BLADE RUNNER

BLADE RUNNER

Ridley Scott, 1982

LE COMMENTAIRE

Le hibou est un animal incompris, parce qu’il vit la nuit. On l’a trop longtemps considéré comme lugubre. Il est le mélancolique qu’on cherche à faire taire. Peut-être parce que les Romains pensaient que le cri du hibou annonçait l’arrivée d’une mort prochaine? Heureusement qu’avant France Gall, Baudelaire et Walt Disney avaient reconsidéré ce drôle d’oiseau pour sa sagesse légendaire. Gloire à Maître Hibou!

LE PITCH

Un policier démissionnaire doit reprendre du service.

LE RÉSUMÉ

À l’aube de 2020, les voitures volent mais la terre est plus que jamais inhabitable (cf Wall-E). Il est temps pour les humains d’émigrer vers les colonies stellaires.

The chance to begin again.

Des robots quasi-humains, les Réplicants, y travaillent comme esclaves. Après l’insurrection de Mars, ils sont devenus indésirables sur terre. Les forces spéciales des Blade Runner ont pour mission de les débusquer grâce au test de Voight-Kampff. Rick Deckard (Harrison Ford), un ancien Blade Runner, est rappelé par son supérieur pour retrouver et éliminer quatre Nexus 6, un modèle de Réplicant hyper-perfectionné : Leon (Brion James), Zhora (Joanna Cassidy), Pris (Daryl Hannah) et Roy Batty (Rutger Hauer).

Pour les besoins de l’enquête, Deckard rencontre Eldon Tyrell (Joe Turkel), le fondateur de Tyrell Corp et créateur des Nexus 6. Sur place il fait la rencontre de Rachel (Sean Young) qui est un modèle de Réplicant experimental. Deckard est sous le charme mais doit se remettre au travail. Le flic retrouve d’abord Zhora, puis Leon. Ensuite, il vient à bout de Pris.

Les Nexus 6 voulaient retrouver Tyrell afin d’augmenter leur durée de vie au delà de la date limite de quatre ans. Ils sont perfectionnés, mais pas éternels.

You were made as well as we could make you.

But not to last.

Leurs revendications semblent légitimes. Roy ne demande effectivement pas la lune.

I want more life, father.

Malheureusement, il n’y a rien à faire. Tyrell lui-même a tout essayé. Résigné, Roy lui écrase les yeux.

Au terme d’un affrontement intense avec Deckard, l’humanoïde finit par lui sauver la vie. Avant de s’éteindre.

La mission n’est cependant pas finie. Gaff (Edward James Olmos), un policier amateur d’origami, rappelle à Deckard qu’il doit également tuer Rachel.

De retour à la maison, Deckard retrouve Rachel endormie. Incapable de la supprimer, il s’enfuit avec elle. Au moment de quitter son appartement, il trouve un origami en forme de licorne, faisant référence à un rêve récent. Signe que Gaff est déjà passé sur les lieux, qu’il a épargné Rachel et que Deckard est lui aussi un Réplicant.

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L’EXPLICATION

Blade Runner, c’est finir par comprendre.

Nous avons tous une idée assez précise de qui nous sommes – bien que nous ne sachions pas souvent ce que nous voulons (cf Les Choses de la vie). On sait. Donc aucun besoin de se remettre en question. Personne n’accepte de regarder à travers le télescope (cf The Master). Et si, en réalité, nous n’étions pas qui nous croyons?

Did you ever take that test yourself?

C’est possible.

Les esclavagistes des états du Sud étaient sûrement convaincus d’être dans leur bon droit (cf Autant en emporte le vent). Tout comme les Nazis n’avaient certainement pas conscience d’être des monstres. Certains hommes ne réalisent pas qu’ils se comportent comme des porcs (cf Harvey Weinstein). Leonard Shelby ne s’imagine pas être un serial killer (cf Memento).

Et si nous étions des Réplicants?

