RANGO

RANGO

Gore Verbinski, 2011

LE COMMENTAIRE

Sortir des sentiers battus. Plus facile à dire qu’à faire. Les pionniers sont d’ailleurs souvent les premiers à se fracasser contre le mur pendant que les petits malins derrière profitent de leur travail (cf Le Stratège). C’est pourquoi la plupart d’entre nous préfère se fondre dans le moule. Il est bien évident qu’on risque beaucoup moins à passer inaperçu (cf American Beauty). Par contre, on y gagne aussi beaucoup moins bien sûr.

LE PITCH

Un caméléon domestique s’improvise sheriff en plein Far West.

LE RÉSUMÉ

Sur la route du désert des mojaves, une voiture évite de peu l’accident mais laisse s’échapper le caméléon qui se trouvait à son bord. L’animal se retrouve au milieu de nulle part, sous une chaleur écrasante. Le tatou responsable de l’accident, écrasé en essayant de traverser la route pour se rendre de l’autre côté, lui indique la direction d’un village où le caméléon pourra trouver un peu d’eau.

Dans le saloon, les locaux le dévisagent. Le caméléon introverti s’invente alors un personnage.

Name’s… Rango.

Rango est une terreur qui aurait, selon la légende, tué les frères Jenkins d’une seule balle.

Après avoir tenu tête à un gang de lézards de manière improbable et terrassé un faucon sur un coup de chance, les habitants impressionnés le nomment aussitôt sheriff. Sa responsabilité sera de protéger l’eau, détenue dans le coffre fort de la banque, afin d’asseoir le pouvoir du maire.

Control the water… and you control everything.

Les habitants paniquent lorsqu’ils découvrent que la banque a été dévalisée. Rango garde son calme et se lance à la poursuite des cambrioleurs. Au bout de sa quête, il découvre que le maire est en train d’assoiffer le village pour racheter les terres et construire une ville plus grande aux allures de Las Vegas. Cela va dans le sens de l’histoire. Lors d’une partie de golf, le maire propose même à Rango d’en croquer. Contre toute attente, celui-ci ne veut rien entendre. Il semble même prendre goût à sa mission de justicier. Ce faisant, il commence aussi à poser des problèmes…

Our new sheriff has been playing the hero for so long, he’s actually starting to believe it.

Le maire fait appel au redoutable Jake pour déboulonner Rango. Le serpent à sonnette pousse le Sheriff à avouer qu’il est un usurpateur.

I’m nobody…

Il quitte la ville la tête et la queue basses.

Tentant à son tour de se suicider en traversant la route, Rango passe miraculeusement au travers du trafic (cf Danse avec les Loups) pour rencontrer l’esprit de l’Ouest qui l’éclaire de sa sagesse Nietzschéenne : Rango doit devenir qui il est (cf La Vengeance dans la peau). Retourner d’où il vient et jouer le jeu – jusqu’au bout. C’est son destin.

Don’t think you have a choice, son. No man can walk out of his own story.

Revigoré par cet échange, Rango s’exécute. Il retourne au village et trouve un moyen de déjouer les plans diaboliques du maire pour rendre aux habitants leur précieuse eau. La Princesse tombe amoureuse du courageux caméléon désormais célébré par tous en héros officiel.

And so the lizard completes his journey. From humble beginnings to the legend we sing of today. (…) The people of the village will always remember, the name of the one who saved them.

L’EXPLICATION

Rango, c’est la vertu de l’altruisme.

Nous sommes tous des ignorants, au sens de Socrate. Ce qui fait que nous sommes bénis, au sens d’Edgar Poe. Néanmoins, parmi les ignorants, ce qui distingue les éclairés des crétins est que les premiers se posent la question de leur existence tandis que les autres sont de simples membres de la société du spectacle de Guy Debord. Les éclairés n’ont pas de réponse, mais ils ont le mérite de chercher.

What are you doing out here?

Searching… same as you.

Lorsque le caméléon fait une sortie de piste, il quitte son vivarium où il y jouait la comédie (cf Truman Show), il doit se mettre à chercher. Le voilà dans le désert, exposé au vide, contraint à se confronter à la question fondamentale de son identité : Qui est-il?

Who are you?

Il ne sait pas qui il est. En bon caméléon, il sait parfaitement se fondre dans le décor – peu importe le décor. Sans faire de vague, sans personnalité. Comme tout le monde. Dans le saloon, il prend l’allure de Rango et se rend compte que cette identité d’emprunt fait la blague. Certes, il a l’impression d’être un imposteur (cf Podium, Appelez moi Kubrick, Flight, Un homme idéal, The Words). Mais finalement pas plus que n’importe qui (cf Le Créateur). Après tout, plus le mensonge est gros et plus on y croit. Bombardé Sheriff, il est validé par autrui. Pourtant Rango n’a toujours aucune idée de ce qu’il doit faire.

Sonner la charge?

Tout le monde le suit!

What exactly are we gonna do now?

Now… we ride!

Cela semble marcher. Cependant la plaisanterie ne peut durer qu’un temps (cf Catch me if you can). Rango finit par être démasqué (cf Eyes Wide Shut) par le serpent. Ce qui est une bénédiction car cet épisode pénible le pousse à rencontrer l’esprit de l’Ouest. Enfin, il peut comprendre qu’il ne se posait pas la bonne question en réalité. Il ne s’agit pas de savoir qui il est mais de savoir ce pour quoi il est là, ou ce pour quoi il a envie d’être là. Un individu se définit par ses actes plus que par un titre.

I don’t know what I’m looking for. I don’t even know who I am.

Nowadays, they have a name for just about everything. Doesn’t matter what they call you… it’s the deeds that make the man. (…) You came out here looking for something that didn’t exist. But don’t you see? It’s not about you… it’s about them.

Pour découvrir ce pour quoi il est là, l’esprit de l’Ouest invite le caméléon à se mettre au service des autres (cf Il faut sauver le soldat Ryan). Sa vocation sera alors toute trouvée. Si les habitants ont besoin d’un héros, alors rien ne doit empêcher le caméléon de devenir Rango.

But my deeds just made everything worse. I’m a fake… a phony. My friends were counting on me. They were looking for some sort of hero.

Then be a hero!

Il lui suffit juste de s’en convaincre. Pour en être convaincu, il doit simplement oublier sa petite personne et commencer à penser un peu plus aux autres (cf L’étrange Noël de Mr Jack). Arrêter de jouer la comédie pour lui-même, dans son petit bocal, mais rentrer dans le rôle, pour les autres.

So you want something to believe in, Spoons? Believe in me.

Quand il se concentre enfin sur une mission qui dépasse son petit nombril, Rango n’a plus peur de rien. Il découvre qu’il a les épaules pour rentrer dans le costume. L’auto-pilote prend le contrôle. Sa légende est en marche (cf Terminator 3, Je suis une légende).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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