AMERICAN FACTORY

AMERICAN FACTORY

Julia Reichert, Steven Bognar, 2019

LE COMMENTAIRE

Un humoriste célèbre, dont on préférera taire le nom, a dit un jour que les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers. Brillant. Aujourd’hui, la plaisanterie est en passe de devenir réalité. Pendant des années, l’Occident a traité la Chine comme une simple main d’oeuvre bon marché pour produire en masse les t-shirts XXL dont ses obèses avaient besoin. Pendant que les petites mains asiatiques trimaient, on pouvait continuer à se tourner les pouces sur la plage (cf Camping). Aujourd’hui, ce sont les Chinois qui font la leçon à des Occidentaux mis à la porte de leur propres usines.

LE PITCH

Un industriel Chinois rachète une usine Américaine délaissée par General Motors.

LE RÉSUMÉ

Dayton Ohio fut l’un des bastions de l’industrie automobile Américaine toute puissante, symbole d’un modèle économique triomphant. Aujourd’hui, Dayton est une ville sinistrée – plus connue pour sa récente fusillade que pour son glorieux passé. Les employés de GM voient les portes de l’usine se refermer la mort dans l’âme.

Bonne nouvelle pour la ville, le groupe de pare-brise Fuyao décide d’investir. La prise de pouvoir se fait de manière invisible. Quelques employés Chinois rejoignent effectivement les ouvriers américains sur les chaînes de montage. Tandis que le management reste Américain, bien qu’aux ordres de Shanghai. Le changement dans la continuité.

We’re merging the American culture with the Chinese culture.

Le Président – Chinois – de Fuyao fait le déplacement et y va de son petit discours, traduit en temps réel par son assistante. Le directeur – Américain – se veut optimiste.

The future is bright!

Les locaux se réjouissent de pouvoir continuer à travailler. Certains sont mêmes enthousiastes à l’idée d’apprendre de nouvelles méthodes. Preuve de leur bonne volonté, ils invitent le grand patron à un BBQ.

Tout va bien jusqu’à ce que le discours du sénateur de l’Ohio ruine l’inauguration du site. Dans son discours, l’homme politique invite les employés à se syndiquer. Une drôle d’idée qui n’amuse pas le président, pourtant plutôt jovial. Il menace :

If a union comes in, I’m shutting down!

En parallèle, les désaccords se multiplient. Les contre-maîtres Chinois se plaignent rapidement de leurs homologues.

They are pretty slow. They have fat fingers.

La qualité n’est pas au rendez-vous. Et Fuyao America ne fait pas ses objectifs. Tout le senior management est invité en Chine pour un remontage de bretelles et un formatage en règle. Le but de ce voyage est d’observer les méthodes de travail quasi-militaires pour mieux les appliquer à leur retour.

We’re very impressed with China’s operation…

La greffe ne prend pas. Les employés observent ces fourmis Chinoises, dubitatifs.

They work all the time.

Ils regrettent l’époque où ils travaillaient moins et gagnaient plus.

We will never make that type of money again. Those days are over.

Il regrettent également leur cantine.

They are going to make this space a production space like everywhere else.

Tout le monde est résigné.

Le président déteste perdre de l’argent – comme tout le monde. Il s’impatiente. La direction est remerciée. Un nouveau directeur est nommé : un Chinois cette fois-ci, qui a vécu aux États-Unis la moitié de sa vie. Une sorte de malabar bi-goût. Nouvelle tentative de l’entreprise qui affirme vouloir être le meilleur employeur de la zone. On ressort les grands discours.

We’re one single family. We create the miracle. Let’s make America great again.

Les salaires sont augmentés de $2 d’un côté. De l’autre côté, Fuyao paie une société de lobbying plus d’1 million de dollars pour dissuader les employés de rejoindre le syndicat.

Tout cela n’est que de la cosmétique. Les habitants de Dayton sont remerciés au compte-goutte pour des motifs obscurs. On les remplace par des robots autrement plus efficaces. Suite à l’automatisation du travail, 375 millions de personnes dans le monde devront trouver un nouveau job d’ici 2030.

