LE CERCLE DES NEIGES

LE CERCLE DES NEIGES

Juan Antonio Bayona, 2023

LE COMMENTAIRE

L’avantage de la neige est qu’elle recouvre tout, y compris nos erreurs. On peut se permettre de faire les pires bêtises. Tant qu’on les fait dans le Paradis Blanc de Michel Berger, on n’y voit que du feu. L’inconvénient de la neige est aussi que personne ne remarque plus rien. Tout passe inaperçu. Jusqu’à ce que vienne le printemps…

LE PITCH

Une équipe de rugby embarque sans le savoir pour un stage de survie.

LE RÉSUMÉ

Les rugbymen urugayens du Old Christians Club veulent profiter d’une promotion sur le vol vers Santiago du Chili (cf No). Gastón Costemalle (Louta), Roberto Canessa (Matías Recalt), Nando Parrado (Agustín Pardella) et Antonio Vizintin (Agustín Della Corte) mettent la pression sur leur pote Numa (Enzo Vogrincic) pour qu’il soit du voyage.

Le vol Fuerza Aérea Uruguaya 571 décolle avec quarante cinq personnes à son bord. Victime des conditions météo, l’avion percute une montagne. Il se coupe en deux et s’écrase quelque part dans la cordillère des Andes.

Avant de mourir, les dernières paroles du pilote ne sont guère optimistes.

Que dieu vous garde…

En effet, le lieu du crash n’a pas été signalé. Douze personne ont péri. Les rescapé·es s’organisent pour venir en aide aux blessé·es et préparer la première nuit qui s’annonce rude avec des chutes de températures spectaculaires.

Si on n’est pas mort dans l’accident, le froid nous achèvera.

Les jours passent, sans aucun signe de secours. L’espoir ne faiblit pas.

Ils vont venir…

Quelques jours plus tard, la radio annonce une terrible nouvelle.

Les recherches reprendront l’an prochain.

Alors se pose la question de la survie (cf Jusqu’au déclin), avec tout ce qui s’en suit.

Qu’est ce qu’on fait des morts…?

Nando est le premier à vouloir partir à l’aventure. Pour cela, il va avoir besoin de force – sachant qu’une grosse réserve de protéines est entassée à côté de la carlingue. Afin de traverser cette épreuve, le groupe va devoir avoir recours au cannibalisme (cf Bones and All).

S’il le faut, je mangerai les corps!

Les frères Stauch Adolfo (Esteban Kukuriczka) et Daniel (Francisco Romero) dépècent les victimes puis font la distribution de chair. Même Numa qui refusait de manger finit par accepter ses rations au bout de neuf jours de jeûne.

Les premières expéditions sont infructueuses, à cause des tempêtes. Comme si cela ne suffisait pas, le groupe est emporté par une avalanche faisant de nouveaux morts et contraignant les survivants à vivre ensevelis pendant quatre longs jours.

À leur sortie, Nando et Canessa partent en mission suicide pour rejoindre la vallée.

Il faut qu’on tente le coup!

Numa se blesse au pied et ne peut pas les suivre. Il retourne vers la carcasse sur une jambe, la mort dans l’âme. Sa blessure s’est infectée.

C’est quoi le sens de tout ça…?

Après de longs jours de randonnée, Nando et Canessa sont finalement secourus par un berger. Ils signalent la position de leurs amis afin que des hélicoptères puissent les retrouver.

Plus de soixante dix jours après le drame, quatorze personnes auront finalement survécu.

L’EXPLICATION

Le Cercle des Neiges, c’est s’accrocher à de beaux principes.

La société se construit comme un chateau de cartes autour de tout un tas de principes qui peuvent parfois paraitre ridicules. Sachant que l’ensemble est fragile (cf Babel). En fonction de la situation, ces principes peuvent voler en éclat. Pourtant ce sont ces mêmes principes qu’il faut essayer de préserver quand le monde s’écroule.

Après le crash du vol 571, les rescapés se retrouvent coupé·es du monde, perdu·es au milieu des montagnes où personne ne va venir les chercher.

Que se passe-t-il quand le monde vous abandonne…?

Cet accident leur rappelle brutalement leur condition.

On n’est pas mort!

Dans cet environnement hostile, les rescapé·es sont au plus proche du réel : La vie dans tout ce qu’elle a de plus basique. Trouver à manger et se tenir chaud la nuit pour être encore là demain, sans se plaindre (cf Sans filtre).

