THE MATRIX

THE MATRIX
Lana Wachowski, Lilly Wachowski, 1999

LE COMMENTAIRE

Toute la trilogie Matrixienne repose finalement sur un choix aussi cornélien que pharmaceutique: la pilule rouge ou la pilule bleue? Si le choix se porte sur la bleue, la suite est simple. On continue sa vie pépère. On se lave les dents tous les soirs sans se réveiller plus malin qu’on s’est couché la veille. C’est Neymar qui reste au Barça. Si le choix se porte sur la rouge, alors c’est l’envers du décor. C’est le Paris du Qatar.

LE PITCH

Neo (Keanu Reeves) ouvre les yeux pour la première fois.

LE RÉSUMÉ

Ingénieur en informatique le jour et hacker la nuit, Thomas Anderson dit « Neo » est supervisé par Morpheus (Lawrence Fishburne), sorte de pape du hacking, qui va venir toquer à la porte de son écran d’ordinateur pour lui exposer les faits: Tout n’est qu’une illusion. La réalité c’est que dans un futur si lointain qu’on ne sait plus exactement quand, les humains sont devenus les esclaves des machines qui les utilisent comme de vulgaires batteries avant de les jeter dans les chiottes.

Pas très intéressé à l’idée de finir dans la cuvette, Neo va prendre la pilule rouge pour rester au pays des merveilles. Déprogrammé de la matrice et libéré de sa couveuse, il va pouvoir rejoindre Morpheus dans son monde sans saveur et batailler avec lui pour sauver ce qui reste des humains. Il ne s’agit plus de parler, il faut passer à l’action.

Neo, sooner or later you’re going to realize just as I did that there’s a difference between knowing the path and walking the path.

La réalité est à gerber, en dehors de Trinity (Carrie-Anne Moss). Le petit nouveau va devoir s’endurcir. L’avantage c’est que dans ce futur on apprend tout très vite. Un petit formatage plus tard et hop Neo maîtrise les arts martiaux. Après un galop d’essai dans une matrice virtuelle, Neo va pouvoir aller se frotter pour de bon aux vrais « agents », des programmes que les machines ont mis en place dans la matrice pour débusquer les fauteurs de trouble.

Neo va rencontrer l’Oracle qui lui révélera contre toute attente qu’il n’est pas l’élu, à la grande déception de tout le monde, Morpheus notamment. On se demande bien ce que Neo est venu foutre dans ce bordel s’il n’est pas l’élu!

Capturé par les agents suite à la trahison d’un Cypher (Joe Pantoliano) bien trop attaché à ses steaks saignants, Neo va devoir se surpasser pour libérer Morpheus des agents et continuer sa quête. La bataille ne fait que commencer.

I know you’re out there. I can feel you now. I know that you’re afraid… you’re afraid of us. You’re afraid of change. I don’t know the future. I didn’t come here to tell you how this is going to end. I came here to tell you how it’s going to begin.

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L’EXPLICATION

Matrix c’est ce qui nous pend au téléphone.

Ce qui distingue la vérité d’un mensonge c’est qu’elle fait souvent mal à entendre et à admettre. Morpheus n’a pourtant pris personne en traître :

I didn’t say it would be easy. I just said it would be the truth.

La matrice représente le système avec sa bureaucratie oppressante, sa société de consommation, son agence de renseignement. C’est ce que nous ne contrôlons pas. Ce qui s’impose à nous. The Matrix condamne ce système ainsi que tous ceux qui ferment les yeux. Voilà donc pourquoi The Matrix a inspiré sans le savoir à des générations de lycéens révolutionnaires.

Il est dans la nature humaine de se complaire dans sa routine, aussi pourrie soit-elle. Cypher s’est éveillé. Réflexion faite, il ne souhaite qu’une chose, se rendormir (dans les bras de Morphée-us?). Il choisit de ne plus choisir. Ce qui nous renvoie au Général de Gaulle qui comparait judicieusement les Français à des veaux. On préfère notre train-train et notre TF1 sans trop réfléchir, demain il fera jour. Heureusement qu’il y a Neo le disrupteur qui change cette réalité. Il est celui qui réinvente les règles comme Xavier Niel qui bouscule le monopole des opérateurs. Il est celui qui choisit.

