PHÉNOMÈNES

PHÉNOMÈNES

Night Shyamalan, 2008

LE COMMENTAIRE

Quand les choses vont mal, le réflexe naturel est de vouloir s’enfuir plutôt que d’affronter le sujet. Tout lâcher. Si possible partir en vacances. Loin des problèmes. Si nécessaire, sauter du dernier étage afin de ne plus en parler, du tout. Même si on espère quand même ne pas avoir à en arriver là.

LE PITCH

La côte Nord-Est américaine déplore une série de suicides collectifs inexpliqués.

LE RÉSUMÉ

À Central Park, les gens s’arrêtent, deviennent incohérents puis se donnent la mort au bout de quelques secondes. Ailleurs dans Manhattan des ouvriers sautent mystérieusement du toit. À Philadelphie, Elliot Moore (Mark Wahlberg) s’arrête en plein cours de Sciences Naturelles.

Quelque chose est en train de se passer.

There appears to be an event happening…

Les media parlent d’une attaque terroriste à l’arme chimique. Une toxine neutraliserait les neurotransmetteurs empêchant de se faire du mal. Chacun rentre chez soi. Elliot et sa femme Alma (Zoe Deschanel) prennent un train pour Harrisburg en compagnie de Julian (John Leguizamo) et sa fille Jess (Ashlyn Sanchez).

En chemin, la panique gagne les wagons. Le train s’arrête soudainement à Filbert.

Does anybody knows where that is?

La toxine a gagné Philadelphie. Cette fois-ci c’est la panique générale. Julian quitte Elliot, Alma et Jess pour essayer de retrouver sa femme dont il est sans nouvelle depuis qu’elle a pris un bus pour Princeton. Les autres montent à bord de la voiture d’un pépiniériste (Frank Collison) qui pense que les plantes sont responsables de ce désastre.

It’s the plants. They can release chemicals.

Julian est victime de la toxine et s’ouvre les veines. Elliot, Alma et Jess se retrouvent immobilisés avec un autre groupe. Le premier commence à souscrire lui-aussi à la théorie des plantes tueuses.

Maybe people are setting off the plants?

Il remarque qu’elles semblent s’attaquer aux humains quand ils sont en nombre. Alors ils se séparent en groupes moins nombreux et tentent de rester à l’abris de l’air

Elliot, Alma et Jess accompagnés de deux adolescents trouvent d’abord refuge dans une maison témoin puis toujours sous la menace se replient vers une autre maison où se sont barricadées plusieurs personnes menaçantes qui préfèrent abattre sèchement les deux adolescents plutôt que de les laisser rentrer.

Ils atterrissent chez Misses Jones (Betty Buckley), une vieille excentrique qui finit par être victime de la toxine à son tour. Elliot se retrouve isolé à la cave, séparé d’Alma et Jess qui sont dans une autre partie de la propriété.

Il communique néanmoins avec elles grâce à un tube reliant les deux bâtiments. Convaincus que c’est la fin, ils se font leurs adieux. Elliot n’en peut plus. Il décide de retrouver sa femme et Jess, au péril de sa vie. Alma et Jess le rejoignent, en plein vent. Tous les trois s’en sortent comme par miracle.

The event must have ended before we went out there.

Trois mois plus tard, les scientifiques pensent qu’il ne s’agissait que d’une alerte. Les media parlent d’un complot gouvernemental. La vie reprend son cours. Alma tombe enceinte.

Pendant ce temps, le vent se lève sur les Tuileries. Les Parisiens commencent à tenir des propos incohérents.

L’EXPLICATION

Phénomènes, c’est la sélection naturelle.

Les scénarios apocalyptiques pour cause exogène sont devenus l’habitude: des aliens, des zombies (cf 28 jours plus tard), Godzilla (cf Cloverfield), King Kong, un tsunami (cf le jour d’après), une météorite (cf Don’t look up, Deep Impact), un virus ou encore un virus qui transforme en zombies.

