RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE

RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE

Steven Spielberg, 1977

LE COMMENTAIRE

Ça pourrait ressembler à la liste des 23 de Didier Deschamps pour l’Euro 2016 mais il s’agit bien là d’une belle brochette de Roswell, comme on les appelait dans les années 90. Le personnage de l’extra-terrestre est cependant né beaucoup plus tôt, dès la fin des années 70. À l’époque, l’alien était peu bavard, plutôt fluet et avait la grosse tête. Aujourd’hui, les migrants entretiennent le mythe. Ils débarquent chaque jour de plus en plus nombreux. Ils sont toujours fluets et on ne comprend pas plus ce qu’ils racontent. Sauf que ça n’est plus de la science-fiction. Et c’est sûrement la raison pour laquelle ils font si peur au monde Occidental.

LE PITCH

Témoin d’événements paranormaux, un homme se comporte de manière étrange.

LE RÉSUMÉ

Le scientifique Claude Lacombe (François Truffaut) et son équipe enchaînent les découvertes troublantes. Des avions et un cargo disparus depuis des années sont retrouvés en plein désert, une foule entière se met à chanter une mélodie étrange en hommage au ciel. Pour Lacombe cela ne fait aucun doute: une forme de vie extra-terrestre tente de rentrer en contact avec la civilisation.

C’est Roy Neary (Richard Dreyfus), un électricien de l’Indiana, qui va le premier faire l’une de ces rencontres du troisième type. Après avoir vu les lumières des vaisseaux spatiaux de suffisamment près pour en avoir des coups de soleil, Neary va se mettre à halluciner grave. Il a la vision d’une forme qu’il dessine jusque dans sa purée. Son délire tourne à l’obsession.

I know this sounds crazy, but ever since yesterday on the road, I’ve been seeing this shape. Shaving cream, pillows… Dammit! I know this. I know what this is! This means something. This is important.

Il sculpte ce qui ressemble à un gros rocher Suchard dans son salon. Sa femme ne supporte plus ce cirque et décide de se barrer, en prenant soin d’emmener les gosses.

C’est par hasard en regardant une émission de TV que Roy va réaliser que cette forme existe bel et bien. Il s’agit de Devils Tower, dans le Wyoming. Devils Tower se trouve également être la destination indiquée par les chants, une fois ceux-ci traduits en coordonnées par l’équipe de scientifiques du Docteur Lacombe.

Lacombe et Neary ne sont visiblement pas les seuls à s’intéresser à cet endroit. Ils sont nombreux à converger vers la montagne. Celle-ci est protégée par des militaires et la zone est rendue inaccessible.

Neary n’a pas fait le voyage pour rien. Il parviendra à resquiller pour assister au spectacle. Le soir même, des vaisseaux spatiaux défilent puis finissent par se poser à l’abri de ce rocher gigantesque. Des animaux et une douzaine d’hommes, tous disparus depuis des années, sortent comme par miracle du vaisseau-mère. Une équipe de volontaires se présente alors à ses portes. C’est bien Roy que les extra-terrestres entourent et décident d’emmener avec eux. Peut-être ont-ils une panne de système électrique à bord?

Avant de repartir, Lacombe fait un dernier signe aux Aliens, qui lui répondent par un sourire. Si tant est que les Aliens puissent sourire.

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L’EXPLICATION

Rencontre du Troisième Type, c’est la confrontation à l’autre.

D’abord un message d’humilité pour se rappeler que nous ne sommes pas tout seuls dans l’univers. Les enfants rois doivent apprendre à partager leurs Playmobils. L’homme découvre autre chose que son nombril. Ce message résonnait d’autant plus fort aux États-Unis qu’une bonne partie de la population Rednecks croyait dur comme fer que sa caravane était le centre du village.

Il faut se rappeler aussi que les États-Unis de la fin des années 70 se sont sentis bafoués par le Viet-Nam (cf Né un 4 juillet) et ont plus que jamais besoin de se sentir à nouveau tout puissants.

I wanna speak to the man in charge.

Mr. Lacombe is the highest authority.

He isn’t even an American.

C’est quand même triste de se dire qu’une civilisation peut lâcher deux pets nucléaires dans le nez des Japonais et se croire aussitôt permis de s’asseoir sur des années de philosophie héritées des Lumières.

Lacombe rappelle aux militaires qu’il est injuste d’empêcher tous ces gens qui se sont dirigés vers Devils Tower d’assister aux réjouissances. S’ils sont là, c’est pour une raison. Le souhait de rencontrer une plus haute autorité. Pourquoi Roy est il l’élu (cf Matrix) au même titre que ces gens qui ont des hallucinations? Celui que les Aliens choisissent avant de repartir dans l’espace? Pourquoi le Wyoming (cf Brokeback Mountain)? Et surtout pourquoi les Aliens ont-ils décidé de se poser aux États-Unis et pas en Haute-Saône? On ne le saura jamais. Un mystère supplémentaire dans la grande énigme de la vie.

Il y a aussi un questionnement de fond sur l’autre, ou plutôt sur l’étranger. Rappelons nous qu’à la fin des années 70, la guerre froide devient tiède. Les accords de désarmement sont signés. Le Soviétique qui était historiquement l’ennemi par défaut, violant les règles du jeu capitaliste dans lequel seul le plus riche gagne, était devenu un sujet d’interrogation et de curiosité outre-Atlantique. Dans les années 80 on essaie même de le faire passer à l’Ouest (cf À la poursuite d’Octobre Rouge).

Ces Extra-Terrestres représentent donc l’occasion de se reposer la question de l’identité. Qui sommes nous? Et les autres, qui sont-ils?

Who are you people?

C’est aussi la permission (cf Walter Mitty) d’aller vers cet autre dont on ignore pourtant tout. On n’enferme plus forcément l’alien dans un rôle d’agresseur. On s’autorise à ouvrir la porte, en confiance.

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Peut-être qu’on se permet trop d’ailleurs? L’histoire ne dira jamais si nous avons eu raison de laisser Roy partir avec ces extra-terrestres. Et si les Aliens étaient des Nazis? Peut-être ont-ils pratiqué sur lui une batterie d’expériences infâmes à base de sonde anal? Comme toujours après une période d’ouverture, nous connaissons aujourd’hui une vague de repli. Il est temps de se concentrer sur soi et sur la préférence nationale (cf La cravate). Pour que l’Amérique redevienne grande à nouveau. Ou pour que la France soit de nouveau apaisée.

Quand on ouvre la cage aux oiseaux, certains les regardent s’envoler et trouvent ça beau (cf Les vestiges du jour). Alors que d’autres ne craignent qu’une chose, c’est que les pigeons en profitent pour leur honorer la tête.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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