THANK YOU FOR SMOKING

THANK YOU FOR SMOKING
Jason Reitman, 2006

LE COMMENTAIRE

Dans la mythologie cinématographique on tape souvent sur ces grandes entreprises multinationales qui font de nous des esclaves modernes (cf Ready Player One, Cypher, Matrix). Il existe pourtant d’autres compagnies maléfiques qui contrôlent l’intégralité de la chaine de valeur. Il s’agit d’entreprises comme Bayer, qui a racheté…. Monsanto, qui produit les produits chimiques qui donnent le cancer ainsi que les traitements contre le cancer. La boucle est bouclée. À ce stade, on peut quasiment parler de service client.

LE PITCH

Un homme fait usage de son bagou.

LE RÉSUMÉ

Nick Naylor (Aaron Eckhart) est le visage du tabac.

Few people on this planet knows what it is to be truly despised. Can you blame them? I earn a living fronting an organization that kills 1200 people a day. Twelve hundred people. We’re talking two jumbo jet plane loads of men, women and children. I mean, there’s Attila, Genghis… and me, Nick Naylor. The face of cigarettes, the Colonel Sanders of nicotine.

Ce lobbyiste travaille comme VP pour l’Academy of Tobacco Studies où des scientifiques et des avocats travaillent d’arrache pied pour prouver que la cigarette n’est pas addictive. Nick quant à lui se contente de parler. Il passe sur les plateaux TV et dans les écoles pour semer le doute dans la tête des gens, au profit de la cigarette.

My point is that you have to think for yourself. If your parents told you that chocolate was dangerous would you take their word for it?

[Children say no]

Exactly! So perhaps instead of acting like sheep when it comes to cigarettes you should find out for yourself.

Nick retrouve régulièrement ses amis lobbyiste Bobby Jay Bliss (David Koechner) et Polly Bailey (Maria Bello), spécialistes des armes et de l’alcool. Tous les trois aiment plaisanter sur le fait qu’ils forment le groupe des marchands de mort.

Nick a le feu aux fesses.

People, what is going on out there? I look down this table, all I see are white flags. Our numbers are down all across the board. Teen smoking, our bread and butter, is falling like a shit from heaven! We don’t sell Tic Tacs for Christ’s sake. We sell cigarettes. And they’re cool and available and *addictive*. The job is almost done for us!

Les ventes de cigarettes dégringolent, en particulier chez les jeunes. Et les environnementalistes comme le Sénateur Ortolan Finistirre (William H. Macy) mettent la pression. La réponse de Nick c’est le placement produit. Il a la côte auprès du Captain (Robert Duvall) qui l’envoie à Los Angeles discuter avec les agents comme Jeff Megall (Rob Lowe).

En parallèle il essaie d’acheter le silence de Lorne Lutch (Sam Elliott), plus connu sous le nom de Marlboro Man, désormais atteint d’un cancer.

Tout malin qu’il est, Nick va se faire kidnapper et couvrir de patchs à la nicotine. C’est paradoxalement son statut de fumeur qui lui permet de s’en sortir. Sauf que désormais, il ne peut plus toucher une cigarette de sa vie.

Un malheur n’arrive jamais seul, Nick a la mauvaise surprise de découvrir un article à charge juste après sa sortie de l’hôpital. Il a été utilisé par la journaliste Heather Holloway (Katie Holmes). Tout son crédit sympathie est parti en fumée. Nick est viré sur le champ par son patron BR (J. K. Simmons).

Après une brève période de dépression, Nick retrouve un second souffle. Il se venge de Heather qui finit à la météo puis témoigne devant le Sénat en prenant la défense de son ancien employeur, encore une fois au nom du libre-arbitre. Ses arguments créent la confusion : si l’industrie du tabac est liée à la mort de milliers de cancéreux alors pourquoi l’état du Vermont, producteur de fromage, ne serait-il pas lié à la mort de milliers de personnes souffrant de cholestérol?

