CANNIBAL HOLOCAUST

CANNIBAL HOLOCAUST

Ruggero Deodato, 1980

LE COMMENTAIRE

Malgré notre immense connaissance, nous avons encore beaucoup à apprendre de nous-mêmes dans la rencontre avec autrui (cf La vie des autres). Se confronter à des cultures inconnues est souvent éclairant quant à nos propres rituels. Cela pose toujours question. Une chose est certaine : il est plus facile de considérer celui d’en face comme le barbare (cf Elephant Man).

LE PITCH

Des reporters disparaissent. Sale histoire en Amazonie…

LE RÉSUMÉ

Partis en tournage sur des tribus cannibales, Alan Yates (Carl Gabriel Yorke), sa compagne Faye Daniels (Francesca Ciardi), les deux caméramen Jack Anders (Perry Pirkanen) et Mark Tomaso (Luca Barbareschi) ne donnent plus de nouvelle.

Les médias s’inquiètent. Harold Monroe (Robert Kerman) part sur les lieux afin de comprendre ce qui s’est passé. Grâce à son escorte, il se rapproche de la tribu Yacumos qui les guide au coeur de la forêt où les Yanomamos affrontent les Shamataris. Pour évacuer les tensions, Monroe se baigne nu et fraternise ainsi avec les femmes de la tribu. Invités à un banquet cannibale, il accepte la viande par politesse envers ses hôtes.

Monroe découvre les restes des reporters et parvient à ramener leurs bobines de film.

De retour à New York, la Pan American Broadcast Company se réjouit de cette découverte. La directrice compte même diffuser ce film en public afin de réaliser des scores records d’audience.

C’est une histoire fantastique!

Monroe insiste pour voir le matériel au préalable. Au fil des visionnages, il découvre que les reporters ont perdu leurs guides, victime d’une morsure létale. À leur arrivée au village Yacumo, les journalistes ont massacré une partie de la tribu pour faire croire à une attaque des Yanomamos.

Le groupe a ensuite capturé une jeune Yanonamo.

On en a trouvé une! Une vraie gueunon…

Les journalistes l’ont violé l’un après l’autre, malgré les objections de Faye qui pensait qu’il s’agirait d’un gaspillage de bobine. Le lendemain, leur victime fut retrouvée empalée par la tribu.

Les Américains se font ensuite faits piéger par des Yanomamos vengeurs. Jack a été transpercé par une lance. Alan l’a tué afin que le caméraman ne soit pas dévoré vivant. Néanmoins, les trois journalistes ont filmé son dépeçage.

Puis Faye a été capturée à son tour. Plutôt que de lui venir en aide, Alan et Mark ont filmé le gangbang.

Continue de tourner, on aura un oscar avec ça!

Finalement, Mark et Alan ont été découverts. Fin du film.

Monroe obtient des producteurs qu’ils renoncent à diffuser ce contenu macabre. La pellicule sera brûlée.

L’EXPLICATION

Cannibal Holocaust, c’est préserver la civilisation.

Nous avons le défaut de nous voir plus beaux que nous ne sommes en réalité. Ainsi, les médias sont tout simplement électrisés par la possibilité que propose la conquête de l’espace.

L’homme est tout puissant, rien ne lui est impossible!

Il semble que nous ayons enterré les Grecs et tout oublié du pêché d’hybris.

De ce point de vue, la démarche d’Alan Yates semble partir d’une bonne intention.

Était-ce pour nous ramener à la réalité que ces quatre jeunes Américains y sont allés pour tourner un documentaire ou était-ce aussi pour nous rappeler qu’avant de s’aventurer dans l’espace, nous devions peut-être apprendre avant à connaître la planète sur laquelle nous vivons?

Connaître la planète, ou se connaître soi-même? Dans ce qu’on appelle l’enfer vert, au contact des tribus dites primitives, le groupe va littéralement revenir à l’état sauvage. Prenant la jungle comme excuse pour justifier leurs crimes abominables. Se permettre un retour en arrière pour se prouver qu’on est capable du pire.

Ici, c’est un monde différent. Ces choses là arrivent couramment dans la jungle. Il faut survivre. Dans la jungle, c’est la violence. Seul le plus fort arrive à survivre.

Tout est permis : Charcuter des rats, des serpents, des mygales ou des tortues ; manger avec les doigts, brûler des êtres humains, faire l’amour comme des animaux devant les rescapés. Alan trouve formidable que les anciens de la tribu se retirent pour mourir, quelque part où leur carcasse sera nettoyée par les caïmans.

Dans la jungle, rien ne se perd. La nature recycle tout.

Du côté de la civilisation, la chaîne de TV en redemande!

Vous devez admettre que ce reportage est exceptionnel : quel impact, quelle authenticité!

S’il faut couper quelques scènes parce qu’elles vont trop loin, ce n’est pas un problème. On s’en accomode. Encore une fois : rien n’est impossible.

Nous allons faire un montage.

L’équipe d’Alan se déshumanise… sans perdre la tête pour autant. Ils sont bien conscients de la mise en scène qu’ils cherchent à créer en brûlant une partie de la tribu. Personne ne les force à violer cette Yanomamo. Enfin, ils ont une raison bien précise qui les pousse à rester – au péril de leur vie.

Nous avons eu une longue discussion la nuit dernière pour savoir si nous devions continuer ou partir. Ce n’est pas facile de se mettre d’accord. Peut-être qu’ils ont raison : il ne faut pas tenter la chance. Car nous avons eu de la chance. Savez-vous ce qui nous a mis d’accord : c’est l’espoir de devenir célèbre!

Rien à voir avec notre connaissance de la planète. Alan Yates et son équipe voulaient tout simplement faire de l’audience.

La sagesse de Monroe est nécessaire pour rendre cette histoire digeste et que l’horreur prenne fin. Plutôt que de banaliser la cruauté, Monroe refuse que ce film soit partagé. L’appétit des téléspectateurs pour le morbide ne doit pas être assouvi. Un homme, ça s’empêche comme le disait Camus.

S’il est nécessaire de montrer aux hommes l’enfer pour qu’ils croient un peu en leur bonheur…

Lui qui a rencontré ces tribus en personne sait qu’il est possible d’établir un contact sans que la situation ne dégénère. Le personnage de l’anthropologue est curieux d’autrui et du monde qui l’entoure. Il respecte les coutumes des uns et des autres. Notre espèce est la première à être domestiquée. Il le sait très bien.

Savez-vous qu’il est possible que les Yacomos pensent à leur manière que nous sommes des sauvages?

L’homme blanc préfère donner des leçons, tuer des requins (cf les Dents de la mer) ou des gorilles (cf Gorilles dans la brume) plutôt que de se regarder dans la glace.

À New York, l’horreur se vit peut-être différemment, mais elle se vit quotidiennement (cf Bad Lieutenant). À Los Angeles, la ville brûle déjà (cf LA 92 : les émeutes). En France, c’est la loi du marché. Sur les bancs de l’école, les élèves sont habitués à manger de la viande (cf Grave).

L’homme blanc gagnerait pourtant à faire preuve d’un peu plus d’humilité vu ce qu’il fait d’une planète qu’il a décrété être la sienne (cf Independence Day).

Monroe sait l’importance des nourritures intellectuelles. Ce n’est pas rendre service à son prochain que de lui servir de la viande avariée en boucle sur ses écrans. C’est pourquoi il censure. Monroe est celui qui tire la société vers le haut, pas vers le bas (cf Idiocracy).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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