ICARUS

ICARUS

Bryan Fogel, 2017

LE COMMENTAIRE

La science améliore le quotidien. Aucun doute là dessus. Il suffit de regarder la manière dont les cyclistes participaient au Tour de France avant guerre, avec des boyaux sur le dos et des bouteilles de pinard dans l’épuisette. C’était plus rudimentaire que l’équipement du cycliste moderne qui s’est transformé en véritable machine.

LE PITCH

Un homme tombe dans le piège du dopage.

LE RÉSUMÉ

Cela fait 28 ans que Bryan Fogel fait du vélo « sérieusement ». Il est venu au cyclisme inspiré par Greg LeMond et dans la roue de Lance Armstrong. Lorsque son héros tombe pour dopage, Fogel veut prouver que le système pour tester les athlètes est une gigantesque farce.

Il s’inscrit à la Haute Route, une course cyclosportive de 7 jours, sorte de mini-Tour de France pour amateurs aguerris. La première année, il participe à l’eau claire et finit absolument épuisé, 14e sur 440. Une sacrée performance. La dizaine d’athlètes qui le précèdent lui semble intouchables. L’année suivante, il veut refaire la course. Cette fois-ci en suivant un programme de dopage élaboré et encadré par un scientifique.

Don Catlin du laboratoire de UCLA le met en relation avec le fantasque Grigory Rodchenkov du laboratoire olympique Russe à Moscou. Fogel commence à prendre des injections de HCG et de testostérone. Il se filme tous les jours en train d’avaler des pilules et de se piquer les cuisses et les fesses. Il multiplie des tests d’effort. Rodchenkov collecte ses échantillons d’urine et va le mettre à l’EPO.

Au même moment, un documentaire de la chaîne allemande ARD « How Russia makes its winners » fait l’effet d’une bombe. Il incrimine 99% des athlètes Russes. Une enquête est lancée par l’Agence Mondiale Anti-Dopage (AMA). Rodchenkov est dans l’oeil du cyclone en tant que responsable des tests aux Jeux de Sochi.

Après 2 mois de traitement et 3 semaines avant la course, Bryan a sensiblement augmenté ses capacités. Quand la course démarre, il fait partie du top 10. À ce niveau on est quasi-professionnel. Victime d’un problème mécanique, il perd 10 places au classement. Bryan récupère mieux que l’année passée mais il n’arrive pas à rattraper son retard. Il finit 27e, malgré son programme. Dépité.

Pendant ce temps, l’enquête de l’AMA s’intensifie. Les conclusions sont formelles : tout est vrai. La Fédération Russe est suspendue. C’est un scandale d’état qui remonte jusqu’au Ministre des Sports Vitaly Mutko et donc jusqu’à Putin. Grigory est très inquiet. Il est un fusible.

It’s a disaster. They’re killing people. Cutting heads.

Grigory démissionne mais il reste l’homme à abattre, comme Snowden. Sa disparition arrangerait tout le monde.

I can kill both sides : both Russia and WADA.

Bryan lui propose de venir se planquer aux États-Unis. Rodchenkov se met à table : Plus de 50% des médailles Russes aux Jeux de Pékin et de Londres étaient sales, avec le consentement de Putin.

There never was an anti doping period in Russia. Period. Ever.

Accross all summer sports.

Every sports.

Pendant ce temps l’enquête prouve que le FSB était bien impliqué dans cette gigantesque affaire de dopage. Et Nikita Kamaiev responsable du programme anti-dopage Russe meurt dans des circonstances mystérieuses. Rodchenkov panique. Il cherche la protection du Département de la Justice Américaine et discute en parallèle avec le New York Times. Si l’affaire devient publique, il sera protégé. Le scandale éclabousse tout le monde.

Do you think that as a scientist I feel good today??

Les officiels Russes, de Mutko à Putin continuent de nier en bloc l’existence d’un programme de dopage étatique. Grigory se cache toujours aux États-Unis. Les responsables de l’agence anti-dopage confirment que la majorité des athlètes Russes étaient impliqués.

gr_la_us_icarus

L’EXPLICATION

Icarus, c’est le show must go on no matter what.

