MEN IN BLACK
Barry Sonnenfeld, 1997
LE COMMENTAIRE
On sait que l’habit ne fait pas le moine (cf L’Homme qui en savait trop peu, Nous ne sommes pas des Anges, Incoherence). Malgré tout, le style est une expression essentielle de la personnalité (cf Le Daim). Il permet d’abord de marquer une différence identitaire avec autrui. Le style impose également le respect. Si les forces de l’ordre s’habillaient en costard et lunettes de soleil, alors les contraventions n’en auraient que plus d’élégance.
LE PITCH
Un agent de police rejoint une unité plutôt spéciale.
LE RÉSUMÉ
Deux hommes bien apprêtés arpentent la frontière américano-mexicaine. Soudain, l’Agent K (Tommy Lee Jones) et l’Agent D (Richard Hamilton) braquent un migrant qui veut entrer illégalement sur le territoire. L’homme cache un extra-terrestre qui insiste pour passer la frontière. K le rappelle à l’ordre puis l’abat suite à un refus d’obtempérer. Après quoi, il flashe les quelques témoins présents sur la scène pour leur effacer la mémoire.
L’agent D n’en peut plus. Il démissionne et demande à K de lui effacer la mémoire également.
K doit se mettre en quête d’un nouveau partenaire (cf Les Ripoux). Ce sera James Darrell Edwards III (Will Smith), un agent émérite de la police de New York.
Après une sélection drastique parmi les meilleurs éléments de l’US Army, James est choisi. Il doit tout abandonner pour devenir J.
Hey! Is it worth it?
Oh yeah, it’s worth it…
À partir de maintenant, il fait partie des hommes en noir avec toute la rigueur que cela impose.
From now on, (…) you don’t exist, you were never even born. Anonymity is your name. Silence your native tongue. You’re no longer part of the System, you’re above the System. Over it. Beyond it. We’re « them », we’re « they », we are the Men in Black.
Car les hommes en noir forment une équipe qui ne reporte officiellement à personne.
What branch of the government do we report to?
None, they ask too many questions.
Une bestiole vient d’atterrir dans l’état de New York. Il a pris la forme d’un fermier. Une guerre intergalactique se prépare et les agents sont immédiatement sollicités pour protéger la planète.
La bestiole en question est une forme géante de cafard, très dangereux, et dont les intentions pourraient compromettre la galaxie toute entière. Il faut donc le neutraliser.
Les deux agents sont avalés par le cafard mais parviennent à retrouver leurs armes. C’est grâce au Dr. Laurel Weaver (Linda Fiorentino) que la racaille est finalement vaincue.
C’est au tour de K de songer à prendre sa retraite. Laurel est prête pour devenir l’agente L. Alors K demande à J de bien vouloir lui effacer la mémoire.
I haven’t been looking for a partner, I’ve been looking for a replacement.
Il lui passe le bâton.
L’EXPLICATION
Men in Black, c’est une politique migratoire déguisée.
La question de l’immigration est épineuse. Lorsque les économies prospèrent et qu’on a l’impression qu’il y aura suffisamment de gâteau pour tout le monde, l’immigration pose peu de problème car on ne s’en rend même pas compte. On ne la voit pas. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Il faut juste s’assurer que les nouveaux arrivants montrent patte blanche en s’adaptant à la culture locale. Car après tout, ils ne sont quand même ‘que’ des invités.
Quand les économies se contractent, alors l’immigration devient vite le sujet qui fâche. Le mode de pensée change radicalement : pourquoi continuer de faire rentrer des gens dans le pays ? Pour qu’ils prennent des emplois (cf American Factory), profitent des allocations, volent les femmes – tout en sifflant l’hymne national ? Soudainement, il n’y a plus d’ami. Les immigrés sont les premiers dans la ligne de mire quand rien ne va plus.
Pourtant les migrant·es, souvent, ne débarquent pas dans un nouveau pays par gaité de cœur mais plutôt pour fuir leur propre misère (cf (cf L’Histoire de Souleymane, Welcome).
Quand les temps sont durs, ils le sont encore plus pour certains. Il s’agit même d’une question de survie pour celles et ceux qui doivent partir.
Pour autant, il y a cette question d’équilibre à faire respecter aussi. Les frontières existent pour une raison. La libre circulation des personnes doit être un minimum encadrée même si cela parait bizarre a priori. Si les conditions d’intégration ne sont pas réunies, l’immigration peut causer des déséquilibres.
En même temps, refuser des personnes désespérées pour les renvoyer chez elles, ou ne pas venir en aide à des personnes en danger sur des embarcations de fortune est évidemment intolérable.
Alors pour mieux faire accepter l’idée d’une politique migratoire plus dure, les États-Unis font ce qu’ils font de mieux : ils maquillent. Ils habillent une unité spéciale de manière chic pour lutter contre les envahisseurs.
We are the best kept secret in the galaxy, we monitor, licence and police all alien activity on the Earth, we’re your first, last, and only line of defense, we live in secret, we exist in shadow.
And we dress in black.
Cette police secrète est vêtue de noir. Pas de brassard ni d’imperméable en cuir. Si le style est soigné, l’idée rappelle quand même quelques mauvais souvenirs.
And what, we don’t like bugs?
Bugs thrive on carnage, Tiger. They consume, infest, destroy, live off the death and destruction of other species.
Les hommes en noir ne rigolent pas du tout. On ne questionne pas une seconde la possibilité que l’espèce humaine puisse vivre en paix avec des extra-terrestres qualifiés de cafards (cf District 9).
Roaches check in.
But they don’t check out.
Tant mieux parce que ces extra-terrestres sont vraiment dégoutants, et sournois. La preuve : ils se déguisent comme des migrants latinos!
L’agent K et l’agent J sont sans pitié. Ils ne font pas dans la diplomatie, ni dans la dentelle. Leur job est d’agir ni vu, ni connu. Ainsi, la pilule passe mieux aux yeux du grand public (cf Matrix).
Why the big secret? People are smart. They can handle it.
A person is smart. People are dumb, panicky dangerous animals and you know it. Fifteen hundred years ago everybody knew the Earth was the center of the universe. Five hundred years ago, everybody knew the Earth was flat, and fifteen minutes ago, you knew that humans were alone on this planet. Imagine what you’ll know tomorrow.
Et puis quand même, on pourrait les remercier pour tout leur travail. Grâce à eux, les locaux sont protégés d’une menace dont ils ne veulent surtout pas entendre parler (cf Tenet).
There’s always an Arquillian Battle Cruiser, or a Corillian Death Ray, or an intergalactic plague that is about to wipe out all life on this miserable little planet, and the only way these people can get on with their happy lives is that they DO NOT KNOW ABOUT IT!
Ces hommes et ces femmes de l’ombre sont cool. Ils ou elles œuvrent nuit et jour en coulisses à la protection des locaux. Faire le sale boulot discrètement pour que les moutons puissent continuer de dormir tranquilles et profiter de leurs barbecues le weekend.