Ce n’est qu’un début disait la chanson…

american factory 2

L’EXPLICATION

American Factory, c’est le monde industriel à l’envers.

Les États-Unis ont bâti leur empire économique sur un capitalisme dérégulé qui a pu prospérer grâce à un marché domestique très dynamique, soutenu par la propagande du fameux rêve américain : l’idée que chaque employé puisse conduire un jour la Ford T qu’il assemble et que chacun deviennent propriétaire grâce au fruit de son labeur. C’est à ce rêve que les couches populaires veulent se raccrocher.

You never give up on the American dream. To me that would be un-American.

La machine semble pourtant bien cassée. Ce qui est dramatique. Les Américains ont inventé le travail à la chaîne qui a d’abord donné du sens à la vie de chaque ouvrier. Puis ce concept a été aussitôt critiqué car il ne permet pas aux employés de s’épanouir (cf Les temps modernes). Quand on va à l’usine ça ne va pas. Mais quand l’usine ferme ça ne va pas non plus.

Que s’est-il passé pour que ces usines périclitent? Peut-être que ceux qui ont profité du système ont été un peu trop gourmands (cf Inside Job)? Ne les blâmons pas pour autant. Ce n’est pas de leur faute. Ils n’ont fait qu’appliquer à la lettre la doctrine capitaliste du toujours plus pour soi, condamnant toute forme de redistribution des richesses comme une hérésie. On voit aujourd’hui les limites du modèle. Les classes moyennes disparaissent. Les murs du royaume se fissurent. Et la Chine s’engouffre dans la brèche.

Comme l’anticipait Napoléon, la Chine est désormais éveillée. Cette fameuse armée de Chinois, discrets, besogneux et efficaces est en train de prendre la main. Ce sont eux qui toisent les Américains désormais.

Americans love to be flattered to death. (…) Donkeys like being touched in the direction their hair grows. You should touch donkeys the way their hair grows otherwise they’ll kick you. (…) We need to use our wisdom to guide them and help them.

Ils se moquent ouvertement des Impérialistes.

Sometimes you have to think before you do.

Des dents commencent à grincer. Les employés ont l’impression de voir débarquer des extra-terrestres dans leur salon (cf. Mars Attacks!). Ils assistent impuissants à l’annexion de ce dont ils étaient le plus fiers et qu’ils croyaient imprenables. Pendant des années, les Américains se sont moqués de l’URSS en affirmant que l’harmonie du pays n’était qu’un leurre. Qu’en réalité, l’URSS était profondément pauvre. Aux États-Unis, ça commence à devenir le cas également. On garde en tête l’opulence des fêtes où la jeunesse se déhanchent sur le bords des piscines de Vegas. Mais en réalité, les oubliés vivent dans des camping cars misérables. La vie en Floride n’a rien à voir avec celle qu’on s’imagine (cf The Florida Project). Un peu comme si le pays tout entier n’était qu’une gigantesque bulle spéculative qui explosait.

Les habitants de Dayton vivent ni plus ni moins la crise que sont en train de traverser les habitants du pays de Montbéliard dont l’équipe de football a été abandonnée par un grand constructeur automobile français pour la revendre à une filiale chinoise. À Sochaux comme outre-Atlantique, ça ne plait évidemment à personne.

This is America. We don’t need Chinese children singing and praying.

Les Américains ne sont plus les boss. On comprend soudainement mieux pourquoi le joueur de trompette est arrivé à la Maison Blanche. Ce peuple qu’on a caché au sous-sol trop longtemps ne se fait plus d’illusion. La colère gronde (cf Us). Sans recours, il finit par voter pour Trump par désespoir – et un peu aussi par racisme. Quand on voit ce qui se passe à Dayton, on peut se demander ce que fait cet imbécile pour sauver ses soldats (cf Il faut sauver le soldat Ryan)?

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

 

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