ROCKY BALBOA

ROCKY BALBOA

Sylvester Stallone, 2006

LE COMMENTAIRE

À l’heure du jeunisme, il ne faudrait pas commettre l’erreur d’oublier que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Cela veut dire que les vieilles recettes fonctionnent toujours. Sous le chapeau d’hier, on trouve un homme au visage marqué mais dont la volonté est intacte. Si le lion est fatigué, il rugit encore. Il n’a plus la fougue d’antan. Peu importe, car désormais il a atteint l’âge de la sagesse.

LE PITCH

Une légende remonte sur le ring.

LE RÉSUMÉ

À l’aube de la soixantaine, la grande vie de Rocky Balboa (Sylvester Stallone) semble derrière lui. Sa femme Adrian (Talia Shire) est morte d’un cancer. Son fils Robert (Milo Ventimiglia) n’a pas suivi ses traces glorieuses. Ne lui reste plus qu’un petit restaurant italien, son beau-frère Paulie (Burt Young) et quelques démons du passé.

Rocky revient malgré lui sur le devant de la scène médiatique lorsqu’ESPN diffuse une simulation au cours de laquelle s’affrontent l’avatar de l’actuel champion de boxe Mason Dixon (Antonio Tarver) et celui de Rocky dans ses jeunes années. Rocky l’emporte. Cette victoire virtuelle redonne du souffle au sexagénaire et vexe Dixon.

Conscient que l’image de son poulain est écornée, le promoteur de Dixon imagine une rencontre de prestige à Las Vegas entre le tenant du titre et l’ancienne gloire. Le buzz est immédiat. Balboa relève le défi.

You are one crazy old man!

Balboa Jr. ne comprend pas.

What are you trying to prove Pop? Don’t you think you’re a little, you know, old?

En effet, il reproche à son père de l’avoir éclipsé. Les deux hommes ont besoin de se parler et surtout de se réconcilier sur la tombe d’Adrian. Robert lâche son job pour s’associer au projet de Rocky.

Balboa se prépare sérieusement, en dépit de son arthrose.

Le premier round est à sens unique. Dixon pilonne son adversaire. Rocky fait preuve de la résistance incroyable qu’on lui connaît. Sa marque de fabrique. Il tient jusqu’à la dixième reprise, faisant douter le champion et accrochant même le dernier punch. Dixon l’emporte logiquement aux points. Cependant les deux hommes sont acclamés pour leur performance. Notamment Rocky qui a prouvé au monde qu’il n’était pas mort.

Il se retire discrètement pour aller célébrer sa victoire au cimetière en compagnie de sa défunte femme.

You know, I couldn’t have done nothing without you… Yo Adrian we did it…

L’EXPLICATION

Rocky Balboa, c’est un baroud d’honneur.

Quand on est jeune, on est con au sens Saezien du terme. On ignore la mort. Dixon se croit invincible. Personne ne peut le battre. Le monde lui appartient (cf Scarface). De la même manière, Robert se permet de faire la morale à son père. Comme s’il savait tout mieux que tout le monde. En apparence, les jeunes n’ont peur de rien – surtout pas de dire des bêtises.

En vérité, ils sont terrorisés à l’idée de se planter et ne pas être à la hauteur de leurs aïeux – aussi critiquables soient-ils. Les jeunes ne veulent simplement pas l’admettre, par orgueil. Ils refusent d’accepter ce que les vieux savent trop bien : la mort est une réalité. Tout le monde peut se planter. Personne n’est indispensable. Nous sommes tous vulnérables. La vie nous l’apprend.

Le combat le plus difficile est précisément celui de la vie. Inévitable. Long et usant. Pendant lequel on trouve toujours quelqu’un en face de soi pour donner des coups.

Theres always somebody out there. Always. And when that time comes and you find something standing if front of you, something that ain’t running and ain’t backin up and is hittin on you and your too damn tired to breathe.

Dans cette lutte acharnée, les jeunes cherchent à triompher tels des lièvres. Par KO le plus vite possible, en cognant comme des perdus. Sûrs de leur force. Prendre des coups, peut-être. Mais rendre coup pour coup. Frapper plus fort que l’adversaire afin de triompher.

Ils n’ont pas l’expérience de Balboa, la tortue qui sait qu’on s’épuise à donner des coups dans le vide. Au contraire, le plus important est de savoir se ménager afin de tenir. Le vécu du champion lui a mis du plomb dans la tête. Il a appris grâce à de précieuses défaites (cf Rocky) : Les disparitions tragiques de son chien, de son entraîneur et bien sûr celle de sa femme. Autant de rounds éprouvants dont il est difficile de se relever.

You know, the older I get the more things I gotta leave behind, that’s life.

Balboa sait néanmoins que pour s’inscrire dans la durée, il est nécessaire de savoir encaisser.

It ain’t about how hard you hit. It’s about how hard you can get hit and keep moving forward. How much you can take and keep moving forward.

Rocky est plus intéressant lorsqu’il perd que lorsqu’il triomphe (cf Rocky 4). Il est différent de par sa capacité à remonter sur le ring. Sa motivation est admirable. C’est presque naturellement qu’il renfile les gants pour son dernier round. Contre toute attente et pour l’honneur.

The only kind of respect that matters is self-respect.

Cet ultime challenge est un message que Balboa adresse à son fils. Il ne le fait pas par ego mais par estime de soi. C’est toute la différence. Balboa ne reprend pas l’entrainement dans l’idée de gagner. Il s’en moque. Plutôt pour se prouver qu’il en est capable (cf Birdman). Il veut sentir qu’il existe toujours.

What’s crazy about standing toe to toe and saying « I am »?

Sa démarche n’a rien de ridicule puisque ce combat a valeur de symbole. Il fait sens.

It doesn’t matter how this looks to other people. If this is something you gotta do, then you do it. Fighters fight.

Balboa le fait également en hommage à Adrian qui a toujours cru en lui. Elle qui fut jadis séduite par la tendresse de Rocky, sous son tempérament de combattant.

I remember when she was standing there all nervous and shy with that small smile… And all I wanted her to do was trust me… And she did… She did…

Les jeunes ont du mal à voir plus loin que le bout de leur nez tandis que les vieux ont plus de perspective. Les premiers veulent prendre tandis que les seconds cherchent surtout à rendre.

Balboa n’était personne. Il a été exploité, ignoré puis moqué lorsqu’il a fait part de ses ambitions. Personne ne croyait en lui en dehors de lui-même et d’Adrian. Il est sorti de l’anonymat pour devenir Rocky. Il a connu la gloire. Après quoi, il a fait des erreurs. Son identité lui a échappé. Il a vieilli. On l’a oublié. Enterré.

Ce combat fait office de dernier chapitre pour se réapproprier son mythe. Clore l’histoire comme il se doit.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

3 commentaires

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.