EVEREST

EVEREST

Baltasar Kormàkur, 2015

LE COMMENTAIRE

Il était temps que le siècle dernier se finisse. Temps de laisser derrière nous ce cortège de chansons romantiques héritées de Daniel Balavoine. On repensera à cette déclaration d’amour d’Anggun qui priait à tort et à travers pour qu’il neige au Sahara. Comme si on avait besoin de tempêtes de neige en plein désert! N’importe quoi. Surtout un an après la tragédie de l’Everest. C’était donc de très mauvais goût. Parce que la neige en haut de l’Everest, malgré le réchauffement climatique, c’est toujours pas ce qui manque. Et la neige tue ne l’oublions pas.

LE PITCH

Deux expéditions sur l’Everest virent malheureusement à la catastrophe.

LE RÉSUMÉ

Rob (Jason Clarke) travaille pour Adventure Consultants. Il dit au revoir à sa femme enceinte (Keira Knightley) avant d’emmener son expédition composée de Beck Weathers (Josh Brolin), Yasuko Namba (Naoko Mori), Doug Hansen (John Hawkes) et le journaliste Jon Krakauker (Michael Kelly) en haut de l’Everest.

L’Everest, c’est autre chose que le Mont Valérien.

You my friends are following in the very footsteps of history…

La montagne est victime de sa popularité, l’ascension de l’Everest prend des allures d’autoroute du soleil fin juillet (cf Camping). La petite troupe de Rob se retrouve dans les embouteillages avec l’équipe de Mountain Madness emmenée par Scott Fischer (Jake Gyllenhaal).

Les deux concurrents décident cependant de faire l’ascension ensemble. Cette association de circonstances ne les empêchera malheureusement pas d’éviter le pire. Surpris par une violente tempête de neige, une partie des membres de l’expédition se retrouve coincée en haute altitude. Les tentatives de sauvetage des sherpas n’y feront rien. Seul Beck reviendra des morts, au prix de son nez et de ses deux mains.

Au camp de base, Helen Wilton (Emily Watson) et Guy Cotter (Sam Worthington) ne peuvent que constater les dégâts : Rob, Scott, Doug, Yasuko sont restés là haut à jamais.

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L’EXPLICATION

Everest, ce sont toujours les meilleurs nageurs qui se noient.

Il en est ainsi des alpinistes qui prennent la montagne de haut. Ils le paient. Rob a la responsabilité de son groupe. Conscient qu’une tempête menace, il sait que la descente ne doit pas s’opérer après 14h. Il ne doit pas se tromper dans son analyse de la situation. Et pourtant, quand Doug lui fait du chantage affectif pour atteindre le sommet, Rob est faible. Il accepte. Peut-être pense-t-il secrètement pouvoir défier la nature et se permettre un dernier petit aller et retour. Il est victime d’un virus que les Grecs appelaient hybris et se fait logiquement punir par les Dieux – en l’occurrence la nature. Dans la littérature, Oedipe s’était déjà rendu coupable du pêché d’orgueil en snobant à la fois Tirésias mais aussi Créon. Il en fera les frais. Aujourd’hui, on trouve encore des orgueilleux qui font les petits malins hors-piste ou qui envoie des textos pendant qu’ils conduisent.

Pourtant ces alpinistes étaient prévenus :

Human beings aren’t simply built to function at the cruising altitudes of a 747.

Les hommes ne sont pas des avions.

L’Everest est le toit du monde. Le défi ultime. L’ascension de ce sommet représente donc l’ambition démesurée de l’homme qui veut sans cesse battre tous les records. Cette expédition ultime défiant la tempête est le symbole d’un désir de performance qui consume.

Our bodys will litteraly be dying.

Cette chasse aux records fait parler les journalistes et fait aussi tourner les tête. On en redemande. C’est l’ivresse de l’altitude qui pousse ses prétendants aux plus grandes folies, jusqu’au suicide parfois, comme celui de Doug qui sait qu’il ne reviendra pas l’année prochaine. Tout simplement parce qu’il ne reviendra pas tout court. Comme ces sportifs qui se sont dopés toute leur carrière, hypothéquant leur retraite : Florence Griffith-Joyner, Laurent Fignon… (cf Icarus). Un choix de vie.

Il s’agit également d’une insatisfaction chronique. L’Everest est devenu le rendez-vous des égoïstes comme Rob qui part risquer sa vie à des milliers de kilomètres de sa femme pourtant enceinte jusqu’aux dents. Est-ce que Rob a pensé une minute à sa petite Sarah quand Doug lui a demandé de l’accompagner jusqu’au sommet? Pas la peine de clamer haut et fort qu’on est responsable si c’est pour agir de la sorte. Et puis il y a Beck qui essaie lui aussi d’échapper à son quotidien – sa femme (Robin Wright) et ses gosses – qui le déprime. Cet égocentrique se paiera même le luxe de quitter les lieux en hélicoptère privé, comme un doigt d’honneur – qu’il ne peut plus faire – à tous les autres membres de l’expédition médusés.

everest

Le rêve vire au cauchemar comme pour tous ces athlètes qui se sont préparés une vie entière afin d’être au top le jour J mais qui se blessent quelques jours avant l’échéance ou sont victimes d’un claquage pendant l’événement (Yoann Huget). Car l’Everest est d’abord la possibilité d’un échec cuisant. Certes Yasuko plantera le drapeau du Japon au sommet. Mais elle ne survivra pas à cet exploit, comme une relayeuse victorieuse puis disqualifiée. C’est le rappel à notre condition de mortels. La montagne, ça vous gagne disait le slogan. Ça vous handicape aussi. Pas vrai Michael Schumacher? On ne pourra que respecter ces hommes et ses femmes qui jouent avec la mort. On ne pourra jamais les plaindre d’avoir perdu non plus.

Enfin, le business galopant nous rappelle que le consumérisme nous donne l’ivresse des hauteurs, à l’image de toutes ces marques qui arrivent à être partout, jusqu’à polluer l’environnement visuel là où ça ne devrait pas être possible. Le camp de base ressemble de plus en plus à un camp de réfugiés où les tentes se multiplient et les places commencent à se faire rare – et donc plus chères. La surpopulation est partout. L’oxygène se raréfie. Et les détritus se multiplient (cf Wall-e). Jadis L’Everest fut le jardin des aventuriers les plus aguerris. Aujourd’hui il est devenu un terrain de jeu pour des curieux toujours plus insatiables à qui on n’a pas toujours enseigné l’humilité face à une nature qui finit toujours par reprendre ses droits.

Bizarrement, le récit d’une expédition catastrophe dans l’espace parait familier avant même que Virgin Galactic n’ait envoyé la moindre de ses navettes dans la stratosphère.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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