ALPHA, THE RIGHT TO KILL

ALPHA, THE RIGHT TO KILL

Brillante Mendoza, 2018

LE COMMENTAIRE

On ne devrait jamais jouer sans connaître les règles du jeu. Celles du gendarme et du voleur sont assez simples : on peut être le roi de la drogue dans son quartier (cf La Cité de Dieu), à la fin de l’histoire on reste toujours le méchant. Et si on se fait attraper, alors il faut s’estimer heureux de finir torse nu dans la rue. C’est un moindre mal.

LE PITCH

Descentes de flics dans les quartiers Nord de Manille. Sale histoire aux Philippines…

LE RÉSUMÉ

Le gouvernement Philippin mène la guerre contre les cartels. Le chef de la police réunit son état major. Autour de la table se trouve notamment le patron des renseignements Moises Espino (Allen Dizon). Le baron local a été identifié. Il s’agit de Norman Abel Bautista (Baron Geisler) qui agit dans les bidonvilles au nez et à la barbe de tout le monde.

Espino envoie son alpha Elijah (Elijah Filamor) en repérage. Le tandem fonctionne à merveilles. Ils ont arrêté de nombreux trafiquants ensemble, se faisant un peu de rabe au passage (cf Les Ripoux). Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un petit dealer mais d’un gros bonnet. Elijah passe la commande puis confirme à Espino que tout le monde est là. L’ordre de lancer l’assaut est donné. Les SWAT rentrent en scène. Ils pénètrent l’enceinte et commencent à canarder. Alerté par ses nombreuses caméras de surveillance, Bautista s’échappe par les toits, prenant soin de prendre avec lui quelques précieux sacs remplis de meth dans son sac à dos.

Les forces armées font le ménage sur place, sans se poser de question. Elijah aperçoit Bautista qui se fait la malle et alerte Espino qui suit la trace du trafiquant qui finit par passer au travers des palissades. Il est abattu sèchement par Espino. Les policiers prennent quelques clichés et continuent leur raid. Espino profite que les autres ont le dos tourné pour prendre le sac à dos et le confier à Elijah, ni vu ni connu.

L’heure est venue de faire les comptes. De nombreuses armes sont saisies, ainsi que quelques kilos de meth. Une poignée de morts. Des dizaines d’arrestations. Espino passe au poste afin de faire sa déposition, puis il rentre chez lui comme un chevalier auprès de sa princesse et ses deux filles, le devoir accompli.

Elijah rejoint également sa femme et son bébé – dans la zone. Le couple vit dans les poubelles en plastique.

Le lendemain les deux hommes se retrouvent pour partager le butin. Espino prend l’argent et donne généreusement un billet à Elijah, qui garde la meth pour la revendre à un distributeur.

Le capitaine de la police donne une conférence de presse dans laquelle il balaie d’un revers de la main les soupçons émis par les journalistes concernant de possibles executions extra-judiciaires. Le nombres de morts annoncés ne correspond pas tout à fait au chiffre réel. Qu’importe! Tout le monde est habitué aux chiffres officiels annoncés par le gouvernement. Par ailleurs, le travail a été fait. Le boss félicite donc ses hommes mais remarque que le sac à dos de Bautista a mystérieusement disparu, la marchandise avec. Il est furieux et met la pression à tout le monde dans un langage fleuri.

Si je retrouve celui qui a volé ce sac, je lui défonce la gueule!

Espino fait profil bas. Il a déjà encaissé le liquide pour le mettre sur son compte en banque. Il faut désormais surveiller Elijah qui écoule les quelques cristaux de meth qui lui reste grâce à des pigeons voyageurs.

Afin de limiter la casse, Espino décide de se débarrasser d’Elijah, à l’ancienne, en l’étranglant au moyen d’un cintre. Puis il le jette dans la rue. Ne reste plus que sa femme pour le pleurer.

