ANOTHER END

ANOTHER END

Piero Messina, 2024

LE COMMENTAIRE

Pas besoin d’être perdu·e au milieu de l’Océan Indien (cf The Impossible), sur le Titanic, ou à un arrêt de bus (cf Les Vestiges du Jour) pour que les séparations soient déchirantes. Se retrouver du mauvais côté du lit suffit souvent.

LE PITCH

Des personnes endeuillées trichent par dépit.

LE RÉSUMÉ

Sal (Gael García Bernal) peine à se remettre de la mort de sa femme Zoe (Renate Reinsve). Sa soeur Ebe (Bérénice Bejo) se propose de l’aider. Elle travaille pour Aeternum, une entreprise qui ‘ressuscite’ les morts quelques jours le temps de faire ses adieux. C’est d’ailleurs le slogan de l’entreprise.

Time to prepare ourselves to say goodbye.

En se servant de la mémoire numérique de la personne décédée, Aeternum reprogramme un·e hôte qui met à disposition son corps temporairement de façon à ce que la personnes endeuillée puisse dire au revoir. L’hôte ne se rappelle de rien à son réveil. La procédure est délicate.

The slightest doubt can compromise the whole simulation, forever.

Sal n’est pas très motivé à l’idée de faire cette expérience mais se laisse convaincre par le docteur Doyle (Pal Aron).

A body is just a body. You get used to it.

Alors Sal, et les parents de Zoe, acceptent de jouer le jeu.

Bien que perturbé par la différence physique, Sal retrouve aussitôt le caractère de Zoe. Très vite, il ne peut se résoudre à la laisser partir.

I’m just asking for more time.

Un soir, il croise par hasard Ava (Renate Reinsve) dans un club. Il la suit dans un autre type de club où Ava travaille comme danseuse (cf Anora).

Sal commence à confondre les réalités et les personnes. Le soir, il retourne voir Ava et réserve un salon privé. Tous les deux s’ouvrent sur leur situation respective. Sal comprend qu’Ava a accepté de devenir hôte pour Aeternum car elle n’avait pas le courage de se suicider – après la mort de son fils.

Les séances additionnelles réclamées par Sal créent quelques problèmes. Ava commence à se rappeler des souvenirs de Zoe. Alors elle se rend chez Aeternum pour réclamer que l’on réveille Zoe une dernière fois, afin que Sal puisse faire ses adieux et que l’on n’en parle plus.

Ebe est remerciée pour avoir dangereusement abusé de la procédure. Son frère est mort également dans l’accident, et elle ne peut l’accepter elle-même. Elle l’a ressuscité à de trop nombreuses reprises.

Cette dernière rencontre permet donc à Sal et à Zoe de se retrouver une dernière fois pour faire la paix.

Why are you here?

To say goodbye and take you back with me. 

Ils s’endorment ensemble paisiblement.

Ce sont les hôtes qui vont avoir une drôle de surprise quand ils vont se réveiller tout nus dans le même lit…

L’EXPLICATION

Another End, c’est foutre la paix aux fantômes.

Dans la vie, on se trouve souvent de combat parce qu’on ne pense d’abord qu’à soi. Quand un projet tombe à l’eau, on connait ses erreurs. C’est pourquoi on préfère pointer du doigt celles des autres. On a tendance à donner des conseils à ses ami·es sans que cela soit réclamé, en évaluant la situation en fonction de son propre prisme.

Certaines décisions sont difficiles à comprendre dans l’absolu quand on évalue n’évalue leurs impacts que pour soi-même. Quand quelque chose fait mal, on se protège en esquivant (cf Eternal Sunshine of the Spotless Mind).

Si le cerveau décide de voir un lapin, il verra un lapin là où l’on pourrait voir un canard. Preuve que le cerveau s’auto-conditionne pour voir ce qu’il souhaite (cf Memento).

C’est ainsi que l’on passe à côté des sujets.

Concernant les morts accidentelles, on ne parvient pas à les accepter. Impossible de faire son deuil quand on ne pense qu’à soi-même.

Quand un être cher s’en va d’une manière brutale, le réflexe égoïste est de vouloir remonter le temps pour lui dire à quel point on l’aime. Toutes les choses qu’on aurait voulu partager, dire ou faire et pour lesquelles on n’a pas su prendre le temps.

I didn’t have time.

Parce que lorsqu’on est égoïste, on regrette bêtement de ne pas avoir le temps. On laisse le temps filer car on croit la vie éternelle. Et puis parce que quand on est humain, il n’est pas possible de vivre chaque instant comme si c’était le dernier non plus.

Dans l’idéal, on voudrait rattraper le coup pour que la clôture soit bien propre et que l’on se quitte bon·nes ami·es. Se mettre en règle (cf Biutiful). Ne pas avoir de dette envers l’autre.

You dont know how much I would have loved to do things differently.

Ainsi, on pourrait mieux vivre sans avoir le poids des non-dits sur la conscience. Une ardoise que rien ni personne ne pourra effacer.

No one here has a clear conscience.

Qu’est-ce que cela change pour le défunt ? Rien du tout.

Alors si la technologie pouvait permettre de ranimer les mort·es pour quelques minutes d’arrêts de jeu, on voudrait profiter de ce moment pour se dire au revoir convenablement.

There’s a whole lot you can do.

Ce qui permettrait, on imagine, d’adoucir la douleur de la perte. L’expérience proposée par Aeternum est donc tentante. Cependant, c’est un piège car il faut faire son deuil quoiqu’il arrive. Cela veut dire : accepter de souffrir. Composer avec le fait que l’on n’a pas toujours tout dit. C’est ce que le docteur Doyle rappelle à Sal.

You would have to face the pain though.

Faire cette expérience en pensant d’abord à soi est un piège car on peut ne pas s’en sortir (cf Solaris). C’est le problème de Ebe qui ne peut se faire à l’idée qu’elle a perdu son frère. Elle tourne en boucle en le ranimant encore et encore. Rien n’y fait. La douleur ne cicatrise pas. Ebe ne veut pas voir Sal partir définitivement.

Plutôt que de rattraper les fantômes du passé pour les emprisonner afin de mieux leur asséner leurs quatre vérités, on serait plus inspiré de leur foutre un peu la paix. Si l’on pouvait les ramener à la vie, on pourrait par exemple leur donner une ultime carte blanche.

Dans ce cas, Sal apprécierait certainement de pouvoir échanger avec sa défunte femme afin de lui dire des choses.

I know you’re afraid. You’re afraid of anything.

I’m not afraid anymore.

Ce serait aussi un bon moment pour écouter. Zoe pourrait dire à Sal en retour qu’elle ne lui en veut pas d’avoir été au volant de la voiture qui est sortie de la route.

You don’t have to feel guilty about anything.

Tant qu’à être égoïste, autant s’occuper de ses fesses et laisser les fantômes tranquilles cinq minutes plutôt que de continuer à les torturer (cf Ghost). Ainsi les morts pourraient reposer en paix. Et l’hôte de Zoe pourrait panser ses blessures avec celui de Sal. Parce que la vie continue.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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