WAR GAMES

WAR GAMES
John Badham, 1983

LE COMMENTAIRE

Du temps des Romains (cf Gladiator), les guerres se disputaient sur des cartes avec des pions. Ça ressemblait à Risk. Et puis un jour, un chef d’état major fan de Pong s’est dit que ce serait pas mal de mettre tout ça sur grand écrans. C’est ainsi que la guerre est devenue un gigantesque jeu vidéo non plus faite par des soldats (cf La Ligne Rouge) mais jouée par de grands enfants. Adieu les tranchées (cf Les Sentiers de la Gloire). On se tue à présent à distance, avec des drones pilotés par des manettes (cf Good Kill).

LE PITCH

Un jeune hacker est à deux doigts de déclencher la 3e Guerre Mondiale.

LE RÉSUMÉ

L’armée Américaine lance un exercice pour tester le sang froid de ses troupes responsables du lancement des missiles nucléaires en cas d’alerte. 22% des effectifs n’arrivent pas à tourner la clé. C’est beaucoup trop. John McKittrick (Dabney Coleman) du NORAD décide alors de remplacer les officiers par un système automatisé : le WOPR (War Operation Plan Response), un simulateur de scénarios de guerre.

À Seattle, David Lightman (Matthew Broderick) est un jeune lycéen brillant bien que démotivé qui passe le plus clair de son temps à la salle de jeu. Ce sont les débuts de l’informatique. David est ce qu’on appellera plus tard… un hacker. Il pirate le système de son école pour changer ses notes et celles de sa copine Jennifer Mack (Ally Sheedy). Il cherche ensuite à pirater le système de Protovision pour accéder à leurs nouveaux jeux. Il se connecte sans le savoir au WOPR et trouve le code d’accès pour jouer à la guerre thermonucléaire. David choisit l’URSS.

Who should we nuke first?? 

Le centre de sécurité est aussitôt en alerte maximale puisque le WOPR projette sur les grands écrans une attaque soviétique à venir. Les villes de Seattle et Las Vegas sont visées. Il s’agit juste d’une illusion plus vraie que nature. Les militaires y croient dur comme fer. Pendant que David et Jennifer s’amusent, les généraux transpirent. Le président est informé. Il faut préparer la contre-attaque. Si la menace est factice, la riposte, elle, sera bien réelle.

Well the President about ready to order a counterstrike. That’s what we’re recommending he do.

It’s a bluff, John, call it off.

No, it’s not a bluff. It’s real.

David ne peut continuer la partie. Le WOPR est programmé pour gagner coûte que coûte. Il lance un compte à rebours. L’heure est grave.

David a été tracé. Le FBI l’arrête et l’accuse d’espionnage. Au centre de contrôle, David découvre que le professeur Falken (John Wood) qui a conçu le WOPR est toujours en vie. David s’échappe pour se rendre à Goose Island afin de rencontrer Falken dans le but de désamorcer le WOPR – et sauver le monde. Falken suggère de faire jouer la machine à un jeu de morpion contre elle-même pour qu’elle comprenne le concept de futilité.

The whole point was to find a way to practice nuclear war without destroying ourselves. To get the computers to learn from mistakes we couldn’t afford to make. Except, I never could get Joshua to learn the most important lesson.

What’s that?

Futility. That there’s a time when you should just give up.

Au terme de parties de morpion interminables dans lesquelles il ne cesse de se neutraliser, le WOPR comprend qu’il ne peut pas y avoir de vainqueur à l’issue d’un conflit thermonucléaire. Il s’agit d’un scénario de destruction mutuelle. Il désactive donc les missiles et propose de jouer à une partie d’échecs.

A strange game. The only winning move is not to play. How about a nice game of chess?

Le monde peut respirer.

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L’EXPLICATION

War Games, c’est Clémenceau.