Le sport est devenu une industrie gigantesque qui représente plusieurs dizaines de milliards d’euros rien qu’en France. Aux États-Unis, l’industrie du sport y est encore plus lourde. Les sommes qui circulent sont considérables, voire carrément indécentes parfois, dans le football notamment. Il n’y a guère que dans la finance où l’on marche autant sur la tête (cf The Big Short, The Wolf of Wall Street).

Comment s’étonner qu’avec de tels enjeux, on perde ce qui fait l’esprit du sport (cf Jerry Maguire, Semi-Pro)? Le sport est devenu un spectacle qui divertit des millions de spectateurs. Les champion·nes inspirent, au point de devenir de véritables marques. Sans parler de leur fortune personnelle.

Comment s’étonner que les athlètes n’essaient pas de mettre toutes les chances de leur côté pour gagner ? Comment sérieusement douter du dopage ? Le dopage a même infiltré le sport amateur, dans lequel il n’est pourtant même pas question d’argent.

Dès lors, comment imaginer que des professionnels, dont c’est le métier, puissent ne pas prendre de produits ? Et il ne s’agit pas que du cyclisme. Pourquoi les cyclistes se doperaient et pas les autres ? Même les athlètes handisport se dopent!

Bryan n’est que l’arbre qui cache la forêt. Évidemment que les athlètes se dopent. Don Catlin a passé sa vie à tester les sportifs. Il est formel.

They’re all doping. Every single one of them.

Se ‘soigner’ est devenu nécessaire au haut niveau. Surtout qu’il est devenu facile d’avoir accès à des produits. Ce qui est plus compliqué est de tromper les organismes qui traquent les tricheurs. Car il demeure un code éthique égalitaire dans le sport qui veut que tout le monde parte de la même ligne de départ.

Cela tombe bien, le public veut continuer de croire à des performances qui soient à la fois extraordinaires, tout en restant humaines.

Rodchenkov casse ce doux rêve. Il incarne le sport faussé. À cause de lui, le public pourrait ouvrir les yeux et finir par se désintéresser complètement de ce spectacle truqué. Car il faut savoir que le public n’aime pas les tricheurs.

Si le public gronde, les audiences chutent, si les audiences chutent, les sponsors s’en vont. Tout pourrait donc s’écrouler comme une gigantesque bulle spéculative.

That has the potential of affecting the credibility of all sport and therefore the continued viability of all sport.

Qu’on se rassure, les chiens aboient mais la caravane finit toujours par passer. Rodchenkov ne risque pas de faire exploser un système aussi bien bétonné, en tout cas pas à court terme. Il n’est juste qu’une petite fissure dans l’édifice. Trop d’argent est en jeu.

On met tout sur le dos de boucs émissaires comme Rodchenkov en prétendant qu’on ne savait pas. C’est pratique et cela donne même des arguments à ceux qui fantasment un sport propre.

Le système n’explosera pas car on en a trop besoin. Toutes et tous complices : sportifs, entraîneurs, scientifiques, media, public… Chacun joue sa partition.

Plutôt que d’accepter ses limites, on préfère croire à l’idée de dépassement permanent grâce au progrès. Croire aux belles histoires de Renaud Lavillenie qui a battu le record de Bubka dont on pensait en 2012 qu’il ne bougerait jamais – battu depuis par un autre perchiste. Fiers des champions locaux qui ne se dopent pas, eux. C’est toujours mieux que de râler ou faire preuve de cynisme. Après tout, on n’a pas toujours l’occasion de faire la fête sur les Champs-Elysées.

Fogel voulait montrer que tout cela n’était qu’une face. C’est réussi. On ne veut pas se rapprocher trop près du soleil de la vérité de peur de se brûler les yeux plutôt que les ailes (cf Indiana Jones).

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

Explication de film est un blog indépendant de cinéma qui s’intéresse au fond, plutôt qu’à la forme.
découvrez l’interprétation de milliers de films, également classés par LEURS thématiques.

12 commentaires

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.