BR est admiratif. Il propose à Nick de reprendre du service. Celui-ci refuse pour ouvrir sa propre entreprise de lobbying. Le groupe des marchands de mort s’est agrandit au pétrole, au fast food, l’industrie des déchets et peut-être bientôt des téléphones portales suspectés de causer des cancers du cerveau. Nick est aux aguets.

Thank_You_for_Smoking

L’EXPLICATION

Thank you for Smoking, ça reste de notre faute.

Dans la galaxie des marchands de tapis, il y a Jordan Belfort (cf Le Loup de Wall Street), capable de vendre n’importe quoi. Son secret c’est de comprendre que ses clients sont plus importants que les produits qu’il a à vendre. Ensuite il y a Octave Parango (cf 99 Francs) un minable qui se prend pour ce qu’il n’est pas. Il ne nous vend rien car il est à la solde de son client. Et puis il y a Nick Naylor ou encore Scott Talbot (cf Inside Job). Ces lobbyistes sont très forts pour nous retourner le cerveau. Ce sont des beaux parleurs.

Michael Jordan plays ball. Charles Manson kills people. I talk. Everyone has a talent.

Ils sont passés maîtres dans l’art de manier les arguments.

That’s the beauty of argument, if you argue correctly, you’re never wrong.

Ils font partie de ces gens avec lesquels il est impossible de discuter car ils profitent de la complexité du système pour en exploiter toutes ses failles.

Dad, why is the American government the best government?

Because of our endless appeals system.

Ils sont en cela des disciples de la scolastique, cette manière de complexifier la philosophie afin de mieux couper les classes populaires du monde des idées. On décourage le peuple et on l’empêche de réfléchir. Nick exploite habilement cette complexité comme le lui fait remarquer son fils (Cameron Bright):

You’re just making it more complicated so that you can feel sorry for yourself. 

Ainsi, Nick a toujours réponse à tout. Il n’a pas forcément raison, mais les autres non plus. Donc il ne cesse de nous renvoyer la balle.

… so what happens when you’re wrong?

Whoa, Joey I’m never wrong.

But you can’t always be right…

Well, if it’s your job to be right, then you’re never wrong.

But what if you are wrong?

OK, let’s say that you’re defending chocolate, and I’m defending vanilla. Now if I were to say to you: ‘Vanilla is the best flavour ice-cream’, you’d say…

No, chocolate is.

Exactly, but you can’t win that argument… so, I’ll ask you: so you think chocolate is the end all and the all of ice-cream, do you?

It’s the best ice-cream, I wouldn’t order any other.

Oh! So it’s all chocolate for you is it?

Yes, chocolate is all I need.

Well, I need more than chocolate, and for that matter I need more than vanilla. I believe that we need freedom. And choice when it comes to our ice-cream, and that Joey Naylor, that is the definition of liberty.

But that’s not what we’re talking about

Ah! But that’s what I’m talking about.

…but you didn’t prove that vanilla was the best…

I didn’t have to. I proved that you’re wrong, and if you’re wrong I’m right.

But you still didn’t convince me

It’s that I’m not after you. I’m after them.

Cette anguille qu’est le lobbyiste est employée par des entreprises moralement plus douteuses que les autres.

My job requires a certain… moral flexibility.

On aurait presque envie de qualifier ces mercenaires de criminels. Or il ne sont qu’un reflet de la société pour laquelle nous nous sommes battus. D’ailleurs, ne faisons nous pas nous mêmes du lobbying? Chacun prêche pour sa paroisse. Le discours du Sénateur à propos du jeune cancéreux sur le plateau de TV est presque tout aussi répugnant que le discours du Captain sur le tabac.

Les lobbyistes ne sont pas des monstres. Ils nous mettent simplement face à nos contradictions les plus douloureuses ou nos faiblesses les plus inavouables. On peut se voiler la face en condamnant ces hommes et ces femmes pour leur absence d’éthique. Nous ferions mieux de profiter d’eux pour nous interroger sur ce que nous sommes devenus et ce que nous voulons. Les lobbyistes proposent un test. Ils nous offrent toujours l’occasion de nous sublimer en assumant pleinement nos responsabilités.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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