PERSEPOLIS
Vincent Paronnaud, Marjane Satrapi, 2007
LE COMMENTAIRE
Les enfants peuvent enseigner des leçons à bien des égards. Quand ils jouent au football entre eux et qu’on leur demande la couleur de leurs copains, ils répondent innocemment par la couleur du maillot plutôt que la couleur de peau. Pourtant, tout peut basculer très vite. Un virage de travers dans leur éducation et les anges peuvent se transformer en crapules (cf Simetierre).
LE PITCH
Itinéraire mouvementé d’une fille de bonne famille, entre Téhéran et Paris.
LE RÉSUMÉ
Marjane Satrapi n’est encore qu’une petite fille lorsque la Révolution Iranienne éclate. Son père lui explique la situation : le Shah a renversé le Roi pour instaurer une démocratie mais a préféré céder aux sirènes britanniques qui lui promettaient un Empire. Cette dictature n’était pas une si mauvaise chose, somme toute.
So, he was an idiot?
Yes and No. Even though he was a dictator, he modernized Iran in a way. I guess you can say he loved his country.
Le fils du Shah se révèle être encore pire que son père. Des membres de la famille Satrapi ont fini en prison. Les choses devaient changer.
Whatever happens next, nothing can be worse than the Shah.
Marjane, dont le grand-père était lié à la famille royale, regarde ce qui se passe dans la rue avec excitation. Elle défile même dans le salon en scandant des chants révolutionnaires.
Down with the Shah, down with the Shah!
Malheureusement, les intégristes s’emparèrent du pouvoir pour instaurer une république islamique moins enviable que le régime précédent, surtout pour les femmes.
Fix your scarf sister. You hear me woman!
So, why don’t you try to be more polite next time? I deserve a little more respect.
You? Respect? Women like you I bang them like whores and then I throw them to the trash!
Les bourgeois·es se retrouvent en privé pour faire des fêtes. La famille Satrapi fait passer de l’alcool en douce. Le quotidien est néanmoins difficile. La guerre contre l’Irak fait rage. Marji, au tempérament contestataire, est en danger. Ses parents parviennent à l’envoyer en Autriche dans un lycée français.
Marjane vit un exil compliqué en Europe. Les autres étudiants se plaignent pour des broutilles. Après une bronchite presque fatale, elle revient au pays. Sa tentative de suicide ayant échoué, Marjane rêve de Karl Marx et reprend goût à la vie. Elle se marie puis divorce. Ses prises de position radicales attirent l’attention.
You say that our scarfs and trousers are indecent and that we put on make up, etc. As an art student, I’m often in the studio. I need to move freely in order to draw. A longer scarf will hinder me. As for our trousers, you say they’re too wide even though they hide our shape. Since these trousers are in fashion right now, I ask, is religion defending our physical integrity or is it simply opposed to fashion? You criticize us, yet our brothers all have different hair and clothes. Sometimes they wear clothing so tight, we can see their underwear. Why is it that me, as a woman, should their tight clothes have no effect on me, while they should be aroused by a shorter scarf?
Ses parents décident qu’elle doit désormais partir pour de bon. En Iran, elle risquerait d’être qualifiée de dissidente. À son arrivée à Paris, elle se souvient de rester intègre comme le lui recommandait sa grand-mère qu’elle aimait tant, et qu’elle ne reverra plus jamais.
Never forget who you are and where you’re from.
L’EXPLICATION
Persepolis, cela pourrait toujours être pire.
On peut tout dramatiser ou essayer de voir le verre à moitié plein, en se rappelant que tout n’est pas si grave. Ce n’est pas une manière de modérer ses ambitions. Plutôt une façon d’apprécier ce que l’on a.
En pleine dictature Iranienne, la petite Marji mène une vie presque sans histoire dans le confort d’une famille bourgeoise, avec les mêmes aspirations que beaucoup d’enfants de son âge dans le monde occidental. Elle n’a clairement pas à se plaindre.
I remember I led a peaceful, uneventful life as a little girl, I loved fries with ketchup. Bruce Lee was my hero, I wore Adidas sneakers and had two obsessions: Shaving my legs one day and being the last prophet of the galaxy.