En l’occurrence, la raison de la catastrophe qui touche les Etats-Unis semble être endogène. Ce qui veut dire que la menace vient de l’intérieur. La toxine n’est qu’un déclencheur qui conduit l’individu à se faire du mal, sans l’aide de personne. On se suicide.

Cette toxine pourrait être le produit d’une nature vengeresse.

We have become a threat to this planet.

On détruit les ressources naturelles. Alors la planète répond. Légitime défense (cf Life). Si des algues peuvent bien tuer des poissons, alors pourquoi des plantes ne pourraient-elles pas se retourner contre l’humanité ?

Comment l’expliquer ? Si des voies sont impénétrables, même par la Science, ce sont bien celles de la nature. Elliot s’incline.

Science will come up with some reason to put in the books, but in the end it’ll be just a theory. I mean, we will fail to acknowledge that there are forces at work beyond our understanding.

On peut émettre une hypothèse. La nature fait payer à l’humanité le prix de sa négligence. Plus soucieuse de son esthétique que de ce qui l’entoure.

Jake? You don’t have an opinion, you’re not interested in what happened with bees??

On se fout de tout. La nature disparait.

Elle se rappelle aujourd’hui au bon souvenir des Occidentaux, de manière aussi invisible qu’efficace : en les privant de réseau.

Sir, we lost contact.

With whom?

Everyone.

Elliot lui-même finit par parler à une plante avant de réaliser qu’elle est en plastique.

Hello. My name is Elliot Moore. I’m just going to talk in a very positive manner, giving off good vibes. We’re just here to use the bathroom, and we’re just going to leave. I hope that’s okay. Plastic. I’m talking to a plastic plant, I’m still doing it.

Comme les Parisien·nes quittent leur ville chassé·es par le coronavirus (cf Eddington), la nature repousse les individus dans ces campagnes où ils se pensent à l’abri mais où l’on se tire dessus à coup de fusil. On ne rigole pas en Province.

We’re in a small town Jess. Nothing will happen to us here. 

On croit que rien ne peut arriver loin de la civilisation, comme à Dannemarie-lès-Glay, sauf qu’on y vote extrême droite (cf La Cravate).

La nature isole physiquement les un·es des autres. Les groupes s’éclatent comme dans un film d’horreur (cf Scream). Elliot finit d’un côté du pont et Alma de l’autre.

Ce faisant, la nature rend aussi service. En effet, face à la menace qui n’est visiblement pas que terroriste, on prend conscience de sa propre bêtise. Les gens paniquent, sautent dans leur voiture sans se soucier de ceux qui restent sur le carreau. C’est le règne du chacun pour soi.

Can you believe how crappy people are?

La nature créée l’urgence et rappelle ainsi les fondamentaux. Prendre le temps. S’en prendre à la nature, c’est s’en prendre à soi-même.

Aujourd’hui, on n’écoute que ses priorités, en oubliant l’essentiel. Incapable de prendre du recul. Et on se harcèle les un·es les autres comme des fourmis sous amphétamines.

Lorsqu’Elliot a besoin de réfléchir, tout le monde lui saute dessus.

Why can’t anybody can give me a fucking second!?

La nature parait injuste.

It’s not right for us to die like this.

Elle est plutôt d’une justice implacable. Véritablement aveugle. Elle va pousser Elliot à arrêter de se cacher, à prendre ses responsabilités et retrouver sa femme.

Les plus courageux n’ont donc pas de souci à se faire, pendant que les autres abandonnent la partie.

Et comme la nature fait bien les choses, elle va frapper Paris après avoir nettoyé la côte Est. Comme cela, tout le monde y aura droit.

Confiance en la nature. Elle ne fait que rendre service en forçant une régulation dont l’humanité est incapable.

Grâce à cette sélection naturelle, il y aura un peu moins de monde sur le périphérique et aux caisses des supermarchés. Finis les matchs de foot à guichet fermé. Les spectacles des artistes nul·les à guichet fermé. L’emploi va pouvoir repartir de plus belle. Ce fameux plein emploi si cher à Guillaume Daubray-Lacaze (cf La Zizanie).

Alors merci la nature.

Vive la nature.

Merci à feu Nicolas le Jardinier.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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