Parce qu’un jour, quelqu’un est pris d’un doute qui l’empêche de tourner une clé, on décide de le remplacer par une machine. Quand l’individu n’est plus assez soldat, on le substitue par un robot, c’est à dire un instrument dénué d’émotions (cf David dans Prometheus). On jette Descartes à la poubelle pour lui préférer un Thomson MO6. On espère ainsi que les choses vont enfin pouvoir filer droit et que les décisions d’en haut seront appliquées sans broncher. On doit faire confiance à l’autorité et lui obéir les yeux fermés (cf Eyes Wide Shut). L’autorité sait ce qu’elle fait. Enfin, on l’espère. Après tout, même les monarques sont humains…

People sometimes make mistakes.

Une chose est certaine : la guerre est une chose trop grave pour qu’on la confie à des machines. Lorsque le WOPR est en charge des missiles atomiques, un petit grain de sable suffit à le dérégler. Et nous nous sommes rendus à la merci d’un ordinateur dans une situation critique, sans aucune emprise sur les événements.

General, the machine has locked us out. It’s sending random numbers to the silos.

Codes. To launch the missiles.

 Just unplug the goddamn thing! Jesus Christ!

That won’t work, General. It would interpret a shutdown as the destruction of NORAD. The computers in the silos would carry out their last instructions. They’d launch.

Can’t we disarm the missiles?

Over a thousand of them? There’s no time. At this rate it will hit the launch codes in… 5.3 minutes.

Mr. McKittrick, after very careful consideration, sir, I’ve come to the conclusion that your new defense system sucks.

L’ordinateur est dangereux dans ce cas précis car il ne fait pas la différence entre la réalité et la virtualité. Il créée une confusion là où il ne devrait pas y en avoir.

Is this a game… or is it real?

What’s the difference?

Par ailleurs, à quoi ça rime de remplacer un humain imparfait par une machine qui bien qu’intelligente reste elle aussi imparfaite finalement?

Hey, I don’t believe that any system is totally secure.

Le problème de l’ordinateur dans une telle situation, c’est qu’il réagit comme un militaire. D’où Clémenceau. Le militaire ne réfléchit pas. Un triangle rouge s’approche de nos frontières sur un écran => il faut envoyer des triangles bleus à sa rencontre. C’est quasi-mathématique et en l’occurrence, ça ne fait pas de sens.

General, you are listening to a machine! Do the world a favor and don’t act like one.

La guerre est un moment particulier car elle nécessite une prise de décision lourde de conséquences. On ne se parle pas de rater un penalty en finale de Coupe du Monde, mais potentiellement de millions de morts. C’est pourquoi il faut observer, écouter, négocier (cf À la poursuite d’Octobre Rouge) en gardant la tête froide. Il faut penser – avec son coeur plutôt qu’avec sa tête.

Once upon a time, there lived a magnificent race of animals that dominated the world through age after age. They ran, they swam, and they fought and they flew, until suddenly, quite recently, they disappeared. Nature just gave up and started again. We weren’t even apes then. We were just these smart little rodents hiding in the rocks. And when we go, nature will start over. With the bees, probably. Nature knows when to give up.

Une machine ne sait pas faire ça. Elle n’a pas de coeur. Surtout, une machine n’arrive pas à renoncer à l’image du lapin Duracell. Elle croit qu’il faut nécessairement un vainqueur à tout, comme si le jeu était à somme nulle. Donc elle fonctionne en termes de victoire et de défaite, de dominant et de dominé. L’hypothèse de perdre la conduit à prendre des décisions radicales, sous l’emprise de l’instinct de survie. Alors que nous savons, avec beaucoup d’efforts, renoncer au besoin de nous prouver qu’on peut gagner sans cesse. Nous pouvons renoncer à la paranoïa. Nous pouvons imaginer l’autre autrement que comme un concurrent qui nous menace en permanence (cf There Will Be Blood).  Quand nous renonçons, nous nous affranchissons du spectre soviétique, nord-coréenne, voir même terroriste. La confiance est restaurée. La vie peut continuer.

Une machine n’arrive pas encore à faire cela. Elle ne sait pas marcher sur le fil du rasoir (cf The Walk). Une machine n’aurait pas pu gagner la Coupe du Monde de foot à la place de la France par exemple. Jusqu’au jour où on la programmera pour cela. Et ce jour là, nous pourrons mourir en paix le sentiment du devoir accompli.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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