ELEPHANT MAN

ELEPHANT MAN

David Lynch, 1980

LE COMMENTAIRE

On fonctionne comme des automates du quotidien. Toquer à la porte. Faire le service. Bonjour, bonsoir. Sans même prendre le temps de jeter un regard autour de soi. Dommage, car si on prenait la peine de lever les yeux, on pourrait vraiment considérer les autres. On préfère la technique de l’autruche. Fermer les yeux et rester dans le confort de l’entre-soi. La différence n’intéresse personne. En vérité, on n’est pas encore prêt à accepter les gens pour ce qu’ils sont.

LE PITCH

Un homme éléphant ne parvient pas à s’échapper du zoo.

LE RÉSUMÉ

Le professeur Frederick Treves (Anthony Hopkins) opère les grands blessés, aux visages déformés par la guerre (cf Au revoir là-haut). Comme beaucoup, il s’intéresse à l’Elephant Man (John Hurt), légende de cirque et propriété du peu scrupuleux Bytes (Freddie Jones).

Treves paie pour examiner cette créature difforme. Il l’exhibe devant ses confrères à Londres, fier de sa trouvaille.

Can you see over there? (…) At no time have I met with such a perverted or degraded version of a human being as this man.

Puis il s’intéresse à son patient pour autre chose que son anatomie. John Merrick est préparé par Treves pour baragouiner quelques mots dans le but d’éblouir le directeur de l’hôpital Sir Carr Gomm (John Gielgud). Il va surprendre son monde en déclamant des psaumes de la Bible qu’il lisait chaque soir, au fond de la grotte où Bytes le tenait enfermé.

Merrick manie la langue de Shakespeare avec beaucoup de tact malgré ses défauts de prononciation liés à son handicap.

À l’hôpital où il a trouvé refuge, il reste cependant la proie des curieux qui veulent voir le monstre. La haute société Britannique s’intéresse à lui, y compris la Princesse de Galles (Helen Ryan). Des personnes moins recommandables s’invitent également dans sa chambre avec des intentions moins nobles.

He’s the greatest Freak in the World…!

Bytes kidnappe celui qu’il considère comme sa chose pour l’exhiber dans des foires en Belgique. Merrick est libéré par les autres membres de la troupe. À son retour à Londres, la foule le pourchasse jusque dans les toilettes.

I am not an elephant, I am not an animal, I am a human being, I am a man!!

De retour à l’hôpital, John est invité au théâtre par l’actrice Madge Kendal (Anne Bancroft). Il y reçoit une standing ovation. De retour dans sa chambre, apaisé, il décide de s’endormir volontairement sur le dos sachant que cela provoquera son asphyxie due au poids de sa tête. Au moment de mourir, il entend les mots rassurants de sa mère (Phoebe Nicholls).

The stream flows, the wind blows, the cloud fleets, the heart beats. Nothing will die.

L’EXPLICATION

Elephant Man, c’est la déshumanisation.

Le monstre est par définition hors-norme. Ce qui fait de lui quelqu’un de rare car la majorité fait la norme. Plutôt que de le considérer avec préciosité, comme n’importe quelle rareté, on le montre du doigt. C’est plus facile. On le qualifie de monstre. En cela, on le prive d’humanité. On l’exclut sur le motif de la différence (cf Edward aux Mains d’Argent, Precious).

La différence arrange tout le monde. Elle permet de trouver quelqu’un d’extrêmement bête (cf Le Diner de Cons) afin de se sentir soi-même un peu plus intelligent. Se rapprocher de quelqu’un loin des conventions (cf Le Goût des Autres) aide à se sentir soi-même un peu mieux intégré·e. Quel plaisir d’avoir un faire valoir, dont la laideur apparente selon les critères de beauté en vigueur permet un instant d’oublier sa propre mocheté.

On condamne la différence parce que cela rassure.

People are frightened by what they don’t understand.

Elephant Man est tellement différent qu’il ne peut être que mis en cage. Sa place est dans un cirque. On vient le regarder avec horreur car on ne peut pas le regarder autrement. Face à ce que l’on ne peut pas comprendre, on isole. C’est ce que fait Treves en privant immédiatement à John toute possibilité d’être.

Oh, he’s an imbecile, probably from birth. Man’s a complete idiot.

Il force les mots dans sa bouche, cherchant à le transformer en perroquet. Le Professeur va tomber du haut de ces certitudes en découvrant quelqu’un d’extrêmement sensible. Intelligent. Grâce à John, Treves ouvre les yeux sur sa propre prétention (cf L’Éveil) – comme le lui fait remarquer le directeur avec beaucoup d’humilité.

Can you imagine the kind of life he must have had?

Yes, I think I can.

I don’t think so. No one could possibly imagine it! I don’t believe any of us can!

Treves est tout petit face à Merrick qui a vécu toute sa vie en enfer, orphelin de sa mère, torturé et exploité par une ordure. Contraint de se cacher. Privé de dentiste et d’ostéopathe. Malgré tout, il a conservé sa dignité.

I’ve tried so hard to be good…

Merrick est le trisomique tourné en ridicule par les autres élèves de sa classe. L’autiste qu’on prend pour un fou (cf Rain Man). Le malade au corps transformé par le traitement, prisonnier des médecins. Pourtant jamais il ne s’est plaint ou a fait preuve de rancoeur. Aucun esprit de vengeance. Il a préféré profiter de la beauté du monde quand on lui en a enfin donné l’occasion, puis il s’est effacé discrètement.

On est passé à côté de cette belle personne sans s’en rendre compte. Avec violence, on l’a réduit à l’état de vilain petit canard (cf Dumbo). À l’image du Professeur Treves, on est toutes et tous coupables.

Une remise en question aurait du bon. Malgré les bonnes intentions de facade, on a permis le défilé des horreurs à l’hôpital, à la manière de Bytes.

Am I a good man… or a bad man? 

Miss Mothershead (Wendy Hiller) a raison de remarquer que le spectacle continue.

If you ask me, people are laughing at him all over again.

Il faudrait cesser de se cacher deux minutes derrière les mascarades infâmes des réseaux sociaux (cf The American Meme), pour se poser la question de l’identité avant de coller des étiquettes sur autrui.

Celles et ceux qui désignent les autres comme monstrueux le sont en premiers lieux.

La boucle est bouclée.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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