THE THIN RED LINE

THE THIN RED LINE
Terrence Malick, 1998

LE COMMENTAIRE

On dit que les yeux sont le miroir de l’âme. C’est précisément pourquoi il n’est pas évident de percer à vif l’âme d’un militaire, compte tenu du vide qu’on trouve souvent dans son regard (le fameux regard à l’horizon). En tout cas, il est assez rare de voir un regard aussi humain sous un casque. Certes Jim Caviezel n’est pas n’importe quel militaire.

LE PITCH

Les jeunes soldats Américains s’apprêtent à débarquer sur les plages… de Guadalcanal.

LE RÉSUMÉ

Witt (Jim Caviezel) est déserteur. Son supérieur le sergent Welsh (Sean Penn) le rattrape par la peau des fesses le temps de mener l’assaut contre les Japonais et tenter de leur prendre l’île stratégique de Guadalcanal.

Les soldats débarquent et progressent rapidement. Le capitaine Staros (Elias Koteas) et son bataillon se retrouvent bloqués au pied de la colline et commencent à se faire salement canarder. Le second lieutenant Whyte (Jared Leto) est le premier à tomber. Le sergent Keck (Woody Harrelson) meurt bêtement en se faisant exploser le cul sur une fausse manip’ de grenade. C’est la merde. Staros en panique désobéit à son commandement pour protéger ses hommes. Il a vécu avec eux, il ne peut pas les envoyer au casse-pipe.

I’ve lived with these men, sir, for two and a half years and I will not order them all to their deaths.

Le Lieutenant Colonel Tall (Nick Nolte) prend alors les choses en main. Il n’en a pas grand chose à faire de jérémiades de soldats supposés être des machines de guerre.

The only time you should start worrying about a soldier is when they stop bitchin’.

Grâce à la lucidité du Capitaine Gaff (John Cusak) et au courage désespéré de l’officier Bell (Ben Chaplin), les Marines épuisés vont finalement s’emparer de l’île. Le Capitaine Bosch (George Clooney) peut venir parader fièrement devant ses boys.

Ça sera sans Witt qui pour sauver le Caporal Fife (Adrien Brody) sera finalement victime d’une embuscade tendue par des Japonais vindicatifs.

– l’armée américaine c’est avant tout un très gros casting –

HANDOUT 21APR14 FE FILM5

L’EXPLICATION

La Ligne Rouge c’est la guerre à travers des yeux d’enfants.

Ces hommes qu’on a entraîné pour devenir des machines militaires n’arrivent finalement jamais à être autre chose que des hommes, fragiles et dans le doute permanent (ça ferait tellement plaisir à Descartes). Les hommes n’ont pas été pensés pour faire la guerre.

War don’t ennoble men. It turns them into dogs… poisons the soul.

On sent là les prémices de la pensée babacool woodstockienne. On comprend mieux tout le ridicule de la guerre quand le théâtre de la violence est aussi paradisiaque. Ce débarquement n’a pas lieu sur les plages normandes. Il ne fera pas basculer le sort de la guerre. Il se déroule à l’autre bout du monde.

Dieu merci après la guerre, on a inventé le tourisme pour que désormais on puisse aller dans les îles du Pacifique pour siroter des cocktails. La guerre on la laisse là où le tourisme ne peut pas fleurir comme en Ukraine, dans les montagnes afghanes ou dans les Quartiers Nord de Marseille.

La Ligne Rouge touche à la manière dont on voit le monde :

Il y a Witt, l’idéaliste, qui voit la beauté des choses.

I see another world. Sometimes I just think it’s my imagination.

Witt, c’est le pacifiste. Il ne peut pas être militaire, en tout cas pas au sens où on l’entend. Il devrait être pompier. Il n’est pas dans son bocal.

Il y a Welsh, le fataliste, qui pense que le monde est tel qu’il est et qu’on ne peut pas le changer.

There is not some other world out there where everything’s gonna be okay. There’s just this one, just this rock.

Welsh c’est le (bon) soldat. Il fait le boulot et ne veut même pas de médaille pour ça.

Et il y a Tall, le belliqueux, pour qui le monde entier est une menace.

Look at this jungle Staros. Look at those vines, the way they twine around, swallowing everything. Nature’s cruel, Staros.

Tall a fermé les yeux sur la beauté de la nature. C’est le guerrier par définition, c’est celui qui mène les troupes. Il a attendu toute sa vie pour avoir une guerre, personne ne va lui voler.

Dans ce monde c’est Tall qui a le pouvoir. S’il veut rentrer dans le tas, alors il faut rentrer dans le tas, peu importe ce que ça coûte. C’est lui qui décide. Le problème c’est que Witt n’est pas vraiment amené à diriger. On peut même douter de son envie de diriger. Witt c’est un peu comme Nicolas Hulot, un amoureux du monde animé par quelque chose de plus que le pouvoir, et c’est précisément ce qui l’empêche d’accéder aux plus hautes fonctions. On aimerait bien voir un monde dirigé par Witt, même s’il semble un peu utopiste. Après tout, il est le déserteur. Dans la Ligne Rouge, il y a l’idée que l’homme serait bien plus heureux à nager la brasse dans les eaux turquoises du Pacifique mais qu’en l’état ça n’est pas possible. Parce qu’il y a aussi quelque chose chez l’homme qui fait qu’il veut toujours ce qu’a l’autre (en l’occurrence le Japonais). Comme le concède Welsh très justement :

Property. The whole fucking thing is about property.

La Ligne Rouge c’est le point de non-retour. Tout le monde ne l’a pas encore franchi. Il s’agit d’une histoire de personnes et tant qu’il s’agira d’une histoire de personnes, il y aura un peu d’espoir. On peut espérer que Gaff ne devienne jamais ce chien de guerre qu’est Tall.

Welsh dit à Witt :

In this world, a man, himself, is nothing.

Il a tort. Witt, digne descendant de Jésus qui voit le meilleur en chacun, lui répondra plus tard…

I still see a spark in you.

Rien n’est perdu. Tout peut (re-)commencer grâce à la volonté d’un seul homme. Il suffira d’une étincelle. Johnny Hallyday avait raison depuis le début.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

4 commentaires

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.