THE BELIEVER

THE BELIEVER
Henry Bean, 2001

LE COMMENTAIRE

On a tous son lot de casseroles plus ou moins bruyantes: une photo embarrassante datant du collège avec une coupe de cheveux douteuse et un manteau bien trop coloré, un tatouage gênant dans le bas du dos – témoignage indélébile d’une époque où on se posait peut-être pas assez de questions… Ryan Gosling lui aussi traîne quelques boulets. Des années avant d’obtenir son permis de conduire, le jeune Ryan faisait le minet chez les souris avant de jouer les durs à cuire chez les skinheads.

LE PITCH

Danny Balint (Ryan Gosling) est un Juif néo-nazi.

LE RÉSUMÉ

Brillant étudiant à la Yeshiva, Danny Balint n’en est pas moins rebelle. Il analyse, il décortique, il challenge constamment ses enseignants sur le sens des écritures, notamment à propos du sacrifice d’Abraham. Danny voit en Dieu un tyran, pour ne pas dire un gros enculé, qui cherche simplement à ce qu’Abraham soit son esclave.

I’m the only one who does believe. I see him for the power-drunk madman he is. And we’re supposed to worship such a deity? I say never.

Il décide de tout plaquer à l’aube de la vingtaine et se radicalise au sein d’un groupe de néo-nazis dont il prend rapidement la tête (qu’ils n’ont pas).

Danny se rend régulièrement à des réunions fascistes où il appelle au meurtre des Juifs, notamment le banquier Manzetti (Henry Bean). Curtis Zampf (Billy Zane) et Lina Moebius (Theresa Russel) repèrent le jeune talent et l’invitent à une retraite. Danny y fait la rencontre de Drake (Glenn Fitzgerald), un autre illuminé. Suite à des violences dans une épicerie juive, Danny est condamné à rencontrer des survivants de l’Holocauste. Cette expérience le fait enrager. Il ne comprend pas comment les Juifs ont pu être aussi passifs face à leurs tortionnaires. Marqué par ces histoires plus qu’il ne le pense, il commence à rêver de lui à la fois en officier nazi et en déporté pendant la seconde guerre mondiale.

Bien décidés à passer à l’action, Danny et Drake vandalisent un temple. Danny ne peut cependant pas s’empêcher de protéger la Torah et le Talit qu’il emporte chez lui pour les mettre en sécurité.

Danny est dans le doute. Il continue de démarcher pour le parti fasciste avec de moins en moins de conviction. Il s’embrouille avec Drake qui remarque le Talit sous son T-shirt. Il se débrouille quand même pour déposer une bombe dans la synagogue, prévue pour exploser au moment de Kippour. Lors du jour J, il insiste pour faire la lecture de la Torah à la place de son ami Stuart (Dean Strober). Quelques minutes avant l’explosion, il remarque la présence de Carla (Summer Phoenix), la fille de Lina Moebius, dont il s’est rapproché récemment. Il arrête soudainement la lecture et alerte tout le monde. La synagogue est évacuée d’urgence. Danny refuse de partir.

Il se revoit enfant, pris à partie dans les escaliers par un enseignant qui souhaite lui parler d’Isaac. Danny l’ignore et continue de monter les marches. Le professeur essaie de le convaincre d’arrêter.

There is nothing up there!

danny

L’EXPLICATION

Danny Balint c’est l’artiste incompris

Danny est un poisson qui s’est trompé de bocal. Il n’a rien à faire avec les fascistes. Il est dans une situation au moins aussi paradoxale que Stéphane Durbec au Front National.

Danny n’est pas comme la plupart des garçons de son âge. Il est révolté. Il s’affirme comme le leader d’une nouvelle génération de Juifs rongés par la colère et qui ne comprennent pas comment leurs parents ont pu autant laisser faire. Il incarne ce courant sioniste qui veut que les Juifs arrêtent enfin de tendre l’autre joue.

And what should we learn from you, Daniel?

Kill your enemy.

Danny challenge l’autorité. Il questionne ce qui n’a pas lieu d’être questionné et le fait avec presque trop de sarcasme pour son âge.

Just take a look at the greatest Jewish minds ever. Marx, Freud, Einstein. What have they given us? Communism, infantile sexuality, and the atom bomb.

Il est également constamment hanté par un sentiment profond de culpabilité. Ce qui le distingue nettement des Nazis qui eux pouvaient manger leur Spätzl mit Most face à des détenus cadavériques, le tout sans avoir le moindre maux d’estomac.

Il cherche à prendre ses distances avec une communauté qui l’étouffe. Plus il s’en éloigne et plus il s’en rapproche. Il se range du côté de tous ceux qui haïssent les juifs sans raison et se fait le relais des clichés, gonflant ainsi la haine du Juif.

Do you want to know the real reason we hate them? Because we hate them. Because they exist. Because it’s an axiom of nature that just as man longs for woman, loves his children, and fears death, he hates Jews. There’s no reason.

Ce faisant, il se victimise et se conforte dans ses propres convictions. Il le dit lui même:

The jew wants to be hated.

Danny veut croire qu’il se déteste mais il a juste du mal à s’aimer. Il est un adolescent en quête d’identité, en crise, qui se cherche, jusque chez l’ennemi, pour tester sa foi.

Cet enfant surdoué est aussi talentueux qu’agaçant. Il confond tout et croit tout savoir alors qu’il ferait mieux de s’inspirer des Grecs (les Philosophes, pas les sandwichs). Car s’il est coupable d’une chose, c’est de ne réfléchir qu’à moitié. Il questionne ce qui doit être questionné sans le faire correctement. Il s’arrête en chemin. Ce qu’il rate dans le sacrifice d’Abraham, c’est la limite de la capacité humaine à aimer et craindre Dieu tout à la fois. Comme Abraham a agi en suivant ce que Dieu lui avait dit par une vision prophétique, cet épisode illustre comment une révélation prophétique a la même valeur de vérité qu’un argument philosophique et porte donc en elle la même certitude, nonobstant le fait qu’elle vienne d’un rêve ou d’une vision. Et c’est bien pour ça que Danny n’aurait certainement pas eu la moyenne au bac de Philo.

Dramatique, il joue les Jésus pour obtenir un peu d’attention.

It’s the Jews’ destiny to be annihilated so they can be deified.

Son sacrifice est aussi regrettable qu’inutile. Danny Balint adresse un message de sagesse à tous les jeunes qui pensent savoir tout mieux que tout le monde. Ils sont en colère. Ils questionnent. Et c’est très bien. S’ils refusent d’écouter et continuent de monter les marches de ces escaliers qui mènent on ne sait pas vraiment où, ils vont finir par s’isoler et peut-être même finir dans un traquenard. Car c’est vraiment dommage de finir chez les Nazis quand on est Juif.

Et aussi parce qu’un Juif chez les Nazis, c’est pas loin d’être aussi nul que mon curé chez les nudistes.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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