Le problème c’est que les élus ne sont pas légions. Le gros des troupes, c’est Cypher. The Matrix n’est pas tendre avec l’espèce humaine, que l’agent Smith (Hugo Weaving) compare ni plus ni moins à un cancer:

You move to an area and you multiply and multiply until every natural resource is consumed and the only way you can survive is to spread to another area.

En voilà une autre vérité d’autant plus difficile à entendre qu’elle est vraie. Si notre seule ambition dans la vie c’est de nous reproduire, d’aller à Carrefour deux fois par semaine pour faire déborder les décharges, et que notre choix cornélien c’est Port-Barcarès ou Biscarosse pour les vacances d’été, alors oui peut-être qu’on est le cancer de cette planète.

Pour exister il faut donc faire un choix: le confort du bureau (la pilule bleue) ou sauter dans le vide de la recherche d’emploi (la pilule rouge) comme le propose Mr Reinhart, l’employeur de Thomas Anderson. Si l’on projette ce choix sur le terrain du politique on pourrait s’attendre à ce que les Républicains sautent sur la pilule rouge, la prise de risque et l’entreprenariat. Au contraire des socialistes qui se réfugieraient certainement derrière la pilule bleue, les allocations et les RTT. C’est un peu plus complexe que cela malheureusement, surtout qu’aujourd’hui les Républicains goberaient la pilule bleue sans se poser de question pour continuer leur vie de patachons. C’est cette trahison qui explique qu’aujourd’hui les Français ont préféré renoncer au choix en votant pour Macron, l’homme aux deux alliances qui mixe le rouge et le bleu. Il est peut-être là le risque?

Vu les progrès supersoniques de l’intelligence artificielle, il est réaliste d’imaginer qu’on puisse se retrouver un jour prisonniers d’une réalité virtuelle, à la merci des machines. Nous sommes déjà accrocs à nos téléphones. Une question qu’élude The Matrix néanmoins est de savoir comment on en est arrivé là. Neo et Morpheus cherchent à améliorer les choses sans jamais trouver le patient zéro. Alors que c’est important. Certes les machines ont pris le contrôle. Comment et pourquoi? Si le futur est devenu aussi sombre, c’est que ça a bien du bugger quelque part dans nos entrailles. Nous n’avons pas la réponse.

C’est dommage parce que les machines ne sont guère que la conséquence d’un problème plus profond. Prenons un exemple, aujourd’hui on est déjà 7 milliards sur terre. Admettons que Neo viennent à bout des machines, on aura sûrement besoin de main d’oeuvre pour rebâtir, et après? On peut espérer pour lui qu’il a déjà dans ses plans des idées lumineuses concernant les retraites, les logements et les cotisations sociales. Ne parlons même pas des problèmes liés au réchauffement climatique. Sinon on est bon pour replonger aussi sec! C’est pas le tout de vouloir faire la guerre contre les machines et sonner la révolte si c’est pour ne pas avoir de solutions derrière. En tant que Français on ne le sait que trop (cf 1789 et la Restauration).

D’ailleurs on pourra regretter une chose, c’est qu’un sujet qui fasse aussi grossièrement référence aux Lumières nous soit passé sous le nez. The Matrix était une histoire profondément française, offrant un boulevard à Jean Dujardin et Omar Sy.

Si The Matrix avait été français, nul doute que les projections aurait été plus stylées. D’ailleurs si l’action se passe dans le futur, pourquoi les projections de la matrice collent-elles à un style pseudo post-moderne qui ressemble étonnamment à celui de la fin des années 90? Si seulement on avait laissé Claude Zidi aux commandes on se serait retrouvé dans un univers rétro digne de l’Aile ou La Cuisse, ça aurait quand même eu plus de gueule que ce style gothique fait de jeans en cuir moulants et de lunettes pince-nez.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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