux sur des procès verbaux plutôt que regarder la réalité en face.

Le juge et le procureur l’ont même pas remarqué.

Des infirmiers tentent de lui porter secours.

Il a refusé leur aide.

Comment faire?

À ma place, vous n’auriez pas confiance non plus.

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L’institution qui l’a mise où il est, celle-là même qui est en train de le laisser mourir, se dédouane.

Notez qu’il refuse d’être examiné.

Stefano n’est cependant pas seul en cellule, ses parents y sont trainés malgré eux. De l’autre côté certes, mais derrière les mêmes barreaux finalement. Ils se rendent plusieurs fois à la prison pour voir leur fils, ce qu’on leur refuse.

Vous ne pouvez pas le voir!

Ils réclament des nouvelles de leur fils, qu’on ne peut pas leur donner.

Il faut suivre la procédure!

Des parents faibles qui ne savent pas comment s’y prendre.

On ne nous dit rien…

Qui ne comprennent pas pourquoi l’avocat de leur fils n’était pas à l’audience alors que les autorités ont dit qu’elles l’avaient prévenu. Un père qui n’ose pas s’élever contre les gendarmes par peur d’un système tout puissant et qu’on doit respecter – même s’il a fait du mal à son fils.

Je ne vais pas les accuser alors qu’ils détiennent encore Stefano…

Une mère incrédule.

Alors on se tait..?

Personne ne peut rien faire, ni ne sait comment faire. Tout le monde laisse la mort les pénétrer. Les bras baissés. La colère contenue. Stefano se sent abandonné des siens qui se sentent menottés.

Personne ne lui a rendu visite. Il doit penser qu’on lui en veut.

Certains disent don’t go gentle into that good night (cf Interstellar). Facile à dire. Parfois on se résigne. En l’occurrence, on finit par pourrir en cellule ou en dehors.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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