Elle ne pense pas trop en demander. Malgré tout, elle a déjà l’âme d’une bobo, issue d’une classe aisée qui se considère moyenne et qui se fantasme communiste.
My grandfather was a Kadjar prince and a communist…
À mesure qu’elle grandit, la petite Marji découvre le monde autour d’elle. Sa famille s’en sort bien, compte tenu de la menace qu’exerce ce régime totalitaire. Son oncle Anouche a quand même fini en prison à cause du Shah.
Dans ce monde là, chacun·e doit se tenir à carreau. Celles et ceux qui veulent bouger les lignes finissent pendu·es par les pieds (cf Un simple Accident). Quand on ne fait pas de vague, aucune chance de devenir un·e héro·ïne. Par contre, on réduit ses chances d’avoir des bricoles.
Le mouvement Femme Vie Liberté est plutôt du genre à vouloir faire bouger les ligne. Ce qui ne plait pas à tout le monde. Marjane au caractère radicalement affirmé se met en danger. Elle va donc devoir prendre position, bien aidée par les sages conseils de sa grand-mère.
Listen. I don’t like to preach, but here’s some advice. You’ll meet a lot of jerks in life. If they hurt you, remember it’s because they’re stupid. Don’t react to their cruelty. There’s nothing worse than bitterness and revenge. Keep your dignity and be true to yourself.
Avec l’arrivée des islamistes, Marjane commence à comprendre que c’était mieux avant – pour elle.
Ce Shah qu’elle décriait n’était finalement pas si mal comparé à ces barbus autoritaires qui n’autorisent pas une goutte d’alcool et qui voilent les femmes tout en regardant leurs fesses.
Why are you running?
I’m late for my class!
Maybe, but you mustn’t run. When you run, your behind moves around in an obscene way.
Then stop staring at my ass!
Contrainte de s’exiler, Marjane réalise que les jeunes de son âge sont ignorants. La culture punk autrichienne est bien déconnectée de ce qu’était sa réalité. Ce pays européen n’est pas mieux que son Iran, pense-t-elle. Les étudiant·es qu’elle fréquente s’y plaignent constamment, sans avoir conscience de leur chance.
C’est en cherchant son identité que Marjane va la perdre, dans la machine à laver de l’adolescence.
After a while, I convinced that I belong. That I was one of them. But deep down I was different.
Heureusement qu’elle peut compter sur sa chère grand-mère pour lui remettre les pendules à l’heure.
So you’re French, now?
Nana, stop it.
No no, I’m just asking, is all. I didn’t know you were French.
Do you think it’s easy being Iranian here? The moment I say where I’m from, they look at me like I’m a savage. They think we’re all bloodthirsty, violent, loud fanatics.
Do you think that’s any reason to deny your roots, do you remember what I told you? Be true to yourself.
Marjane accepte que la vie est affaire de choix (cf Matrix) et qu’il faut savoir apprécier le moment puisque tout peut sombrer en un claquement de doigts (cf L’Étau de Munich).
In two years time, our lives had changed drastically.
Sur le point de vue des libertés, la dictature du Shah n’était pas idéale. Celle des mollahs est encore pire.
Sure the was is over but it’s almost worse. 8 years of war for nothing. One million dead for nothing.
L’idéologie est un faux semblant qui ne sert guère que de façade pour mieux masquer la corruption.
There is no ideology behind their arrogance. I gave them a few bucks and that was that.
Les cons sont partout (cf Adieu les Cons). On peut passer une vie à râler, espérer mieux, sans réaliser ce qu’on a entre les mains. Il s’agit de se satisfaire de ce que l’on a, sans renoncer à mieux et en ayant en conscience de la possibilité du pire.
Dans cet équilibre incertain, le plus important reste encore de pouvoir exercer son métier de façon à vivre avec celles et ceux qu’on aime. Il faut parfois s’exiler jusqu’à Paris pour le comprendre. Se rappeler d’où l’on vient pour réussir à profiter un peu des interminables soirées Cannoises. En attendant que la France se retrouve une âme révolutionnaire (cf Un Pays qui se tient sage).

