DISTRICT 9
Neill Blomkamp, 2009
LE COMMENTAIRE
Les travaux du Dr Seth Brundle (cf La Mouche) ont donné naissance à une sorte de créature hybride, quelque part entre l’homme et la mouche, pas très glamour. Cette expérience ambitieuse s’est soldée par un échec génétique. Cela doit-il condamner la mixité pour autant ? Une femme n’a-t-elle pas le droit de s’unir avec un alien, s’il s’agit d’amour (cf La Forme de l’Eau)?
LE PITCH
En Afrique du Sud, la ségrégation s’applique aussi aux aliens.
LE RÉSUMÉ
Un vaisseau extra-terrestre plane au dessus de Johannesburg. Les forces armées y découvrent des aliens dans un état de malnutrition avancé. Ne sachant pas comment gérer ce million de réfugiés, le gouvernement local choisit la facilité en parquant tout le monde dans des camps (cf la Liste de Schindler). Cette zone de détention provisoire s’est peu à peu militarisée en zone de détention long terme puis en ghetto : le district 9.
Les aliens ont reçu l’interdiction de se mélanger avec les locaux. Ils ne peuvent pas rentrer chez eux car leur vaisseau est en panne d’essence. Les voilà condamnés à vivre dans des décharges. Après vingt ans, ils sont devenus un vrai problème politique et social pour la communauté. Les locaux les appellent les crevettes. Des émeutes éclatent. Ils doivent partir.
La société privée MNU se propose de s’occuper de l’expulsion avec un objectif inavoué : mettre la main sur les armes hyper-sophistiquées des aliens, qu’eux seuls réussissent à faire fonctionner. Vikus Van de Merwe (Sharlto Copley) pilote les évictions.
When dealing with aliens, try to be polite, but firm. And always remember that a smile is cheaper than a bullet.
Les employés de la MNU brûlent les oeufs des aliens au passage, sans scrupule.
You hear that? That’s a popping sound that you’re hearing. It’s almost like a popcorn.
Lors d’une perquisition, Vikus est contaminé par un fluide alien qui le fait muter. Il se transforme lentement en alien. Fait prisonnier par la MNU, il devient précieux de par sa capacité génétique à utiliser les armes des aliens. Son beau-père (Louis Minnaar), le patron de la MNU acte son sacrifice au nom de la science – et du business.
Vikus parvient à s’échapper. Il se réfugie dans le district 9 et retrouve un alien du nom de Christopher Johnson (Jason Cope) qui travaille depuis des années à un plan pour retourner sur leur planète. Une navette se cache effectivement sous sa cabane. Il ne lui manque plus que le fameux fluide qui est désormais aux mains de la MNU.
Vikus vient en aide à Christopher qui lui promet de le soigner. Ils parviennent à récupérer le précieux carburant. Christopher décolle et jure à Vikus de revenir dans trois ans pour le guérir. Vikus achève sa transformation et dépose de temps en temps quelques fleurs sur le pas de la porte de sa femme (Vanessa Haywood) qui préfère le croire mort.
Le district 9 est vidé. Aujourd’hui, le district 10 compte 2.5 millions d’aliens.

L’EXPLICATION
District 9, c’est la crise des migrants.
L’alien est l’étranger. Celui qu’on ne connaît pas. Il devient donc naturellement l’objet de fantasmes, le plus souvent nourris de profondes angoisses (cf Sphere). Se sachant capables du pire (cf The Human Centipede), on a tendance à imaginer les aliens à son image – donc capables du pire eux aussi.
Quand les extra-terrestres débarquent sur terre, c’est bien souvent pour mettre la misère aux locaux (cf War of the Worlds, Mars Attacks, Alien, Predator, Life, Signs, Killer Klowns). Les extra-terrestres ne se montrent bienveillants que trop rarement (cf E.T., Arrival, Rencontre du Troisième Type, Arrival, la Soupe aux Choux).
L’imagination est finalement très bornée. Les représentations des aliens s’appuient le plus souvent sur des repères existants. Ce qui finit de prouver que l’ouverture d’esprit est bien limitée. Sous prétexte que l’autre est différent ou qu’il mange de la pâté pour chats, on profite de la fragilité de sa situation pour l’isoler, le moquer et le tyranniser. Alors qu’on mange bien des cuisses de grenouille.
If they were from another country we would understand. But they are not even from this planet!
On compartimente. Vikus passe de l’autre côté et comprend qu’il est rejeté lorsqu’il est oublié par sa femme. Il fait l’expérience de l’exclusion.
L’alien est pourtant simplement autrui. Et si l’alien, c’était le noir à qui l’on a dit trop longtemps que sa place était dans les champs de coton (cf 12 Years a Slave) ? Le SDF qui interrompt l’apéro en terrasse pour demander une cigarette et à qui l’on répond que l’on ne fume pas alors qu’on a un paquet sur la table (cf Enfermés dehors) ? Un marginal (cf Pee-Wee) ou un autochtone (cf Danse avec les Loups) ? Et si l’alien était le migrant qui ne demande pas mieux que de retrouver sa copine (cf Welcome) ?
Que fait-on avec ce migrant ? On ne se pose même pas la question élémentaire de savoir pourquoi sa soucoupe volante a atterri sur son pallier. Au contraire, on ne fait que constater. Il est là. Ce qui pose problème. On ne cherche pas à communiquer. Après tout, c’est au migrant de faire l’effort. Si on se mettait à parler arabe ou chinois, on ne serait plus vraiment chez soi, n’est-ce pas ??
On profite de la situation en essayant de lui voler ses richesses ou ses armes pour consolider sa domination. Les « trésors de guerre » ne sont rien d’autre qu’une jolie forme de pillage. Il faut bien qu’on y trouve son avantage, n’est-ce pas ??
On met tout sur le dos de l’étranger : chômage, violence, insécurité, déficit de la balance commerciale…
S’il n’obtempère pas, on lui tire dessus. On discute après.
Ou on lui tire dessus avant, pour le plaisir.

Peu importe ses revendications. Il n’a droit à rien, donc certainement pas à un peu de confort. Et puis quoi encore ?
À la fin, on finit par le déplacer d’un camp à un autre parce qu’on ne sait plus où le mettre. Comme on peut mettre de la poussière sous un tapis en espérant qu’on l’oublie. N’est-ce pas ??
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