FANTÔMAS
CONTRE SCOTLAND YARD
André Hunebelle, 1967
LE COMMENTAIRE
Nul·le ne peut ignorer le sens de la grande Histoire (cf L’Étau de Munich). Aujourd’hui, la tendance politique fait marche arrière avec des risques de conflits mondiaux. La planète se réchauffe inexorablement (cf Le Jour d’Après). L’intelligence artificielle remplace le metaverse. Et le fossé entre les ultra-riches (cf Crazy Rich Asians) et les pauvres (cf Les Tuche) continue de se creuser, ce qui pousse beaucoup d’entreprises à privilégier leurs clients VIP au détriment des autres. La tenue se doit être impeccable. Le costume est de rigueur. Les gants en cuir ont remplacé les gants blancs.
LE PITCH
Un criminel aux cents visages met la pression sur les comptes en banque.
LE RÉSUMÉ
Fantômas (Jean Marais) se fait passer pour sir Walter Brown et s’invite en Écosse chez lord Edward Mac Rashley (Jean-Roger Caussimon) pour le menacer :
Je n’ai pas encore l’intention d’anéantir ce petit monde. Ce serait tuer la poule aux oeufs d’or. Car j’ai décidé de mettre à contribution les humains…
Comment cela ?
J’ai adopté ce slogan trop galvaudé par les démagogues : Faire payer les riches. Je vais leur faire payer un impôt sur le droit d’être vivant!
Fantômas tue le lord et prend son apparence.
Une occasion rêvée pour Fandor (Jean Marais) de reparler de Fantômas, même si le filon commence à s’épuiser. Même le rédacteur en chef (Robert Dalban) n’en peut plus.
Voilà que ça recommence! Encore Fantômas!? Vraiment tu exagères!
Fandor, sa compagne Hélène (Mylène Demongeot) et l’inévitable commissaire Juve (Louis de Funès) sont indissociables de Fantômas. Ils sont invités tous les trois au chateau qui semble hanté. Lady Dorothée Mac Rashley (Françoise Christophe) s’en vante.
Nous sommes entouré·es de forces invisibles qui peuvent se manifester à tout instant.
Juve voit des fantômes partout et croit devenir fou.
Ils se foutent de nous!
Qui ça ?
Tous!
Pendant ce temps, le chef de la mafia (Guy Delorme) est bluffé par l’idée de Fantômas.
Il suffisait d’y penser!
La mafia veut couper l’herbe sous le pied du criminel masqué.
Nous continuerons en son nom mais à nos bénéfices l’opération impôts sur le droit de vivre.
Fantômas intervient. Tout le monde devra mettre au pot.
Dans votre belle société, je mets les truands et les privilégiés dans le même sac. Et dans toute société qui se respecte, chacun doit payer ses impôts.
Oh ben non pas nous enfin! Si on doit payer des impôts comme des caves, quel intérêt d’être gangster ? Avec tous les risques que cela comporte.
Désormais sous la menace de l’impôt, la mafia propose aux ultra-riches d’allier leurs forces.
Plus nous serons nombreux et plus nous aurons de chances de réussir.
Pendant ce temps, Juve continue d’halluciner.
Je suis en train de rêver alors ?
Détendez vous commissaire, vous allez vous réveiller…
Ah? Je vais me réveiller et je vais tout comprendre ? Ah ben il est pas sur la photo, c’était un fantôme. Bon ben je me recouche moi. Excusez moi de vous avoir dérangé pour des fantômes.
Exploitant les rivalités des un·es et des autres, Fantômas parvient à s’enfuir dans une fusée avec le pognon. Mais des avions de chasse décollent et l’abattent en plein vol (cf Top Gun).
Juve et Fandor pensent qu’ils n’entendront plus parler de Fantômas.
J’ai compris : c’était Fantômas!
Je viens de vous le dire!
Sur une route de campagne isolée, lord Edward Mac Rashley fait de la bicyclette. Puis il monte à bord d’une voiture après avoir enlevé son masque. C’est Fantômas.

L’EXPLICATION
Fantômas contre Scotland Yard, ce sont les limites d’un écosystème.
Le crime, comme n’importe quelle autre organisation, n’échappe pas au phénomène de transformation – dont on parle tellement en entreprise. Il faut savoir se renouveler (cf Fantômas se déchaîne). Et bien les gangsters aussi doivent se réinventer. Les parrains qui construisent leurs empires sur les casinos et la prostitution savent très bien qu’ils devront considérer la drogue un jour ou l’autre (cf American Gangster). Ceux qui sont vraiment ambitieux savent que l’ultime frontière reste le pouvoir politique. Tout a une fin.
Lorsque l’on arrive à se gagner une légitimité dans les urnes et une respectabilité à l’assemblée, alors on est vraiment le roi du pétrole. Ce jeu a des règles différentes bien sûr (cf Le Parrain 2, Le Parrain 3).
Fantômas a été champion de France et champion du Monde de sa catégorie. À présent, il a envie d’autre chose. Sa volonté affirmée de vouloir taxer les plus riches le fait rentrer en politique, avec une orientation qui pourrait faire croire qu’il penche à gauche. À ceci près que Fantômas n’a aucune intention de redistribuer les montants prélevés. En cela, il se rapprocherait plus d’un Arsène Lupin que d’un Robin des Bois.
Jusqu’ici, Fantômas n’était qu’un simple criminel avait que des ambitions personnelles respectables. Il volait des bijoux ou des armes, en faisant quelques dommage collatéraux. Cette fois, il s’attaque aux riches en renversant le paradigme. Les impôts sont en général payés par les pauvres puisque les riches font de l’évasion. Fantômas veut à présent contraindre les riches à payer, peu importe leur lieu de domiciliation fiscale. En gros, les riches ne vont plus pouvoir éviter l’impôt. C’est une toute autre histoire.
Les menaces de Fantômas ont une tonalité différente. Elles empruntent désormais au jargon de l’administration.
Dernier avertissement avant exécution.
Les riches n’aiment pas être rançonnés. On s’imagine bien que la nouvelle direction de Fantômas est reçue avec stupéfaction de la part du conseil des grandes fortunes du monde. L’accueil n’est certainement pas favorable auprès de riches qui deviennent nerveux à l’idée de perdre quelques cailloux. Richard (Hubert de Lapparent) s’insurge.
Je n’ai jamais tremblé devant Hitler, ni devant personne. Alors je ne tremblerai pas devant Fantômas.
Méfiez vous Richard, on peut mourir sans trembler.
Sur le papier, l’idée fait pourtant du sens, y compris chez les mafieux.
L’idée est bonne non ?

Par contre, Juve et Fandor semblent ne plus suivre leur ennemi favori. Le commissaire se sent mal dans le chateau. Il n’apprécie pas les délires médiumniques de Lady Dorothée. Celle-ci le montre du doigt.
Commissaire! Vous êtes réfractaire!
Quant à Fandor, il est inhabituellement discret. Les deux compères se mettent en retrait de cette affaire. Comme s’ils avaient senti que c’était le coup de trop.
C’est le cas. L’écosystème dont on pensait qu’il s’était transformée en une franchise infinie… a touché ses limites. Fantômas est allé trop loin. Il s’en sort encore, certes. Mais on ne le reverra plus. On ne s’attaque pas aux puissants.