Tout ce qui nous reste ici, c’est la vie.

Loin du monde, les règles de bien-séance ne s’applique pas. Les rescapé·es peuvent tout se permettre comme dépouiller les bagages des autres ou manger les cadavres. Le pragmatisme est devenu la valeur cardinale qui cannibalise tout le reste, y compris les grands principes religieux, juridiques ou philosophiques. L’existentialisme disparaît par moins trente degrés.

On n’avait pas vraiment le choix.

Personne ne risque une peine carcérale en cas de crime, ils sont déjà en prison.

C’est legal de manger un mort ?

Les Dieux ne résistent pas non plus aux basses températures.

Il faut avoir la foi. (…) Ceux qui ne mangent pas continuent de scruter le ciel, dans l’attente d’un signe. (…) Prier, ça suffira pas.

Tous les fondamentaux de la civilisation sont remis en question, comme par exemple l’individu et son rôle dans la société.

Je sers plus à rien…

L’instinct de survie permet de dépasser ce qui serait considéré ailleurs comme des dilemmes moraux (cf Life).

Ce qui paraissait inconcevable au début est devenu notre quotidien.

Loin du monde, les rescapé·es se sont livrés à des tas de comportements inexplicables, presque inhumains et que l’on ne pourrait justifier que par le caractère exceptionnel de la situation. Comme incapables de comprendre ce qui s’est passé, bien que conscient d’avoir vécu quelque chose d’extraordinaire, ils s’en remettent à notre jugement.

Qui étions nous dans la montagne ? À vous de donner un sens à tout ça… C’est vous la réponse…

Quelle est la réponse ? Comment des nanti·es peuvent envisager l’histoire du vol 571 ? Que retenir de tout cela ?

Les uns disent que ce fut une ‘tragédie’, d’autres parlent d’un ‘miracle’.

On peut d’abord retenir qu’un accident peut rappeler le caractère très réel de l’existence. Une chute de cheval ou à ski, un AVC, un tsunami (cf The Impossible), une maladie… et toutes les structures du monde tel qu’on le connait peuvent s’effondrer. Tous nos efforts balayés du jour au lendemain. La vie se transforme en survie. L’équilibre entre les deux est très fin.

L’expérience des rescapés du vol 571 rappelle que le monde est plus sauvage qu’il en a l’air (cf Matrix). Un paysage montagneux paradisiaque (cf Everest) ou une plage (cf Old, Seul au monde), peuvent cacher des cimetières.

C’est un endroit où il est impossible de vivre.

Dans ce cimetière où l’on attend de mourir, il n’y a pas de sens a priori. Les rescapé·es ont vécu plus de soixante dix jours sans autre sens que de trouver un moyen de retourner vers le monde. Alors pour remplir le vide, on se raconte des histoires dramatiques ou des épopées fantastiques (cf L’odyssée de Pi). On se créée du confort aussi. C’est pourquoi l’on s’empresse de fumer la moindre cigarette qui passe. Il suffit d’être privé de ce confort pour mesurer combien il peut manquer.

Je veux rentrer chez moi!!

Pour mettre du sens, on pose des cadres juridiques ou des concepts philosophiques qu’on veut intemporels et universels. La religion sert à répondre à toutes les questions sans réponse. On aime se prendre la tête à contempler le temps qui passe et se demander comment l’occuper.

Combien de temps on va rester ici ?

Surtout, on aime se rattacher à des principes. Même s’ils peuvent paraitre dérisoires ou triviaux, on en a besoin vital. Certaines choses se disent, d’autres non. On fait, ou pas – au risque de se couvrir de ridicule. Cela peut paraitre dérisoire mais c’est plus que rassurant. Tout le monde peut se mettre au diapason (cf The American Meme).

Dans la vie, il faut pouvoir se rattacher à des principes aussi bête que des tutos de beauté, des recettes de cuisine ou des beaux principes comme les valeurs de l’ovalie. Pouvoir se dire que des joueurs de foot ne s’en seraient peut-être pas tirés…

On retient enfin qu’on a besoin du monde et de ces principes à la con. Sinon, on ne ferait que survivre pour mourir, et servir de nourriture aux générations d’après. Cette idée est clairement insupportable.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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