Espino peut fièrement déposer le sac à dos à son patron avec ce qu’il reste de marchandise à l’intérieur, comme un bon élève. Il peut reprendre le cours de sa vie de mari, papa, parent d’élève et de bon chrétien, comme si de rien n’était.

Pardonne nous Seigneur…

Malheureusement pour Espino, il se fait abattre au volant de sa voiture par un commando en pleine rue. Sa femme assiste à ses funérailles officielles. Les policiers lui remettent solennellement un drapeau philippin. La vie continue. Les filles sont bien formatées à l’école où on leur apprend des chansons à la gloire du régime :

Moi aussi quand je serai grande je veux devenir policier pour préserver la paix.

Puis vient l’heure des défilés et des décorations. La relève est là. Les membres de la police marchent au pas devant les supérieurs qui s’auto-congratulent et se distribuent les médailles.

L’EXPLICATION

Alpha the right to kill, c’est le permis de tuer pour préserver le système.

À Manille, l’opposition entre deux systèmes se voit jusque dans la structure de la ville scindée en deux avec des grattes entourés de taudis. Cela n’a rien de nouveau puisque déjà au Moyen-Âge, les miséreux vivotaient autour des chateaux ou des Abbayes (cf Le Nom de la Rose). Le mensonge communiste s’est effondré avec le mur de Berlin. Puis il y a eu le mirage des classes moyennes qui nous a fait croire que le capitalisme pouvait profiter à tout le monde grâce à l’ascenseur social, une idée qui s’est bien vite dissipée. Partout dans le monde, le fossé entre les riches et les pauvres se creusent. Sauf peut-être en Norvège ou en Suissela vie est belle.

Aux Philippines, certains s’organisent comme ils le peuvent, recyclent des bouteilles en plastique pour se faire quelques centimes qui leur seront bien précieux pour acheter du lait en poudre et du riz, voire des couches qui serviront à faire passer la drogue d’un quartier à un autre en passant les mailles du filet tendu par la milice locale. On vit heureux en claquettes, dans l’attente de la prochaine tempête dévastatrice. C’est le monde d’Elijah.

Certains autres sont des membres productifs de la société (cf The Yards), avec des emplois respectables et de beaux uniformes. Ils sont parfaitement intégrés. Leur maison bénéficie de tout le confort. Leur réussite est le symbole d’une économie de marché florissante et d’un gouvernement qui fait respecter l’ordre. Leur rôle est de s’assurer que les choses continuent de fonctionner dans ce sens. C’est le monde d’Espino.

Si un fossé sépare ces deux mondes, ils ne sont pas totalement coupés l’un de l’autre. Il existe des passerelles. Ainsi Elijah travaille pour le compte d’Espino, comme esclave. C’est lui qui fait le boulot d’Espino en dénonçant les trafiquants (cf Le Cousin) contre quelques billets, pas grand chose.

Le problème qui se pose c’est que le monde sous-terrain d’Elijah finit par gêner le monde d’Espino. Comme si les habitants des bidonvilles étaient des sortes de cafards, le gouvernement leur envoie de temps en temps les services d’hygiène pour nettoyer au Kärcher. Le système bien armé de sa police ne cherche pas à se débarrasser des dealers pour protéger la population de substances toxiques mais plutôt pour prouver que l’ordre règne, que l’État de droit n’est pas menacé – bien qu’il soit corrompu jusqu’à la racine.

Le monde d’Espino doit prévaloir. Un monde dans lequel on peut se servir d’Elijah puis le débrancher impunément (cf Matrix), un monde dans lequel la brutalité policière n’est pas remise en cause (cf Diaz), un monde dans lequel il faut quand même toujours rester sur ses gardes puisqu’Espino lui aussi finit avec deux balles dans le corps, un monde dans lequel les nouvelles recrues de la police affluent déjà comme des robots avant même l’ère d’Intelligence Artificielle.

Pour préserver ce monde là, tout est permis.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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