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LA RIVIÈRE DU HIBOU

LA RIVIÈRE DU HIBOU

Robert Enrico, 1961

LE COMMENTAIRE

Les religions encouragent à se mettre en règle avant le grand départ (cf Biutiful). Quand on en a l’occasion, on essaie de régler ses dettes ou de préparer sa succession (cf Sur la Route de Madison). Si tel n’est pas le cas, on peut essayer tenir ses affaires un minimum en ordre si la vie venait à s’arrêter soudainement. Avoir des chaussures impeccables semble être la moindre des choses.

LE PITCH

Un homme est sur le point d’être pendu au dessus d’une rivière.

LE RÉSUMÉ

Un espion confédéré (Roger Jacquet) est capturé par les yankees aux abords de Owl Creek Bridge. Selon un arrêté du 4 avril 1862, tout civil surpris à proximité près des ponts, tunnels ou voies ferrées se verra pendu sans jugement. On ne rigole pas pendant la guerre de Sécession (cf Glory).

Un hibou hulule. Le clairon résonne. Les soldats sont en place.

First squad! Stand fast! Fall out! Attention… Forward all! Company, halt!

La cérémonie funeste peut commencer. On emmène le détenu sur le pont. Un soldat vérifie la corde, pendant qu’un autre soldat prend position sur une planche pour faire contre-poids avec le détenu.

On prépare le détenu en lui enlevant son foulard pour disposer la corde autour de son cou. Puis ses jambes sont attachées, ainsi que ses poignets.

Les oiseaux continuent de chanter dans la forêt, ignorant la scène.

Le détenu jette un dernier regard alentours et constate que les soldats sont partout.

On l’installe à l’autre bout de la planche.

Sur la rivière, un tronc flotte.

Comme il avance lentement. Quel courant paresseux…

Le soleil se lève et l’aveugle.

Tout est prêt. Le détenu ferme les yeux et se souvient de son épouse (Anne Cornaly). Sa fille fait de la balançoire. Les secondes s’écoulent de plus en plus vite. Un officier (Anker Spang-Larsen) ordonne de prendre la montre du détenu.

Take his watch!

Ce sont les derniers instants. Le détenu transpire et sanglote. Il réfléchit à sa dernière chance.

Si je réussissais à me libérer les mains, je parviendrais peut-être à me dégager du noeud coulant et à sauter dans la rivière. En plongeant, je pourrai échapper aux balles. Atteindre la rive à la nage. Gagner les bois. Fuir!

Lorsque le soldat se retire, la planche se renverse et le détenu tombe dans le vide. La corde lâche. Sous l’eau, le détenu parvient à défaire ses liens. Il remonte à la surface pour reprendre son souffle. Puis il se met à nager aussi fort qu’il le peut pour s’éloigner, sous le feu nourri des yankees.

Lorsqu’il atteint la rive, il ne peut presque pas y croire. Comment a-t-il pu s’en sortir ? Il est miraculé.

Le bruit de la batterie ennemie se fait entendre. Il faut fuir, vite. Le détenu court à travers bois. Pieds nus, jusqu’à l’épuisement. Au bout du chemin, il aperçoit sa maison et sa femme si émue de le revoir. Il court pour la rejoindre.

Au moment de la prendre dans ses bras, il s’étrangle.

La corde n’a pas lâché.

L’EXPLICATION

La Rivière du Hibou, ce sont celles et ceux qui s’accrochent à la vie.

Si ce qui se passe pendant la mort demeure une grande inconnue, ce qui se passe juste avant la mort n’est pas beaucoup plus sûr. Ce mystère fascine les esprits les plus tordus (cf Martyrs) mais aussi les plus romantiques. Ainsi on se crée de jolies narrations s’appuyant sur les témoignages de personnes qui sont revenues des morts (cf L’Expérience Interdite, The Jacket, La Mort en Direct) – sans devenir des zombies (cf Simetierre, The Dead don’t die, World War Z).

Celles ou ceux qui ont vu la mort de près racontent que l’on voit une lumière (cf Ghost). Quelques morceaux choisis de sa vie, souvent les meilleurs, défilent devant soi (cf Les Choses de la Vie). Un sentiment de bien-être et de légèreté envahit le corps, comme si l’on pouvait se sentir décoller (cf Birdman). Pour les plus chanceuses ou chanceux, les êtres chers surgissent de l’ombre pour accompagner celui ou celle qui fait son dernier voyage (cf Rencontre du Troisième Type).

Dans cette vision quasi-paradisiaque, on sait évidemment que l’on va mourir. Quand le moment arrive, on n’est pas pris à défaut. Mourir ne fait pas peur. Elle est douce et accueillante. Et puis il faut bien partir un jour (cf Rencontre avec Joe Black, Cocoon, The Fountain). On peut l’accepter sereinement (cf L’Échelle de Jacob). Il faut pouvoir croire que la mort soit belle.

Il existe une probabilité que cela ne se passe pas toujours aussi bien.

Quand on est très accroché à la vie, on n’a pas envie qu’elle s’arrête. De la même manière que l’on peut vivre dans le déni (cf Memento), on peut aussi refuser la mort quand elle se présente.

C’est le cas de ce prisonnier confédéré. Au milieu de cette nature et ces oiseaux qui chantent, il n’a aucune envie que l’histoire se termine comme cela. Quelle injustice de ne plus revoir sa femme ni ses enfants sous prétextes qu’il a traîné en civil vers un pont…

Les quelques secondes avant que la planche ne se renverse lui donnent l’occasion de s’évader (cf La 25e Heure).

Il n’accepte pas, jusqu’au dernier moment. Dès lors, il ne peut pas s’empêcher de se projeter dans un scénario plus vrai que nature. L’improbable se réalise : la corde lâche, il défait ses noeuds et passe au travers des balles pour finalement retrouver son chemin vers sa belle (cf Gladiator, O’Brother).

Pour certain·es, cela peut fonctionner. Le rêve se réalise et la vie continue comme si l’on était increvable (cf Mission Impossible).

Pour ce prisonnier, le rêve vire au cauchemar. Il s’arrête net. La mort est amère parce que la réalité le rattrape par le col, au moment où il pensait avoir fait le plus dur.

Qu’il se console, il y a pire encore : l’immortalité (cf Dracula, Only Lovers left alive, Entretien avec un Vampire). Quel ennui! Les vampires en savent quelque chose. Autant se pendre.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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