WIND RIVER

WIND RIVER
Taylor Sheridan, 2017

LE COMMENTAIRE

Avec l’automne les températures rafraîchissent enfin pour se rapprocher des normales saisonnières (cf Le jour d’après). Il est temps de dire au revoir à l’été indien. Ressortir les doudounes, ses skis (cf Les Bronzés font du) et son sourire avec des dents tellement blanches qu’on se croirait dans une publicité pour un chewing-gum fraicheur menthe extrême. C’est bientôt le moment de cacher des Pyrénéens dans des boules de neige et de les envoyer dans la tronche du garçon avec lequel on aimerait aller au bal de fin d’année.

LE PITCH

Sale affaire dans le Wyoming…

LE RÉSUMÉ

L’agent de l’ONF Cory Lambert (Jeremy Renner) fait une découverte macabre en territoire amérindien. Il retrouve le corps de la jeune Natalie Hanson (Kelsey Asbille), pieds nus et congelée. Que faisait-elle donc en cette tenue légère si loin de toute habitation? Tout cela sent bon l’homicide.

L’agent du FBI Jane Banner (Elizabeth Olsen) arrive sur les lieux du crime, pas assez habillée elle non plus.

Bien que la dépouille montre des traces de violences sexuelles, Natalie est morte d’une hémorragie pulmonaire. Le légiste ne veut rien savoir. Jane n’a donc pas droit à des renforts. Il va falloir que cette affaire se règle comme une famille lave son linge sale.

Shouldn’t we wait for back up?

This isn’t the land of waiting for back up. This is the land of you’re on your own.

Natalie fréquentait Matt Rayburn (Jon Bernthal) dont le corps est également retrouvé dans la neige quelques jours plus tard. Cory profite de l’occasion pour parler à Jane d’un drame personnel qu’il a vécu il y a trois ans. Sa fille est morte dans des conditions similaires alors que sa femme (Julia Jones) et lui étaient de sortie.

Le chef de la police tribale Ben Shoyo (Graham Greene) accompagne Jane sur le chantier d’exploitation de pétrole où travaillait Matt. La discussion d’abord cordiale dégénère assez vite en tuerie générale. Jane s’en sort grâce à son gilet par balles et Cory qui joue les snipers au loin.

Les gardiens ont violé Natalie un soir de beuverie et ont tué Matt qui essayait de la défendre.

Pete Mickens (James Jordan) est le seul rescapé de la fusillade. Il est blessé grièvement. Cory le capture et le pousse aux aveux. Il laisse ensuite à Pete la même chance que Natalie : celle de s’échapper en mourant de froid.

She ran six miles in the snow.

Cory retrouve Jane à l’hôpital et salue son courage. Puis il se rend chez Martin (Gil Birmingham), le père de Natalie, pour lui annoncer que le coupable a été retrouvé et a payé. L’affaire est close. Justice a été rendue.

Seuls les Amérindiens ne sont pas comptabilisés parmi les statistiques des personnes portées disparues.

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L’EXPLICATION

Winder River, c’est face à la mort.

La mort arrive parfois comme une libération (cf Mar Adentro, Million Dollar Baby, Amour). Elle est le plus souvent injuste (cf Irreversible, Mystic River, Three Billboards). Et face à cette épreuve, on se retrouve comme dans un état américain dont tout le monde se contre-fiche. Dans cet hiver interminable, on n’a que sa colère qui ne sert malheureusement à rien. On peut crier aussi fort qu’on veut, la neige aspire chaque bruit. Personne ne nous entend. On peut alors faire le choix d’enterrer son chagrin dans la drogue comme le frère de Natalie (Martin Sensmeier) ou dans la bouteille comme son père. Ça ne fait revenir personne. Et ça n’adoucit pas le mal.

Cory en sait quelque chose lui qui a perdu sa fille, et sa femme. Ça fait déjà trois ans qu’il vit en pénitence dans les bois. Il a décidé de s’accrocher pour ne pas tout perdre.

Man, I get so mad. I wanna fight the whole world. You got any idea what that feels like?

I do. But I decided to fight the feeling instead, ’cause I figured the world would win.

Il sait que ça n’est pas juste une histoire de malchance. C’est une histoire de faiblesse. Dans la vie, il faut être fort en dépit des circonstances. Sinon on se fait manger tout cru par les prédateurs.

Luck don’t live out here. (…) Wolves don’t kill unlucky deer. They kill the weak ones. You fought for your life, Jane. And now you get to walk away with it.

Cory sait très bien que la solution ne se trouve pas dans l’avenir mais dans un passé qu’il faut régler. Ce loup qui nous guette, il ne faut pas tenter de le fuir. Il faut l’affronter les yeux dans les yeux.

You don’t catch wolves looking where they might be, you look where they’ve been.

Il profite ainsi de cette affaire pour venir en aide à Jane. Cory ne va pas réparer le passé (cf When a man loves a woman) mais s’il parvient à rétablir un peu de justice, il pourra enfin commencer à faire son deuil. En capturant Pete et en le laissant mourir plutôt que de se faire justice lui-même, il parvient à remettre les choses à leur place. Ce qui lui donne l’occasion de respirer enfin cet air pur du Wyoming. Il fait la paix comme il l’explique à Martin.

I’d like to tell you it gets easier. it doesn’t. If there’s any… comfort, it’s… getting used to the pain, I suppose. Went to a grief seminar in Casper. Did you know that? I don’t know why. Just wanted the bad to go away. Wanted answers… to questions that couldn’t be answered. The counselor come up to me after the seminar and sat down next to me. And he said something that stuck with me. I don’t know if it’s what he said, or how he said it. He says, « I got some good news, and I got some bad news. Bad news is you’re never gonna be the same. You’re never gonna be whole, not ever again. You lost your daughter. Nothing’s ever going to replace that. Now the good news is, as soon as you accept that, and you let yourself suffer… you allow yourself to visit her in your mind, and you’ll remember all the love she gave you, all the joy she knew. » Point is, Martin, you can’t steer from the pain. If you do, you’ll rob yourself… You’ll rob yourself of every memory of her. Every last one. From her first step to her last smile. Kill ’em all. Just take the pain, Martin. You hear me? You take it. It’s the only way you’ll keep her with you.

Faire son deuil ça ne veut pas dire accepter que la personne soit morte afin de ne plus en souffrir. Ça veut dire accepter la souffrance pour continuer à vivre et se rappeler. C’est transformer la douleur en souvenir.

LE TRAILER

 

Cette explication n’engage que son auteur.

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