LE CRÉATEUR

LE CRÉATEUR
Albert Dupontel, 1999

LE COMMENTAIRE

Le talent n’est pas à la portée de tout le monde. S’il n’est pas facile de créer, il n’est pas non plus toujours évident de reconnaître le génie quand on y est confronté. Les artistes sont donc souvent incompris et condamnés à traverser leur vie comme des étoiles filantes avant qu’on ne leur offre une célébrité posthume. On pense à Modigliani, Kafka ou Gregory Lemarchal. Katerine? Il y a pire que les artistes incompris : les artistes incompris et ratés. Et il y en a beaucoup. Eux sont condamnés à traverser leur vie comme des pets.

LE PITCH

Après son premier succès, Darius (Albert Dupontel) doit enchaîner avec une seconde pièce.

L’HISTOIRE

Darius n’a pas le temps de savourer son premier succès qu’il découvre en panique que sa prochaine pièce a déjà été annoncée pendant sa cure de désintoxication… et qu’il a totalement oublié de l’écrire.

Il picole de nouveau dans l’espoir de se remettre à écrire dans ses délires éthyliques. Quand il se réveille, il n’a rien écrit du tout. Darius se retrouve alors au pied du mur lors de la première lecture en compagnie du directeur (Nicolas Marié), du metteur en scène (Michel Fau) et de Chloé Duval (Claude Perron) l’actrice principale. Face à ce jury inquisiteur, Darius tente de combler le vide en s’expliquant de manière confuse :

C’est à dire qu’en fait il s’agit plus d’un concept d’histoire plus qu’une histoire à proprement parler… c’est à dire que c’est une histoire qui… le concept de l’histoire étant amené à… débouchant sur un récit d’un aspect non littéraire plus que de garder l’aspect traditionnel du récit littéraire classique, c’est par la même que le concept de l’histoire ne fait, ne garde pas du tout le canon du récit traditionnel et c’est pour ça donc que….

Il avoue à Chloé qu’il n’a rien écrit du tout. Tandis qu’il se lamente elle n’a pas d’autre choix que de lui mettre un coup de pied au cul pour le motiver.

Vous allez l’écrire cette putain de pièce!

Sans inspiration et frustré, Darius tue Momo, le chat de son voisin Victor (Philippe Uchan), en le défenestrant par accident. Accablé Darius décide de se suicider en prenant des somnifères. Il se réveille finalement après deux jours de sommeil et réalise qu’il a écrit le début de sa nouvelle pièce : Le Retour.

Chloé encourage Darius à tuer de nouveau pour finir la pièce. Après avoir empoisonné les chats de l’amie de sa mère, Darius constate perplexe que sa pièce n’a pas avancé d’une ligne. Darius comprend qu’il doit tuer des gens. Il commence par le régisseur (Michel Vuillermoz) puis Monsieur Le Floch (Paul Le Person). Sa pièce progresse mais pas assez vite au goût de la troupe.

Vous vous doutez bien que la suite arrive!

Constamment rongé par les scrupules, il va voir son frère (Patrick Ligardes) qui refuse d’entendre sa confession.

T’as pas fini de m’emmerder avec tes raisonnements débiles??

Et la journaliste tourne en dérision la détresse de l’auteur alors qu’il est pourtant toujours à deux doigts de se rendre à la police. Chloé Duval l’en empêche et l’incite même à faire un carnage dans une crêperie, sacrifiant la Bretagne pour le dernier acte :

Qu’est-ce que c’est qu’un acte pour une région aussi grande? Avec son folklore de mes couilles de mes couilles, ses binious, ses chapeaux ronds… c’est con un Breton! Ça sert à rien.

En rentrant chez lui, Darius découvre avec stupéfaction que c’est en fait Victor qui écrit tout à sa place depuis le début. Mégalomane, il refuse d’admettre la vérité et tue son voisin. Il fait ensuite exploser son appartement et exigeant que l’on dépose ses restes à côté d’un ordinateur, persuadé que son suicide va lui permettre de finir son œuvre.

La troupe de théâtre se retrouve au funérarium devant le dernier acte encore inachevé.

L’EXPLICATION

Le Créateur c’est un processus.

Le mieux est l’ennemi du bien et l’auto-censure est certainement la hantise de l’auteur. La création prend parfois des allures de concours dans lequel chaque participant souhaite battre tous les records mais ne s’autorise pas à se lancer. Alors qu’une fois parti on s’en sort toujours. Dans son monologue, Darius est brouillon. Il finit par entrevoir le début de quelque chose.

En parallèle de l’angoisse de la page blanche, l’auteur est constamment maintenu sous pression comme s’il ne pouvait s’exprimer au mieux que dans cet inconfort. Darius est la victime d’un monde qui ne peut pas prendre le temps de s’arrêter et surtout qui ne sait plus ralentir. Dans ce monde de l’immédiat, réussir n’est paradoxalement plus suffisant, il faut savoir enchaîner et durer.

Toute cette pression devient le prétexte pour commettre l’irréparable. Comme si la fin justifiait tous les moyens.

Sais tu seulement ce qu’il faut faire pour être un écrivain, il faut être capable de tout, d’aller jusqu’au bout!

Le problème c’est que Darius ne prend aucun plaisir. Il se noie dans l’alcool. Il regrette que sa mère et ses copines soient au premier rang de sa pièce. Il souffre que son frère méprise ses états d’âme. Il est désabusé de voir que la presse le moque. Son obsession est de sortir enfin de ce cercle infernal en se rendant à la police ou en se suicidant. Ce qui l’aide à tenir c’est de s’imaginer comme Dieu et de croire que ce qu’il crée sert à quelque chose.

Alors qu’en fait il n’est pas grand chose. Le talent est une notion toute relative. Comme le dit Chloé à Darius…

Écrivez bordel! Et j’en ferai quelque chose. Et même si votre pièce est pas terrible elle sera quand même bien. Et vous savez pourquoi? Parce que les pièces des autres seront pires. C’est la médiocrité des autres qui vous donnera du talent.

L’art n’est pas une science et le succès ne se construit pas comme une formule mathématique. En vérité personne n’y comprend rien. L’artiste est le premier à tâtonner. Le directeur s’étonne presque du succès de la pièce.

Ça marche…? Ça marche!!!

Le public n’attend que de se faire bluffer. Le metteur en scène lui-même feint de comprendre les explications de Darius.

… Ahaha c’que t’es bête!

Dieu n’existe pas. Et ce que l’artiste crée est en fait décidé par son propre public. Derrière Darius il y a Victor. Cette découverte est tout simplement insupportable pour l’auteur.

Toute sa carrière Darius est hanté par un sentiment d’imposture qui se voit être confirmé. Il bascule alors dans la folie. Nous sommes tous des imposteurs. Ceux qui en souffrent le moins sont ceux qui l’admettent en arrêtant de se prendre pour Dieu et en assumant pleinement leur statut d’imposteur. Finalement les artistes les plus heureux sont ceux qui font de la crotte et ne prétendent pas faire autre chose.

Jean Lefebvre et Paul Preboist ont du bien se marrer dans leur vie.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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