BATTLE OF THE SEXES
Jonathan Dayton, Valerie Faris, 2017
LE COMMENTAIRE
Avec la parité, les hommes et les femmes se serrent les coudes. Les sourires de façade cachent malgré tout une concurrence farouche. Le bras de fer continue. Il ne pourra en rester qu’un·e (cf Highlander).
LE PITCH
Une joueuse de tennis veut gagner au nom du genre.
LE RÉSUMÉ
Billie Jean King (Emma Stone) domine le tennis féminin. Malgré son talent, elle ne reçoit que 10% de ce que gagnent les joueurs masculins. Soutenue par Gladys Heldman (Sarah Silverman), Billie Jean va provoquer une rupture dans le monde du sport professionnel.
Same sales, same prize money.
Les deux femmes s’élèvent contre le puissant Jack Kramer (Bill Pullman), misogyne notoire (cf Ce Plaisir qu’on dit charnel), afin de créer un circuit exclusivement féminin : la Women’s Tennis Association. Elles sont aussitôt exclues de la fédération US.
We’ll sure miss your pretty faces.
Surveillant cette évolution, l’ex-gloire du tennis masculin des années 40 Bobby Riggs (Steve Carell), y voit l’opportunité de rompre avec l’ennui de sa retraite. Joueur invétéré et profondément macho lui aussi, il se met en tête d’organiser une rencontre médiatisée entre lui et la N°1 mondiale afin de déterminer qui est le ou la meilleur·e (cf Man on the Moon).
I’d pay a lot to see that.
Billie Jean refuse. Elle préfère se concentrer sur le développement de la WTA. Par ailleurs, elle a un coup de coeur pour sa coiffeuse Marilyn Barnett (Andrea Riseborough), ce qui n’est évidemment pas bien vu pour une femme mariée.
Margaret Court (Jessica McNamee) en profite et s’aligne contre Riggs. Elle est une joueuse à l’ancienne.
She’s a nice old fashion girl Bobby. She’ll do as she’s damn well told.
Elle perd en deux sets, sec. Les commentateurs savourent.
Thing about women is that they find it hard to consistently handle the pressure. Some say they are just not made for it. (…) As we’ve seen today, they’re simply not in the same league.
Billie Jean enrage et accepte finalement de jouer contre Bobby Riggs, selon ses termes. Elle obtient par exemple que Jack Kramer ne puisse pas commenter ce match hautement symbolique.
Pendant ce temps, Bobby Riggs est mis dehors par Priscilla Wheelan (Elisabeth Shue). Il signe des contrats publicitaires plutôt que de s’entrainer.
I dont need to practice.
Il multiplie les provocations pour faire monter la sauce.
I love women in the bedroom and in the kitchen. But these days they want to be everywhere, they want to be doing everything. Pretty soon us fellas are not gonna be able to go to a ballgame, we’re not gonna be able to go fishibg. We’re not gonna be able to stop and have a drink after work. And that’s what this whole women lib thing is about. And it has to stop.
Le jour J, Billie Jean lui met une fessée. Trois sets à zéro. Elle remporte la bataille des sexes. Riggs quitte le terrain la queue basse.
I underestimated you.
Il n’a pas tout perdu puisque sa femme se réconcilie avec lui dans les vestiaires. Quant à Billie Jean, elle sort gagnante de cet affrontement qui dépasse le court. Ted Tingling (Alan Cumming), son designer, l’en félicite et remercie.
Times change. You should know you just changed them. Sometimes we’ll be free to be who we are.
L’EXPLICATION
Battle of the Sexes, c’est obtenir une reconnaissance.
On peut se battre toute sa vie pour une belle cause sans attendre quoi que ce soit en retour. Néanmoins, il n’est pas toujours inutile de bénéficier d’un peu d’attention.
Billie Jean King est une femme qui dénote dans les années 70 du siècle précédent, encore très marquées par la culture paternaliste (cf Et Dieu créa la Femme). Elle est considérée comme une rebelle (cf Faster Pussycat! Kill! Kill!).
I dont like to be told what to do.
Parce que sur le plan personnel, elle s’intéresse aux femmes bien qu’elle soit marié avec Larry (Austin Stowell).
Et parce que sur le plan sportif, elle est une joueuse qui souffre de ne pas avoir la même reconnaissance que les hommes. Comme elle est américaine, son exaspération s’exprime d’abord sur le plan salarial.
What we’re trying to do is to prove we can be paid and respected equally.
C’est la raison pour laquelle Billie Jean lance la WTA avec Gladys Heldman : obtenir une rémunération égale à celle des hommes, sachant que les femmes contribuent pour moitié au spectacle sportif. Les deux femmes se lancent dans l’inconnu.
Are we really gonna do this…?
Sure we are!
Billie Jean est déterminée et elle a du caractère. Elle ne lâchera rien face aux mâles alpha dominants.
Watch out guys, there’s no stopping this little lady!
Cette bataille conduit Billy Jean à une comparaison frontale avec les hommes, dans laquelle elle perd à tous les coups.
People pay to see the men play. The men are simply… more exciting to watch. They are faster, (…) they are stronger, (…) and they are just more competitive. It’s just biology.
Bien que certaines femmes se débrouillent mieux que beaucoup d’hommes, en termes sportifs, il existe néanmoins des différences physiques fondamentales entre les genres qui justifient par exemple l’existence de catégories. Aucune des femmes finalistes du 100m des JO de Paris n’auraient pu atteindre la finale du 100m masculin. Margaret Court perd son match contre Bobby Riggs.
Billie Jean doit donc trouver un moyen d’aller au delà de cette considération, pour que les femmes reconnues en tant que telles, sans se prendre les pieds dans le tapis de la comparaison.
Is your father better than your mother just because he’s a man?
Cela passe malgré tout par une première confrontation.
Billie Jean tient d’abord tête à Jack Kramer qui cherche à l’intimider. Avec beaucoup de malice, elle lui oppose des arguments indéboulonnables.
What are your grand slams without the greatest players in the world? Not so grand…
Puis elle tient tête face à Bobby Riggs devant les journalistes en recentrant les débats.
I’m done talking. Let’s play.
Sur le terrain, elle démontre qu’elle peut humilier un ancien champion qui ne se serait pas préparé correctement. Ce qui lui confère une reconnaissance de la part de ses pairs, ainsi que du grand public (cf Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste).
Il faut prendre les femmes au sérieux. Elles ont le droit au chapitre. Plus besoin de comparaison. Billie Jean n’a besoin de personne pour tenir sur ses deux jambes, gagner sa vie et vivre sa vie.
I think I’m going to go on my own.
Ce n’est cependant qu’un début. Il faut continuer le combat, toujours.
The world isn’t always a forgiving place.
Le sport féminin n’est pas mieux ou moins bien que le sport masculin, il est simplement différent (cf Comme des Phénix). Et il n’en est pas moins digne d’intérêt.

