DISTRICT 9

DISTRICT 9
Neill Blomkamp, 2009

LE COMMENTAIRE

On pourra dire que l’expérience infructueuse du Dr Seth Brundle (cf The Fly) aura donné naissance à une sorte de créature hybride, quelque part entre l’homme et la mouche, pas très sexy. Il s’agit là d’une considérations bassement esthétique qui trahit une certaine étroitesse d’esprit, résistante à toute forme d’expérimentation. Ça nous empêche de voir plus loin que nous-mêmes. Elephant Man n’était-il pas un être sensible?

LE PITCH

En Afrique du Sud, la ségrégation s’applique à tous ceux qui sont différents, aliens inclus.

LE RÉSUMÉ

Un vaisseau extra-terrestre plane au dessus de Johannesburg. Une fois n’est pas coutume, il ne s’agit pas de New York. Les forces armées y découvrent des aliens dans un état de malnutrition avancé.

Ne sachant pas comment gérer ce million de réfugiés, le gouvernement local a choisi la facilité en parquant tout le monde dans des camps. Cette zone de détention (provisoire) s’est militarisée en zone détention (tout court) puis en ghetto : le district 9.

Les aliens ont reçu l’interdiction de se mélanger avec les locaux. Il ne peuvent pas rentrer chez eux car leur vaisseau est en panne d’essence. Ils sont donc condamnés à rester. Après vingt ans, ils sont devenus un vrai problème politique et social pour la communauté. Ils vivent dans les poubelles. Certains aliens se montrent plus indisciplinés. La tension monte. Les habitants les appellent les crevettes. Des émeutes éclatent. Ils doivent partir.

La société privée MNU se propose de s’occupr de l’expulsion. Son intérêt est clair : mettre la main sur les armes hyper-sophistiquées des aliens. Ces armes ne fonctionnent que sur des critères biologiques. Elles sont donc inutilisables.

Vikus Van de Merwe (Sharlto Copley) pilote les évictions. C’est lui qui donne les consignes.

When dealing with aliens, try to be polite, but firm. And always remember that a smile is cheaper than a bullet.

Les employés de la MNU brûlent les oeufs des aliens, sans scrupule.

You hear that? That’s a popping sound that you’re hearing. It’s almost like a popcorn.

Lors d’une perquisition, il est contaminé par un fluide alien qui le fait muter. Il se transforme lentement. Fait prisonnier par la MNU, il devient précieux de par sa capacité génétique à utiliser les armes des aliens. Son beau-père (Louis Minnaar), le patron de la MNU valide son sacrifice au nom de la science (et du business).

Vikus parvient à s’échapper. Il se réfugie dans le district 9 et retrouve un alien Christopher Johnson (Jason Cope) qui travaille depuis des années à retourner sur leur planète. Une navette se cache sous sa cabane. Il ne lui manque plus que le fameux fluide qui est désormais aux mains de la MNU.

Vikus vient en aide à Christopher qui lui promet de le soigner. Ils parviennent à récupérer le précieux carburant. Christopher décolle et jure à Vikus de revenir dans trois ans pour le guérir. Vikus achève sa transformation et dépose de temps en temps quelques fleurs sur le pas de la porte de sa femme (Vanessa Haywood) qui préfère le croire mort.

Le district 9 est vidé. Le district 10 compte aujourd’hui 2.5 millions d’aliens.

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L’EXPLICATION

District 9, c’est la crise des migrants.

L’alien est par définition celui qu’on ne connaît pas pour la simple et bonne raison qu’on ne l’a jamais vu. Il devient donc naturellement l’objet de fantasmes, le plus souvent inspirés de nos pires angoisses (cf Sphere). Nous sachant nous-mêmes capables du pire (cf The Human Centipede), nous avons tendance imaginer les aliens à notre image, capables du pire eux aussi. Quand les extra-terrestres débarquent sur terre, c’est bien souvent pour nous mettre la misère (cf War of the WorldsMars Attacks, Alien, Predator, Life, Signs, Killer Klowns). La première réaction d’Homer, capturé sur un vaisseau extra-terrestre, n’est-elle pas de baisser son pantalon, anticipant une sonde anale comme le veut la légende. Le fait est que les extra-terrestres ne se montrent que très rarement bienveillants (cf E.T., Arrival, Rencontre du Troisième Type).

Ce qui prouve à quel point notre imagination peut-être bornée. C’est pourquoi nos représentations des aliens s’appuient toujours sur des choses que nous pouvons appréhender.

Ce qui finit de prouver que notre ouverture d’esprit est bien limitée. Sous prétexte que la forme de l’autre est différente de la notre ou qu’il mange de la pâté pour chats (on mange bien des cuisses de grenouilles), on profite de la fragilité de sa situation pour l’isoler, le moquer et le tyranniser.

If they were from another country we would understand. But they are not even from this planet!

Vikus est celui qui bascule dans l’autre monde et qui finit par comprendre ce que ça veut dire, oublié par sa femme. Il fait l’expérience de l’exclusion. Trop peu de racistes on eu l’occasion de vivre à l’étranger en qualité d’alien, pas pour y faire une croisière.

L’alien ça n’est pourtant personne d’autre qu’autrui. Et si l’alien c’était le noir à qui l’on a dit trop longtemps que sa place était dans les champs de coton (cf 12 Years a Slave)? Et si c’était le SDF qui interrompt notre apéro en terrasse pour nous demander une cigarette et à qui l’on répond que l’on ne fume pas alors qu’on a un paquet sur la table? Et si c’était le marginal (cf Pee-Wee) ou l’Indien (cf Danse avec les Loups)? Et si l’alien c’était le migrant qui ne demande pas mieux que de retourner chez lui (cf Welcome)?

Que fait-on avec ce migrant : On ne se pose même pas la question élémentaire de savoir pourquoi sa soucoupe volante a atterri sur notre pallier. On ne fait que constater. Il est là. Ça nous ennuie. On n’a rien demandé, n’est-ce pas?

On ne cherche pas à communiquer. Après tout, c’est au migrant de faire l’effort. Si on se mettait à parler arabe ou chinois on ne serait plus vraiment « chez nous », n’est-ce pas?

On profite de la situation en essayant de lui voler ses richesses ou ses armes pour consolider notre domination. Ce sont les « trésors de guerre » qui ne sont rien d’autre qu’une jolie forme de pillage. Il faut bien qu’on y trouve notre avantage, n’est-ce pas?

On lui met tout sur le dos : le chômage, la violence, le déficit de la balance commerciale…

S’il n’obtempère pas, on lui tire dessus. On discute après.

On lui tire dessus, pour le plaisir.

On se moque pas mal de ses considérations. Il n’a droit à rien donc certainement pas à un peu de confort. Et puis quoi encore?

À la fin, on finit par le déplacer d’un camp à un autre parce qu’on ne sait plus où le mettre.

Ça va prendre du temps avant que les fils de migrants nous fassent gagner une nouvelle Coupe du Monde. Et nous n’avons malheureusement pas ce genre de patience.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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