THE BIG SHORT
Adam McKay, 2015
LE COMMENTAIRE
Certains traders empochent des bonus d’autant plus obscènes que le jeu est truqué (cf Le Loup de Wall Street, Mosquito State). En effet, ceux qui prennent les risques n’auraient pas à en payer les conséquences en cas d’échec. Bien que les millions soient associés à des milliers de personnes qui perdent leur emploi, le chèque n’est pas plus dur à encaisser.
LE PITCH
Quelques outsiders touchent le jackpot.
LE RÉSUMÉ
Michael Burry (Christian Bale) remarque que le marché résidentiel menace d’imploser. Cela parait incroyable. Il décide malgré tout de prendre le risque d’investir dans des credit fault swaps, c’est à dire de miser contre le système. Ainsi, il pourrait profiter de l’effondrement de certains titres.
Les banques ont une confiance absolue dans ce marché supposé solide. Elles prennent Burry pour un pigeon et lui vendent autant de CDS qu’il en réclame.
Jarred Vennett (Ryan Gosling) entend vaguement parler de Burry par l’intermédiaire d’un trader. Intrigué, il décide lui-aussi de convaincre ses clients d’investir dans des CDS.
Il n’en faut pas beaucoup plus à Mark Baum (Steve Carell) pour se positionner. Une rapide inspection en Floride confirme que le marché résidentiel est une gigantesque bombe à retardement prête à péter.
Lors d’un congrès de la finance à Vegas, personne ne semble inquiet.
People hate to think about bad things happening so they always underestimate their likelihood.
Tout indique que l’économie entière est potentiellement menacée d’effondrement.
De leur côté, deux jeunes investisseurs Charlie (John Magaro) et Jamie (Finn Wittrock) ont envie de réaliser un gros coup. Ben Rickert (Brad Pitt), un banquier à moitié retiré des affaires, accepte de les aider à se frayer un chemin à Wall Street.
Tous ces petits malins vont subir essuyer de nombreuses moqueries.
Personne ne les a vus venir.
Ils vont néanmoins empocher le pactole lorsque la bulle éclate (cf Margin Call).
L’effondrement du marché permet au fonds de Burry de réaliser un profit de plus de 2 milliards. À lui seul, Vennett encaisse un bonus de 47 millions.
Baum refuse tout triomphalisme et continue d’exercer son métier.
I love my job.

L’EXPLICATION
The Big Short, c’est un système complètement pervers.
Les libéraux prônent la dérégulation car elle permet de faire plus de profits. Lorsqu’il s’agit de gagner plus d’argent, tous les moyens sont bons. On n’est pas là pour faire de la morale. Ce qui peut conduire un système à marcher sur la tête à partir du moment où tout devient permis… Y compris de profiter de l’echec de certaines entreprises. Autrement dit : le système transforme le malheur d’autrui en opportunité de marché. Ce qui est pervers en soi.
Dans l’hypothèse où un pan de l’économie venait à s’effondrer et que quelqu’un pariait sur cette éventualité, il pourrait gagner très gros – même si cela ne devrait être dans l’intérêt de personne et que l’on ne devrait pas le souhaiter.
Pour cela, il faut penser à l’envers. Ne pas chercher les indices d’une cote qui va soudainement décoller mais plutôt les signes d’une catastrophe à anticiper. Avoir le courage de ses convictions en allant dans le sens contraire du vent. Le système le permet.
C’est ce qui va arriver à quelques losers. Michael Burry n’a rien d’un golden boy qui devine où se cache le trésor. Charlie et Jamie sont deux losers au fond de leur garage. Ben est un loser car il s’est retiré du circuit. Mark Baum est presque trop honnête pour être pris au sérieux à New York, ce qui fait de lui un beau loser également. Leur point commun est qu’ils n’ont pas la prétention de savoir.
It ain’t what you don’t know that gets you into trouble. It’s what you know for sure that just ain’t so.
Ces losers ont simplement fait ce que les autres ne font plus depuis longtemps.
They look.
En levant le nez de leurs écrans, ils sont allés observer l’économie réelle avec lucidité. Ils ont constaté la fragilité du secteur immobilier. Puis ils ont profité d’une opportunité offerte par le système de gagner de l’argent de manière contre-intuitive en misant sur cette faillite. Et ils ont gagné. La faillite a eu lieu.
Le système est pervers à plusieurs niveaux.
Dans ce cas, il empêche les grands gagnants de se réjouir de leurs gains incroyables à l’image de Ben qui calme immédiatement l’euphorie de Charlie et Jamie. Ils ont gagné sur le dos des perdants. Ce qui n’est pas très glorieux, voire moralement ambigu.
If we’re right, people lose homes. People lose jobs. People lose retirement savings, people lose pensions. You know what I hate about fucking banking? It reduces people to numbers. Here’s a number – every 1% unemployment goes up, 40,000 people die, did you know that?
Même Jared Vennett, peu scrupuleux mais plus clairvoyant que d’autres, se sent coupable.
I never said I was the hero of this story.
Le système est pervers car il protège ses fidèles en faisant d’eux des victimes. Les irresponsables qui contribuent à ce système font mine de rien, se refilent la patate chaude au voisin, profitent de la fête à Vegas ou au bord d’une piscine à Miami. Si les choses tournent mal, ils obtiennent le statut de victimes. Lorsqu’il se rend compte du pari de Burry, son patron panique et l’accuse.
Michael, give me my money back. Give me my money back you motherfucker.

Le système est d’autant plus pervers qu’il place ceux qui devraient être des lanceurs d’alerte dans la position de spéculateurs. Burry et les autres occupent, d’une certaine manière, le mauvais rôle. Comme s’ils avaient abusé de la naïveté des autres, alors qu’ils sont des champions d’un hors piste rendu permis par la Bourse.
Enfin le système est pervers puisque ceux qui perdent ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Certes, on compte plusieurs millions de personnes ayant perdu leur logement ou leur emploi du fait de cette crise, rien qu’aux Etats-Unis. Mais les vrais responsables s’en sont sortis, ce qui déprime Baum (cf Inside Job).
What bothers me ins’t that fraud is not nice. Or that fraud is mean. For fifteen thousand years, fraud and short sighted thinking have never, ever worked. Not once. Eventually you get caught, things go south. When the hell did we forget all that?
Toutes les banques se soutiennent. L’intégralité du système prend l’eau mais continue de flotter miraculeusement grâce à l’intervention du gouvernement. C’est à dire que les contribuables paient les pots cassés pour soutenir des banques qui sont responsables de leur situation (cf Cleveland vs Wall Street).
In the years that followed, hundreds of bankers and rating agency’s executives went to jail. The SEC was completely overhauled, and Congress had no choice but to break up the big banks and regulate the mortgage and derivatives industries… Just kidding. Banks took the money the American people gave them, and they used it to pay themselves huge bonuses, and lobby the Congress to kill big reform.
Ce système pervers provoque des tsunamis économiques récurrents dont les conséquences se paient sur le long terme partout dans le monde: montée du chômage, inégalités, racisme, xénophobie, violence, défiance envers les institutions et par conséquent montée des extrêmes. Une autre bulle continue de gonfler.
Everyone, deep in their hearts, is waiting for the end of the world to come.