BAISERS VOLÉS

BAISERS VOLÉS

François Truffaut, 1968

LE COMMENTAIRE

L’amour peut parfois prendre des allures de panier de crabes. Si on n’y fait pas suffisamment attention, on peut vite se faire croquer les chevilles. Pendant que les femmes aiguisent leurs pinces, les hommes trouvent des solutions pour prendre un peu de hauteur et se mettre à l’abri. Au risque de s’isoler définitivement.

LE PITCH

Un jeune homme s’aventure sur les chemins sinueux des sentiments.

LE RÉSUMÉ

Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) se fait enfin virer de l’armée par l’adjudant Picard (François Darbon).

Alors ça y est? Tant mieux pour vous. Et j’ajoute tant mieux pour nous.

Après une visite chez les prostitués, Antoine rend visite à la famille Darbon pour voir Christine (Claude Jade) avec laquelle il minaude depuis quelques temps. Lucien Darbon (Daniel Ceccaldi), le père de Christine, lui trouve un boulot de veilleur de nuit dans un hôtel. Doinel se fait de nouveau virer pour avoir laisser un détective privée rentrer dans la chambre d’une cliente.

Le métier semble l’intéresser. Très vite, il intègre les équipes de Monsieur Blady (André Falcon) et commence à faire des filatures (cf Following), pour lesquelles il est assez mauvais. Blady va plutôt en faire un périscope, c’est à dire une taupe aussitôt embauchée de manière fictive par Georges Tabard (Michael Lonsdale), un marchand de chaussures mal aimé.

Personne ne m’aime et je veux savoir pourquoi.

Doinel mène son enquête et tombe sous le charme de la femme de son client, Fabienne Tabard (Delphine Seyrig).

En parallèle, son histoire avec Christine patine complètement.

Je croyais que j’étais votre amie…

Écoutez, votre amitié gardez la.

Il préfère Fabienne qui lui donne l’impression de vivre l’intrigue du Lys dans la vallée de Balzac. Madame Tabard voit clair dans le jeu de Doinel. Elle lui propose de jeter la clé dans un vase pour passer quelques heures ensemble avant de ne plus se revoir.

Christine revient à la charge et trouve la porte fermée.

Après avoir rendu son tablier de détective, Doinel endosse une blouse de dépanneur de téléviseurs. Christine l’appelle pour qu’il vienne s’occuper de sa soit-disante panne. Au petite matin, les deux amoureux discutent de comment beurrer une biscotte. Doinel lui écrit son amour. Ils s’échangent des mots doux jusqu’à ce que Doinel lui passe la bague au doigt, à l’aide d’un décapsuleur.

Vers l’avenue de Breteuil, ils sont interrompus par un homme étrange qui déclare sa flamme à Christine.

Je connais bien la vie, je sais que tout le monde trahit tout le monde. Entre nous ça sera différent. (…) Vous serez ma seule préoccupation. (…) Je comprends que tout cela est trop soudain pour que vous disiez oui tout de suite et que vous désirez d’abord rompre des liens provisoires qui vous attachent à des personnes provisoires. Moi, je suis définitif.

C’est bien avec Doinel que Christine continue son chemin.

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L’EXPLICATION

Baisers volés, ce n’est malheureusement pas assez.

Après avoir fait les 400 coups, Antoine Doinel reste un débutant. Un apprenti qui s’engage dans l’armée pour mieux se trouver. Il fait une grave erreur.

L’armée n’est pas un refuge!

Il tourne autour des prostitués (cf The girlfriend experience) et tente de leurs voler quelques baisers. Facile d’essayer de faire semblant d’avoir des sentiments amoureux avec une femme qui ne risque pas de lui demander de ranger ses chaussettes un jour. Ce sont elles qui se dérobent. D’habitude c’est l’inverse. Partout où Doinel est attendu, il brille par son absence, incapable de prendre ses responsabilités.

Vous êtes comme le chien de Jean Nivel qui fout le camp quand on l’appelle.

Lui et Christine se sont bien trouvés. Ils se tournent autour, sans être capable de passer à la vitesse supérieure. Surtout pas Doinel qui donne plutôt l’impression d’être un empoté au moment de sauter à l’eau. Ce qui lui donne de faux airs de George McFly (cf Retour vers le Futur).

Vous êtes peut-être plein de bonne volonté, mais vous êtes décourageant. 

Comme un animal craintif, il s’approche de Christine, curieux, mais pas suffisamment téméraire pour emporter le coeur de la jeune fille qui fait évidemment part de sa frustration. Doinel en profite pour faire des reproches. Selon la formule consacrée, il fait un pas en avant, puis deux pas en arrière.

Si je vous ai fait quelque chose vous n’avez qu’à me le dire.

Doinel est assez réaliste sur sa condition.

Je suis un imposteur bien au delà de ce que vous pouvez imaginer.

Malheureusement, il se cache derrière cette condition plutôt que d’essayer de la dépasser. Il joue les victimes parce qu’il n’arrive pas à prendre la pleine mesure de son rôle (cf Le goût des autres). Dommage car ce problème l’empêche de s’épanouir pleinement. Au contraire, il végète et passe de la caserne à un hall d’hôtel puis à un magasin de chaussures en tant que détective privé : un homme qui fait des rapports sur les autres. Se cachant derrière un arbre. Comblant son propre vide par la vie des autres.

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Comme beaucoup, Doinel se fait des films (cf Cinema Paradiso), par confort. Fabienne devient un prétexte pour vivre une intrigue digne de Balzac. Hors Doinel ne vit pas dans un livre comme le lui explique Madame Tabard. Son existence est bien réelle.

Je ne suis pas une apparition je suis une femme. (…) Je suis exceptionnelle. Toutes les femmes sont exceptionnelles. Nous sommes tous les deux uniques et irremplaçables. (…) Vous m’avez écrit et la réponse c’est moi.

Doinel doit passer de l’autre côté de son fantasme en l’assouvissant. Arrêter de courir après Christine comme un chien avec la queue molle. Garder sa porte fermée à double tour pour faire monter le désir de sa belle qui va demander à ce qu’il lui règle sa transmission. Ce qui lui permet de se mettre enfin à table.

Rattrapé par ses démons, Doinel n’arrive pas à s’ouvrir autrement que par écrit. Romantique médiocre, il n’a même pas de bague à mettre au doigt de sa belle. Il lui manque de ce brin de folie qui vaut que la vie mérite d’être vécue. De la fougue de cet inconnu mystérieux qui accoste une femme pourtant au bras de son Jules. Christine n’a aucune réaction, ce qui traduit aussi chez elle une absence cruelle de romantisme. Le couple peut continuer de parler biscottes et mouchoirs.

Ces deux là ne sont définitivement pas prêts pour les défis que la vie leur réserve.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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