Après tout, nous aussi travaillons comme des robots pour le compte de multinationales peu scrupuleuses, à l’image de Tyrell Corp.

Commerce is our goal here.

Nous aussi pouvons être victimes d’un état policier pour peu que la couleur de notre peau, ou de notre gilet, ne soient pas de la bonne teinte.

Tout comme les Réplicants, nous sommes des machines de précision à durée limitée.

We’ve got a lot in common : Accelerate decrepitude.

Nous croyons en un créateur qui nous aurait fait à son image. Et nous aussi aimerions bien pouvoir vivre plus longtemps, à l’image de Roy, Pris, Leon et Zhora. Nous nous accrochons désespérément à la vie, ce qui nous fait vivre à l’envers – paradoxalement.

On craint tellement la mort qu’on cherche à ralentir ou figer le temps – sans y parvenir évidemment. Notre rapport personnel à la mort fait que nous finissons par nous comporter de manière égoïste. Seule notre vie compte. Plutôt que d’être ouvert sur les autres, on ne pense plus qu’à soi. Les autres deviennent même une menace.

There’s not a human being in the world who would have helped us.

On remplit sa vie de manière artificielle, en se créant des amis imaginaires sur les réseaux sociaux (cf The American Meme).

My friends are toys. I make them.

Plutôt que de profiter, nous vivons avec le frein à main. Ainsi nous passons notre temps à accumuler de la richesse que nous n’emporterons pourtant pas au Paradis puisqu’il n’existe pas. Nous nous épuisons à vouloir atteindre un rang social que nous défendons bec et ongle alors que nous finirons tous aux oubliettes de l’histoire professionnelle (cf Monsieur Schmidt), voire dans les toilettes après avoir été débranchés (cf Matrix). Nous devenons bêtement territoriaux alors que la vie est tellement plus riche pour peu qu’on l’envisage différemment. C’est une leçon d’humilité de Roy à Deckard.

Proud of yourself, little man?

Un peu ridicule. Nous sommes tellement accrochés à la vie que nous acceptons des conditions parfois misérables. Les Réplicants sont contraints de vivre cachés, sous la menace d’humains qui saccagent leur propre planète. Toute une vie dans la peur.

Quite an experience to live in fear isn’t it? That’s what it is to be a slave.

Les Réplicants font tout une aventure pour se faire entendre dire de la bouche du créateur en personne qu’il n’est pas possible de prolonger leur espérance de vie. C’est à ce moment que Roy comprend que la vie n’est pas éternelle. Il n’y a plus rien d’autre à faire que d’accepter la mort comme réalité. Pris se l’est déjà prise en pleine figure. Roy n’en a lui-même plus pour très longtemps.

Le moment est arrivé, il faut se réveiller.

Wake up. Time to die.

C’est une libération. Roy comprend tout : que la vie est unique et qu’il faut en profiter pendant qu’on peut.

Unless you’re alive, you can’t play.

Que la vie, même si elle est éphémère, en vaut la peine.

I’ve seen things you people wouldn’t believe.

Bien que chaque expérience soit unique et magique, nous ne sommes jamais que de passage. Rien ne reste.

All those moments will be lost in time like tears in rain. 

Ce n’est pas grave. Bien au contraire. Son témoignage permet à Deckard d’ouvrir les yeux sur la vie.

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Lui aussi, à notre image, vivait à l’arrêt depuis trop longtemps. Il avait déjà disparu de la circulation, comme détaché (cf Detachment). Quel gâchis. Deckard devient le Réplicant libre (cf Une Vie Cachée). Sa vie prend du sens quand il la met au service de ce qui compte le plus. En l’occurrence, Rachel.

It’s part of the business.

I’m not in the business. I am the business.

Tout comme Jacques Mayol fuit le monde des humains pour retrouver ses dauphins (cf Le Grand Bleu) et que Truman Burbank sort de l’écran (cf Truman Show), Deckard saute dans ce vide passionnant, main dans la main avec celle qu’il aime.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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